Le coupe Anaïs et Gary Antoine

Hier, samedi 24 juillet, Anaïs Antoine, la mère des triplés décédés dans des conditions troublantes comme rapporté par Week-End dimanche dernier, s’est rendue sur la tombe de ses bébés, car cela faisait trois mois, jour pour jour, que le dernier de ses enfants s’en est allé au paradis blanc. Entre-temps, deux semaines après avoir fait une double déposition à la police et au département des plaintes à l’hôpital de Rose-Belle le lundi 12 juillet, Anaïs Antoine n’a reçu aucune nouvelle sur ce qu’elle considère comme une négligence médicale qui l’a touchée dans sa chair et lui a enlevé des triplés qu’elle attendait avec impatience et fébrilité. Mais le bonheur espéré s’est transformé en cauchemar qui se prolongerait si la position de la Santé de clore l’affaire se confirmait. Car le couple Antoine a besoin des conclusions d’une enquête approfondie pour faire son deuil et faire de sorte que cela ne se
reproduise jamais.

Pour rappel, lorsqu’elle a déposé sa plainte le lundi 12 juillet, on lui a dit qu’on reviendrait vers elle dans une semaine. Ce qu’on lui a confirmé également lorsqu’elle a voulu s’enquérir auprès du service hospitalier de Rose-Belle, le jeudi 15, lui indiquant qu’il fallait attendre une semaine avant que l’hôpital ne revienne vers elle. Sauf que deux semaines plus tard, elle est toujours sans nouvelle officielle, que ce soit de l’hôpital ou de la police.

La Santé : pas de “mishandling”

Étrangement, dans les milieux de la Santé on indique qu’un rapport a été commandité de l’hôpital de Rose-Belle dans le cas des triplés des Antoine et selon ce document, qui n’a pas été rendu public ni présenté à la famille victime, il n’y a pas eu de « mishandling ». Selon ce rapport, les bébés étaient prématurés et le pourcentage de réussite dans ces cas est très minime. Pas lieu donc, selon ce rapport, de référer le cas au Medical Négligence Standing Committee.

Plus cynique, la Santé s’appuie sur une lettre de remerciements du mari d’Anaïs, Gary Antoine, à l’adresse du gynécologue, pour renforcer leur conviction qu’il n’y a pas lieu d’aller de « l’avant avec cette plainte », ce qui voudrait dire que cette affaire serait classée. Or, Anaïs Antoine n’en démord pas, elle maintient qu’il y a eu négligence. Elle explique que la carte de remerciements de son mari date du 22 avril, alors qu’elle était encore à l’hôpital et que le dernier de leurs bébés, Ky-Mani, était, lui, toujours en vie.

Gary Antoine, qui ne connaissait rien des déboires et des tribulations calamiteuses de son épouse à l’hôpital à ce moment-là, avait écrit au gynécologue parce qu’il était dans l’espérance que malgré la perte de deux bébés, le dernier bébé pris en charge par l’hôpital de Flacq allait survivre en incubateur et que son épouse avait pu surmonter cette douloureuse épreuve.

Anaïs et Gary rappellent que l’accouchement s’est déroulé en période de confinement et qu’ils passaient peu de temps ensemble puisque le mari n’avait pratiquement pas d’occasion de demeurer au son chevet de la femme. Donc, selon Anaïs, Gary n’était pas au courant de tous les détails de négligence ayant accompagné ses accouchements. Ils ne se voyaient que cinq minutes de temps à autre, alors que leurs conversations téléphoniques étaient plus basées sur la tristesse des pertes des bébés que le sort réservé à Anaïs par le personnel médical lors de ses accouchements.

Gary pas au courant des déboires

À la question de savoir pourquoi ils ont attendu plus de deux mois pour venir témoigner, le couple répond qu’après l’accouchement et le décès des triplés, Anaïs était anéantie et souffrait moralement beaucoup. Elle était très repliée sur elle-même. Pas facile de perdre trois bébés dans des conditions semblables. Le monde du couple s’était à ce moment-là écroulé.

Petit à petit, après avoir lu l’histoire de Virginie Quirin et de sa petite Émilie, Anaïs a repris espoir et courage, car cela l’a convaincue qu’elle avait aussi été victime de négligence médicale. Elle rappelle qu’on a voulu la faire accoucher en vain pendant une heure, alors qu’elle n’avait pas de contractions, pour ensuite lui demander d’attendre. Puis, quand elle a finalement eu des contractions, on l’a fait attendre toute la nuit pour accoucher le lendemain matin. Elle reproche à son gynécologue de n’avoir pas été là lors de ses accouchements, alors que lui-même avait clairement laissé entendre qu’un cas de naissance de triplés était souvent risqué.

Des négligences flagrantes

Le couple pointe du doigt aussi l’absence d’un minimum d’incubateurs à Rose-Belle pour les enfants et les nombreuses valses-hésitations du personnel médical, ne sachant souvent quoi faire, au point où un de ses bébés est sorti tout seul pour se retrouver sur le matelas. Elle rappelle enfin qu’elle avait dû refaire un curetage en clinique une semaine après sa décharge de l’hôpital, alors que le gynécologue de Rose-Belle lui avait fait un curetage. Sans cette opération en clinique, elle aurait pu avoir perdu son aptitude à avoir un bébé à l’avenir.

Par ailleurs, elle tient à rappeler le coup de fil mystérieux, venant d’un téléphone de l’hôpital le samedi 17 juillet, la veille de la parution de l’article dans Week-End, pour lui demander, avec une pointe de menace, de ne pas aller de l’avant avec son histoire. Et cet autre coup de fil, le lundi, d’un infirmier bienveillant qui dit avoir lu l’article de Week-End et lui a précisé que le soir où elle a accouché de ses deux autres enfants, il n’y avait pas de pédiatre, car ce docteur avait refusé de venir. Et que c’est finalement un généraliste qui a vu ses enfants.

Plus jamais ça !

Devant les faits, le couple Antoine, qui vit un désespoir communicatif, dit ne rechercher que la vérité et la justice pour leurs triplés. En contant leur drame trois mois après, Anaïs et Gary Antoine veulent dénoncer les failles de ce système en place qui détruit des vies et fait des morts. Ils ne recherchent rien d’autre… et comme les Quirin, Anaïs et Gary veulent qu’il n’y ait plus jamais ça! Anaïs remercie le ministère de Gender Equality and Family Welfare pour avoir mis à sa disposition un soutien psychologique, mais pour faire son deuil, il lui faut la vérité. Devant la posture du ministère de la Santé qui semblerait ne pas vouloir donner de suite à leur plainte, un avis légal sera sollicité pour la marche à suivre.

À noter que la question sera soulevée au Parlement mardi par Anne Navarre-Marie, qui cherche à savoir du ministre de la Santé « whether, in regard to the delivery by Mrs A. A., of her stillborn on 18 April 2021 and the death of her two newborn babies on 19 April 2021 at the Jawaharlal Nehru Hospital in Rose-Belle, he will state if inquiries were initiated at the level of his Ministry thereinto and, if so, indicate the outcome thereof ? » et « whether, in regard to newborn babies, he will state the number thereof who died during/or following delivery at each regional hospital since January 2020 to date, indicating if inquiries have been carried out and, if so, indicate the outcome thereof in each case ? »