Ebène (photo d'archives)

Les véhicules garés indûment le long des routes ou
sur les trottoirs ont baissé de façon exponentielle depuis un mois

La police change son fusil d’épaule dans sa lutte contre le stationnement sauvage qui prévaut à Ébène. C’est du moins l’impression qui se dégage puisque cette pratique, très répandue sur les trottoirs et le long des routes de la cybercité depuis une décennie, a quasiment disparu depuis un mois. « Nos actions ont enfin porté leurs fruits, car nous avons, durant ces douze derniers mois, contrôlé et sanctionné systématiquement les auteurs de ces infractions routières pour mettre un terme à cette anarchie », soutient l’inspecteur Shiva Coothen, du Police Press Office (PPO), qui souligne toutefois que l’aménagement de l’Ebène Car Park et d’autres parkings, « à la portée de toutes les bourses », ont contribué à endiguer le phénomène. 

Devant le développement rapide que connaît la cybercité d’Ébène et à une époque où l’usage de la voiture apparaît comme la norme sociale, les pouvoirs publics sont confrontés, depuis la fin des années 2000, à un cercle vicieux dont ils ont du mal à sortir. Les stationnements sauvages ne cessent de s’amplifier et de causer énormément de désagréments aux piétons et aux automobilistes. Un véhicule est garé en moyenne tous les dix mètres le long des routes et sur les trottoirs. Pire, les voitures envahissent d’autres espaces comme les terre-pleins et les pelouses des bas-côtés. Au fil du temps, cette pratique s’installe, au point d’être très vite assimilée par les auteurs de ces infractions à un droit acquis et à une liberté. En outre, certaines rues du quartier des affaires sont monopolisées par les marchands ambulants.

La police décide alors de prendre le taureau par les cornes pour mettre un frein à ces incivilités en passant d’abord par l’information au public et la prévention, avant la répression à coups de verbalisations. Il n’en est rien. La question du stationnement illégal devient plus polémique et plus préoccupante compte tenu de l’accroissement du trafic routier et du manque d’aires de stationnement légales. Il y a eu certes la volonté des autorités de résoudre ce problème avec la mise en opération de l’Ebène Car Park le 4 août 2020. En vain.

510 contraventions en 2020

Toutefois, Week-End observe que cette tendance tend à s’inverser depuis deux mois, dans la mesure où les véhicules garés indûment le long des routes ou sur les trottoirs ont baissé de façon exponentielle. Il ne s’agit pas de tirer de conclusions hâtives, mais il n’en demeure pas moins que l’anarchie qui régnait naguère a quasiment disparu« Les policiers intensifient leur présence sur le terrain depuis plus d’un an pour appliquer la politique de zéro tolérance face aux comportements inciviques et dangereux de certains automobilistes. Cette répression n’a pas eu les effets escomptés au départ,  sauf que les auteurs de ces infractions se sont rendus compte au final que la police serrait la vis et était présente du matin au soir sur le terrain pour renforcer la sécurité », soutient  l’inspecteur Shiva Coothen pour expliquer le changement de  mentalité des automobilistes vis-à-vis de ce phénomène

Selon les chiffres compilés par les Casernes centrales, 510 contraventions ont été dressées pour toute l’année 2020 contre des automobilistes ayant garé leurs voitures de manière illicite à Ébène. Des sabots ont également été utilisés par les forces de l’ordre pour procéder à l’immobilisation d’un bon nombre de véhicules. « Cette année, on dénombre 33 contraventions entre janvier et le début du deuxième confinement en mars. Cela peut paraître dérisoire, sauf que ce chiffre démontre clairement que très peu d’automobilistes font désormais fi des lois », souligne l’inspecteur Shiva Coothen, qui ajoute que l’aménagement de plus d’un millier de places de parking payants, dont l’Ebène Car Park depuis l’année dernière au cœur du quartier des affaires, a joué un rôle prépondérant dans la baisse des cas d’incivilités.

« Les employeurs, qui ne peuvent aménager plus d’un espace de stationnement pour dix personnes dans la cour de l’entreprise ont pris conscience qu’offrir des places de stationnement à leurs employés apparaît comme un élément clé en termes de stratégie et de productivité », dit-il.

Régénérer la cybercité

Inverser la désintégration économique, sociale et physique de la cybercité d’Ébène  et la transformer en un centre dynamique, à usage mixte. C’est ce que préconise le ministère du Logement et des Terres, qui se penche actuellement sur une National Land Development Strategy qui consacre un large volet aux quartiers des affaires.

Ces recommandations se démarquent par rapport à la planification conventionnelle et avec des mesures qui s’appuient sur la souplesse dans l’utilisation des terres, et le stationnement et réglementeront le développement du site pour atteindre des résultats optimums en fonction des réalités du marché. « Ébène joue un rôle fondamental dans la diversification de l’économie mauricienne. Elle a offert un lieu pour le développement des services administratifs et financiers. Mais elle a très vite connu une saturation », souligne le ministère de tutelle.

Les objectifs de la régénération : résoudre les problèmes d’espace de stationnement, de congestion du trafic aux heures de pointe, des passages piétons bloqués, des colporteurs et, enfin, améliorer l’environnement des 35 000 personnes qui y travaillent. En outre, le fait que les autobus sont à peine disponibles en dehors des heures de pointe fait que «the cybercity is largely dormant with limited residential or leisure activity in the form of snack outlets restaurants or bars. »

Environ 600 locataires sur 861 places disponibles à l’intérieur

La mise en opération de l’Ebène Car Park, le 4 août dernier, n’avait pas  produit l’effet escompté sur les automobilistes au cours des trois premiers mois.  Hormis les 73 places de parking situées à l’extérieur du bâtiment qui ont toutes déjà trouvé preneurs à la faveur d’une location mensuelle de Rs 2700, sur les  861 places disponibles à l’intérieur, seuls 350 locataires avaient souscrit à une location mensuelle de Rs 4000. Les choses ont bien changé depuis, si l’on en croit une source de Landscope Mauritius, la compagnie responsable des biens fonciers de l’État, qui souligne que « le nombre d’automobilistes qui paient un forfait mensuel est en hausse graduelle. Malgré les deux confinements et le déploiement en masse des employés au télétravail, nous en sommes à environ 600 locataires en sus des  73 places de stationnement situées à l’extérieur du bâtiment. » Landscope Mauritius a pour objectif, dit-elle, d’atteindre les « 100% d’occupation d’ici la fin de l’année. »