Shamima Patel(Breast Cancer Care): «La présence de la femme reste encore limitée dans les instances de décision »

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Shamima Patel, fondatrice et présidente de Breast Cancer Care, appelle à une inclusion réelle des femmes dans toutes les sphères de la société. Si elles représentent plus de la moitié de la population mauricienne, leur présence reste encore limitée dans les instances de décision.

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Pour vous, quel est aujourd’hui le principal enjeu concernant la place des femmes à Maurice ?
 La priorité reste l’inclusion des femmes dans tous les secteurs de la société. Malgré leur poids démographique et leur contribution à l’économie, elles restent encore sous-représentées dans plusieurs domaines, notamment en politique et dans certaines sphères de décision.

 Pourtant, les femmes représentent une part importante de la population mauricienne…
 En effet. Les femmes représentent environ 52 % de la population mauricienne et constituent aussi une part importante de la force de travail. La femme est le pilier de sa maison et de sa famille. Elle devient ensuite le pilier d’une communauté et, par extension, celui d’un pays. Sa place est donc essentielle.

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 Vous évoquez également un manque de respect envers les femmes dans l’espace public…
 Oui, et cela se voit particulièrement sur les réseaux sociaux. Lorsqu’une femme prend la parole ou s’exprime publiquement, on s’attaque très vite à son physique au lieu d’écouter ce qu’elle a à dire. Les critiques portent souvent sur l’apparence plutôt que sur les idées.

La représentation des femmes en politique vous semble-t-elle suffisante ?
 Non. Au Parlement, les femmes représentent environ 17 à 19 %. C’est très peu. Pourtant, Maurice compte des femmes capables d’assumer des responsabilités politiques à un haut niveau. Il faut davantage les encourager à s’engager.

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 Au-delà des discours, quelles réalités observez-vous sur le terrain ?
 Dans le cadre de mon travail associatif auprès des populations vulnérables, je suis régulièrement confrontée à des situations difficiles. Dans certaines familles issues de milieux défavorisés, des femmes n’osent toujours pas s’exprimer librement. Elles peuvent être oppressées par leur entourage, que ce soit la belle-famille ou leur mari. Certaines n’osent même pas parler de leur maladie par peur de faire honte à leur famille.

 Existe-t-il encore des discriminations sur le plan économique ?
Oui, certaines pratiques restent problématiques. Lorsqu’un homme demande un prêt à la banque, certaines questions ne lui sont pas posées. Mais lorsqu’une femme souhaite obtenir un crédit pour son entreprise ou même une carte de crédit, on lui demande parfois des documents liés à son statut marital. En 2026, cela pose encore question quant à l’égalité entre les genres.

Quel message souhaitez-vous adresser aux femmes mauriciennes ?
 On dit souvent que les femmes sont fortes. Mais cette force doit être mise au service de la communauté et du pays. Si elles utilisent cette force, elles peuvent contribuer à faire avancer la société dans tous les domaines, qu’ils soient politiques, économiques ou professionnels. Je voudrais leur dire de croire en elles, de se mettre en avant et de faire entendre leur voix. De nombreuses femmes possèdent ce potentiel sans toujours en avoir conscience. Pourtant, chacune peut contribuer à faire progresser notre pays.

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