« Alors que les prix des carburants continuent d’augmenter à Maurice, il apparaît de plus en plus clairement que le problème n’est pas uniquement externe, mais également lié aux choix de politique interne. Si les prix internationaux du pétrole et les coûts du fret sont souvent pointés du doigt, le prix final à la pompe est largement déterminé par les taxes et prélèvements appliqués localement par la State Trading Corporation.
« Avec l’essence autour de Rs 64–65 le litre et le diesel dépassant Rs 70 le litre, les estimations montrent que 30 % à 35 % du prix à la pompe — soit environ Rs20 à Rs25 par litre — correspondent aux taxes, prélèvements et contributions. En pratique, les consommateurs mauriciens paient près d’un tiers du prix du carburant en taxes. Il s’agit donc d’un levier politique majeur pour stabiliser les prix.
« Le carburant n’est pas un produit isolé : il alimente toute l’économie. Une hausse de 10 % du prix du diesel peut entraîner une augmentation de 3 % à 5 % des coûts de transport, qui se répercute ensuite sur les prix alimentaires, les matériaux de construction et les biens de consommation. Étant donné que le transport et l’alimentation représentent une part importante de l’indice des prix à la consommation, ces hausses peuvent ajouter 0,5 à 1 point de pourcentage à l’inflation.
« Pourtant, le système fiscal actuel reste rigide. Les taxes sont appliquées indépendamment de l’évolution des prix mondiaux et, dans certains cas, la TVA est calculée sur les droits d’accise, créant un effet cumulatif. Cela amplifie les hausses au lieu de les atténuer.
« Une approche plus intelligente consisterait à repenser la structure fiscale. L’introduction d’une accise variable — réduite lorsque les prix mondiaux augmentent et augmentée lorsqu’ils baissent — permettrait de lisser les fluctuations. La suppression de l’effet de « taxe sur taxe » offrirait un soulagement immédiat. Une simple réduction de Rs5 par litre pourrait faire baisser les prix à la pompe de près de 8 %, avec des effets positifs sur l’ensemble de l’économie.
« Dans un contexte où les ménages font déjà face à une hausse de 15 % des tarifs d’électricité et à une augmentation de 50 % du prix du pain, la fiscalité des carburants doit devenir une solution, et non un problème. »

