Le Thaipoosam Cavadee est célébré ce jeudi 28 janvier et de nombreux dévots se rendront sur les berges des rivières pour s’imprégner de leur eau « purificatrice ». D’autres porteront de grands “cavadees” bien décorés sur les épaules pendant que les femmes porteront le “paal kudam” (pot en cuivre rempli de lait) sur leur tête qu’elles déverseront sur Muruga.

Manoven Sadoyen, président de la Hindu Maha Jana Sangham, une société qui gère huit “kovils” à travers l’île, y compris le Kylasson, explique que tous les ans le Thaipoosam Cavadee est organisé avec ferveur au Kylasson où des milliers de dévots se rendent, y compris les VVIP.

Vijay Veeramootoo, retraité, autrefois affecté au  ministère des Arts et de la Culture, dira pour sa part que le Thaipoosam Cavadee dans le calendrier tamoul est célébré au mois de janvier (thai) « Dans le mot “thaïpoosam”, on a aussi étoile, appelée “natichiram” et le “thai”, le mois tamoul. Il y avait une légende derrière la fête de Cavadee, avec un certain Idumban. Le sage guru Agattiyâr lui avait demandé de se rendre au mont Kailash et de ramener deux montagnes qui se trouvaient côte à côte. Idumban a attaché un morceau de bois aux deux sommets de la montagne en se servant d’une palanche (cavadee) qu’il a ramené sur ses épaules. On dit aussi qu’il s’était bagarré avec quelqu’un et avait trouvé la mort. Avec les invocations de ses pairs auprès du dieu Muruga, il est revenu à la vie.  D’où le symbolisme du Cavadee, car il est dit que ceux qui portent le “cavadee” jusqu’au temple obtiendront des grâces. » 

Le jeûne de dix jours, selon Vijay Veeramootoo, est important pour tous les tamouls. “Kodi Ettram” (la levée du drapeau) signifie le début d’un jeûne pour le Thaipoosam Cavadee. Plusieurs dévots ont pris le soin de décorer  leurs “cavadees” en les ornant de plumes de paon, de clochettes et limon. Le Thaipoosam Cavadee est un sacrifice et le témoignage d’une grande dévotion au dieu Muruga. Durant toute la procession à travers différents coins de l’île, les tamouls de Maurice vont célébrer le Thaipoosam Cavadee en chantant des chansons pieuses (Vetri Vel muruganukku ara haro garah). Le “naktal”, poteau qui indique le passage sacré vers Dieu est placé près du temple. Pendant que les hommes s’affairent à transporter de lourds “cavadees” sur leurs épaules, les femmes portent le “paal kudam” (pot en cuivre rempli de lait) sur leur tête qu’elles déverseront sur Muruga. La femme danse aussi au son du “kollattan”,  deux morceaux de bois attachés ensemble et qui lui permettent d’effectuer des gestuels de danse folklorique.

Vijay Veeramootoo parle aussi de la dévotion des fidèles ce jour-là. Les offrandes au dieu Muruga sont sous forme de fruits et de lait.  Les hommes portent le “vesti”, les femmes les saris et les filles le “pavaday”, une sorte de longue jupe traditionnelle.

Pour pouvoir transporter le “cavadee”, il y a au préalable tout un rituel de méditation. Le photographe Bouck Pillay explique : « Le véhicule du dieu Muruga est le paon et le “vel” est le javelot quie st le symbole du dieu Muruga. Muruga est le fils du dieu Siva et de Parvatee. Pour transporter le lait et les fruits comme offrande et pour grimper la montagne, ils ont utilisé un morceau de bambou avec le lait et des fruits attachés aux deux extrémités pour faciliter leur tâche. C’est à partir de cet instant que les tamouls ont fabriqué le “cavadee” en attachant les deux pots (sombous) aux extrémités remplies de lait pour le déverser sur la statuette du dieu Muruga sans laisser tomber une goutte. » Et de poursuivre : « Certains dévots ont choisi de transpercer leur langue, torse, dos, bras, jambes avec des aiguilles en argent (le vel) tandis que d’autres attachent leur bouche comme sacrifice pour ne pas parler pendant tout le trajet. Les dévots sont toujours habillés en rouge. Leurs “cavadees” sont décorés de feuilles de cocotier, de fleurs. La cérémonie Kodi Ettram (la levée du drapeau) signifie le début d’un jeûne pour le Thaipoosam Cavadee. »

Selon Vijay Veeramootoo, pendant ces dix jours, les dévots consomment des plats végétariens pour vivre pleinement ce moment spirituel dans leur vie. « Ils demandent au dieu Muruga de les protéger. Le “turumeeru” est aussi appliqué sur le front, le cou. C’est une sorte de cendre brûlée des coraux qui laisse sur la peau une sensation de fraîcheur. » Après quoi la famille et les amis seront invités à se recueillir.