Syndicat des Sucres — À l’heure du bilan : Boolell veut accélérer le virage vers la biomasse et les énergies renouvelables

Ajouter en tant que source préférée sur Google

À l’occasion de l’assemblée générale du Mauritius Sugar Syndicate (MSS), le ministre de l’Agro-Industrie, Arvin Boolell, a placé la transition énergétique et la valorisation de la biomasse locale au cœur de son intervention. Il estime que la canne à sucre doit désormais être considérée non seulement comme une matière première pour la production sucrière, mais également comme un levier majeur de production d’énergie et de Value-Added. Dans la conjoncture, l’objectif fixé à l’ensemble du secteur est d’atteindre 2,5 millions de tonnes de canne en 2029, tout en donnant à la biomasse une place accrue dans la stratégie énergétique du pays.

- Publicité -

« Les recettes sucrières irriguent l’économie mauricienne », a déclaré Arvin Boolell, avant de s’appesantir sur la nécessité pour Maurice d’entrer activement dans la génération d’électricité à partir de la biomasse locale. Pour le ministre, le prix actuellement payé, soit Rs 3.50 par kWh, ne permet pas de donner à cette activité l’impulsion nécessaire. « Ils ont raison de dire que nous ne pouvons pas continuer avec Rs 3,50 par kWh. Il faut rehausser ce montant », a-t-il soutenu.

Une révision du prix de la biomasse devrait, à son sens, permettre d’accroître la production locale et surtout d’éviter que Maurice ait à importer de la biomasse. La production énergétique issue de la canne viendrait ainsi s’ajouter aux différentes valeurs ajoutées de cette filière. Il souhaite également redynamiser la recherche initiée par Robert Antoine et préconise une collaboration avec des partenaires européens et indiens. Le gouvernement vise une production d’environ 275 GWh d’électricité destinée au réseau national à partir de biomasse locale d’ici à 2028, tandis que la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA) travaille sur une trajectoire pouvant porter la production issue de la biomasse à 500 GWh.

- Publicité -

Arvin Boolell a situé cette question dans le contexte international marqué par la crise énergétique et l’inflation. « We are facing an external crisis. The oil crisis. The soaring fuel prices. Mauritius will not be spared from the world inflation », dit-il, ajoutant qu’il fallait « prepare for the worse and hope for the best ». Il faut comprendre que « renewable energy is inevitably high on our agenda. Bagasse must never lose its priority. » Dans cette perspective, il estime indispensable d’assurer une distribution « equitable and fair » des revenus entre les différents acteurs et de mieux valoriser l’ensemble de la chaîne.

Le ministre a annoncé l’accélération de l’importation de main-d’œuvre destinée à répondre à la pénurie dans ce secteur. La MCIA ayant obtenu son permis en vue de l’importation de travailleurs, Arvin Boolell devait rencontrer le ministre du Travail, Reza Uteem, afin de régler notamment la question du logement des travailleurs. Il a également indiqué que les premiers travailleurs devraient arriver entre fin novembre et début décembre, avec un total de 400 à 500 travailleurs devant être importés par les Labour Contractors.

- Advertisement -

2,5 M de tonnes de canne en 2029

Le plan d’action élaboré par la Mauritius Cane Industry Authority fixe un objectif de 2,5 millions de tonnes de canne à sucre en 2029. Pour Arvin Boolell, il ne s’agit pas uniquement d’un objectif de production. Ce volume est considéré comme nécessaire pour maintenir la masse critique permettant d’assurer l’exploitation durable des trois usines sucrières encore en activité.

Il appelle ainsi à la prudence avant toute nouvelle fermeture ou consolidation d’usines. Il estime que l’expérience montre qu’après la fermeture d’une usine, les superficies de canne correspondant à son bassin de production peuvent à leur tour diminuer considérablement.
Le gouvernement entend donc agir également au titre de la protection des terres agricoles.

La Land Suitability Map 2025, élaborée par le ministère, permet de cartographier les terres agricoles de qualité et leur potentiel. L’exercice s’inscrit dans une démarche de Smart and precision Agriculture. Parallèlement, la MCIA travaille à la réhabilitation d’environ 1 500 hectares de terres abandonnées appartenant à de petits planteurs, qui pourraient être remis sous culture de canne. Le regroupement des planteurs est considéré comme une condition essentielle à cette stratégie. Il a également cité l’exemple du Sugar Investment Trust. SIT Land Holdings s’est fixé pour objectif de replanter 500 acres d’ici à 2029, à raison d’environ 150 arpents par an.

L’objectif consiste à renouveler progressivement les champs de canne, d’améliorer la productivité et de réduire les coûts de production, avec, à terme, une production d’environ 20 000 tonnes de canne et 1 400 tonnes de sucre. Le ministère, à travers la MCIA, poursuit également les discussions en vue de la réintroduction des facilités de prêt de la Development Bank of Mauritius dans le cadre du Cane Replanting Revolving Fund, notamment pour soutenir les initiatives de replantation dans le secteur corporate.

Le ministre a aussi abordé la question de la répartition des revenus de l’industrie. Il a lancé un appel à une réflexion sur les coûts liés à la transformation, au stockage, à la commercialisation et à l’exportation du sucre. Sur environ Rs 10 milliards d’exportations de sucre, quelque Rs 6,8 milliards sont versés aux producteurs de canne et aux usiniers. Plus précisément, ceux qui produisent effectivement la canne, qu’il s’agisse des producteurs corporate ou des petits planteurs, reçoivent environ Rs 5,3 milliards. « How can we ensure that a greater proportion of the value generated by the industry reaches those who are actually producing the cane ? » se demande-t-il.

Le défi fixé à l’ensemble du secteur est donc d’atteindre 2,5 millions de tonnes de canne en 2029, tout en donnant à la biomasse une place accrue dans la stratégie énergétique du pays.

Plus de Rs 10 milliards de recettes à l’exportation

La valeur des exportations de sucre dépasse Rs 10 milliards. En 2025, quelque 209 GWh d’électricité ont été produits à partir de la bagasse et de la paille de canne, à un prix de Rs 3.50 le kWh, représentant environ Rs 731 millions.

À ces recettes s’ajoutent les revenus de la mélasse, qui ont atteint Rs 263,8 millions durant la campagne 2025. Le ministre a également évoqué le quota supplémentaire accordé par les États-Unis : 13 723 MTRV (Metric Ton Raw -Value), soit environ 13 000 tonnes de sucre réel, selon la polarisation du sucre exporté. Cette possibilité profite notamment aux sucres spéciaux, dont le Demerara et le Muscovado.

L’ensemble de cette production a été réalisé à partir des 32 694 hectares récoltés en 2025.
Arvin Boolell a également dressé un constat préoccupant sur l’évolution de la superficie consacrée à la canne, passant de 58 305 hectares en 2014 à 37 978 hectares en 2025. Les données du Sugar Insurance Fund Board indiquent par ailleurs que le nombre de planteurs enregistrés a encore diminué de 587 en 2026.

 

EN CONTINU ↻