Une compagnie d’assurances a donné huit jours à un chauffeur pour rembourser ses dettes alors que ce dernier ne travaille pas, les hôtels étant fermés

Certaines institutions financières se montrent très exigeantes en dépit du fait que les travailleurs de certains secteurs sont en chômage technique. C’est le cas de cette compagnie d’assurances très en vue qui a fait servir une mise en demeure à un chauffeur de taxi, concernant un emprunt de Rs 515 000 contracté pour l’achat de son véhicule. Ce dernier n’a en effet pu honorer ses engagements pour le repaiement ces derniers mois car il ne travaille pas. Une situation que dénonce la Federation of Hotel Taxis Associations (FHTA). De même, une protestation sera organisée le 22 septembre devant le ministère du Commerce suite à l’interdiction d’importer son propre véhicule.

« As per our records, the total arrears on your loan as at 01 September 2020 amount to MUR 21, 192.50 (…) You are therefore most formally required, called upon and summoned to settle the aforesaid amount in arrears within a delay of 8 working days… » C’est ainsi que se lit la lettre de la compagnie d’assurance, qui sert également de mise en demeure. En temps normal, une telle démarche serait acceptée, car il s’agit de procédures normales en cas de non-respect des engagements. Mais en situation de crise, liée à la COVID-19, et alors que les hôtels sont toujours fermés et où les chauffeurs de taxi qui y sont basés sont en chômage technique, cela révolte. « Il est inacceptable que les chauffeurs de taxi, qui sont contraints de vivre avec une allocation de Rs 5 100 du gouvernement, se retrouvent dans une telle situation », déplore Atma Shanto, négociateur de la fédération.

Ce dernier est ainsi d’avis que le gouvernement devrait agir et étendre le moratoire accordé, ainsi que le Self-employed Assistance Scheme. Car avec l’ouverture des frontières, rien n’est dit que les touristes reviendront tout de suite à Maurice. « Déjà qu’avec une allocation de Rs 5 100, qui est en dessous du salaire minimum, ils ne savent comment faire pour nourrir leur famille, voilà qu’aujourd’hui des institutions financières viennent faire pression sur eux. » Ce dernier plaide également pour que les taximans aient droit à une allocation de Rs 10 200, soit l’équivalent du salaire minimum. Une lettre a également été envoyée au ministre du Transport, Alan Ganoo, pour le tenir au courant des menaces de saisie.

Pour sa part, Yashpal Murakkhun, président de la FHTA, rappelle que depuis le confinement, les chauffeurs de taxi d’hôtels passent par des moments très difficiles. « Au lieu d’apaiser notre souffrance, on fait des menaces de saisie de leurs véhicules. » La FHTA dénonce également des amendements à la loi, faits « en catimini pendant le confinement », et qui interdisent dorénavant aux taximans d’importer leurs propres véhicules. « Cela veut dire qu’ils doivent obligatoirement passer par des dealers, ce qui n’est pas à leur avantage puisque cela leur revient plus cher. De plus, il y a des documents qu’ils obtiennent avec les vendeurs à l’étranger et qu’ils n’ont pas avec les importateurs à Maurice. »

Pour dénoncer cette situation, la FHTA organisera une manifestation devant le bureau du ministère du Commerce, à Ébène, le 22 septembre à 11h30. « Nous invitons tous les taximans et tous les citoyens qui se sentent concernés par cette situation à nous rejoindre », dit Yashpal Murakkhun.