– Business Mauritius invite dix restaurants à participer à un projet pilote
– « L’impact financier du gaspillage alimentaire est massif », selon Benjamin Lephilibert (LightBlue Consulting)
– 146 662 tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année à Maurice
– 253 kg de nourriture jetés à la minute

Le gaspillage alimentaire est une préoccupation majeure à divers niveaux. C’est notre responsabilité à tous d’éviter le gaspillage, en prenant des initiatives individuelles ou collectives. Devant l’ampleur du phénomène avec des chiffres qui donnent le vertige, SigneNatir – initiative de Business Mauritius -, entend encourager les entreprises à adopter des moyens pratiques, créatifs et percutants pour minimiser le gaspillage alimentaire dans le pays. Pour ce faire, le projet pilote PLEDGE sur la certification des déchets alimentaires est lancé. Il vise à développer une phase pilote avec des entreprises formées par LightBlue Environmental Consulting et des formateurs locaux dont FoodWise Mauritius sur la prévention du gaspillage alimentaire.

Ce projet cible dans un premier temps dix restaurants/hôtels/cantines. LightBlue Consulting formera les employés pendant six mois avant l’octroi d’une certification. La formation sera basée sur des outils technologiques permettant de réduire drastiquement le gaspillage alimentaire et coûts associés. Le projet a été élaboré l’année dernière et Business Mauritius a déjà lancé un appel à candidatures pour les prestataires intéressés.
Mickael Apaya, de Business Mauritius, explique que ce projet s’insère dans la stratégie de SigneNatir pour aller vers une économie bas carbone et une production et consommation soutenables : « Nous nous engageons au niveau de Business Mauritius à accompagner les entreprises et à les aider. C’est un pacte environnemental et social. Nous invitons les entreprises à s’engager et à passer à l’action avec nous sur le gaspillage alimentaire. »

Rebecca Espitalier-Noël, de FoodWise, soutient ce projet. Elle explique que c’est une première à Maurice, qui va dans le sens de l’action de FoodWise. Celle-ci a déjà collaboré avec plus de 250 entreprises depuis sa création, dont des hôtels, restaurants, supermarchés et distributeurs. Ce faisant, l’entreprise a réussi à sauver plus de 600 tonnes de nourriture.

Impact sur la profitabilité
Benjamin Lephilibert, de LightBlue Consulting, qui mettra en œuvre ce projet pilote avec Business Mauritius, a travaillé sur plusieurs projets de gaspillage alimentaire depuis huit ans, et ce dans 45 pays. À Maurice, l’état des lieux, selon lui, « est catastrophique à l’heure actuelle ». Ainsi, 1 400 tonnes de déchets sont envoyées au “landfill” chaque jour et 27% de ces déchets quotidiens sont composés de “food waste” selon le ministère de l’Environnement. Statistics Mauritius révèle que 146 662 tonnes de nourriture sont gaspillées annuellement. Et que 253 kg de nourriture sont jetés à la minute, chaque année un Mauricien gaspillant 104 kilos de nourriture. « Le gaspillage alimentaire impacte les populations, la profitabilité des entreprises concernées et notre planète dans son ensemble, sachant que la faim engendre beaucoup de souffrances dans le monde alors qu’ailleurs la nourriture provoque l’obésité. C’est ce qu’on appelle le “Food waste paradox”. Il faut mettre un terme au gaspillage », a souligné Benjamin Lephilibert.

Selon Lauren Kharouni, sa collègue, plusieurs facteurs sont responsables de la situation actuelle, à commencer par un manque de sensibilisation, des problèmes dans la chaîne d’approvisionnement, un manque de collaboration et des lacunes en termes de réglementation. « By tacking food waste, you could act on the environment, the society and your profits », a-t-elle dit.

Benjamin Lephilibert devait souligner que le gaspillage chez les “food businesses” représente trois à huit fois plus que ce qu’on pense. Il y a aussi de fausses conceptions, par exemple concernant les buffets proposés par les hôtels. Ces derniers ne comptent que pour 10 à 20% de toute la nourriture gaspillée. « Donc, la grande partie du gaspillage est ailleurs, », note-t-il. Pour toutes les entreprises proposant de la nourriture à leur clientèle, il faut savoir qu’en général 25% à 42% du volume de nourriture achetée par ces entreprises finissent à la poubelle… Le spécialiste de LightBlue Consulting observe également : « Food waste represents 6 to 14% de food revenue (cost to revenue). This Means a massive opportunity to improve your bottom line and be more efficient. »

Track & Reduce
Benjamin Lephilibert donne des exemples de l’impact financier « massif » du gaspillage alimentaire pour divers types d’opérateurs. « Si vous avez un restaurant A la carte, que vous servez 40 couverts par jour, votre gaspillage moyen par couvert (average food waste per cover) est de 350 grammes, et votre Average cost of food per kilo est de USD 3. Donc votre gaspillage alimentaire vous coûte en moyenne USD 42 par jour, soit environ USD 1 260 par mois. De même, si vous opérez un buffet dans un hôtel 5 étoiles, que vous servez 200 personnes par jour, votre gaspillage moyen par couvert (average food waste per cover) est de 500 grammes, et votre Average cost of food per kilo est de USD 4,5.

Donc votre gaspillage alimentaire vous coûte en moyenne USD 450 par jour, soit environ USD 13 680 par mois. » Si ces chiffres sont des moyennes, Benjamin Lephilibert dit avoir déjà vu des cas où les coûts du gaspillage étaient bien plus élevés.

Le Human Resources Development Council soutient Business Mauritius dans cette démarche visant à réduire le gaspillage alimentaire, concernant dans un premier temps dix restaurants/hôtels/cantines. Les opérateurs sélectionnés pour participer à cette expérience bénéficieront d’un programme d’accompagnement de six mois, qui nécessite Rs 275 000 mais dont 80% des coûts seront couverts. Le programme comprend six heures de formation et des ateliers de travail, six mois d’utilisation d’un système “Food waste monitoring Technology” via des tablettes et un accompagnement personnalisé avec des consultants spécialisés. Le projet consistera à « track and reduce » la nourriture excédentaire et des “data entry points” seront installés dans les cuisines des participants.

Les résultats attendus sont une baisse de 5% du coût par couvert et surtout une « opportunité de vous démarquer des concurrents en tant qu’opérateurs plus sensibles au gaspillage alimentaire. »

Selon Benjamin Lephilibert, il n’y a pas de miracle et tout dépend du degré de motivation des opérateurs qui s’inscriront au projet : « What you put in is what you get out ». De plus, l’implication et le soutien du top management/propriétaire de l’établissement sont la clé de ce changement. Il est à noter que les établissements qui s’inscriront au projet bénéficieront d’une certification qui sera renouvelable chaque année.