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Théâtre de Port-Louis : 200 ans d’existence… au fil des ballades lyriques pour rester dans l’air du temps

Le théâtre de Port-Louis, qui subit actuellement une rénovation, conserve en ses murs sa mémoire. En 200 ans d’existence, il peut s’enorgueillir d’avoir vécu plusieurs vies, et surtout, d’avoir été bercé par des ballades lyriques et d’avoir pu accueillir en son antre opéra, opérette, vaudeville, mélodrame, comédie.

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Inauguré le 11 juin 1822, par le gouverneur Farquhar, le théâtre de Port-Louis est devenu une des plus grandes attractions de Port-Louis, pouvant accueillir 510 personnes. Historien et conteur, Robert Furlong a su recomposer le passé du théâtre, lundi, à la municipalité de Port-Louis, devant un parterre d’élèves issus de différents collèges de l’île.

L’activité du théâtre a connu une mort soudaine en 2008, avec sa fermeture pour une rénovation tous azimuts. Son ouverture est prévue dans deux ans. Et si on faisait comme Robert Furlong, si on essayait de remonter le temps à l’époque de son inauguration en 1822, par sir Robert Farquhar, premier gouverneur britannique de Maurice. « Nous avons un bâtiment d’une grande importance architecturale qui a atteint l’âge de 200 ans. Le théâtre de Port-Louis doit sa naissance à un cyclone et au hasard, car il est né de deux recherches, celles de Pierre Poujade, architecte qui a sollicité les autorités britanniques pour construire un théâtre. Et de cette ambition du gouverneur d’alors, sir Robert Farquhar, d’un rapprochement entre les vainqueurs (les Anglais) et les vaincus (les Français) », relate Robert Furlong.

Nous revoilà plongés dans cette atmosphère de réjouissances au temps où de grandes œuvres telles que La Bohème, Aïda, Le Barbier de Séville, habilement servies par des acteurs chevronnés français, étaient sur les planches de Port-Louis pour un spectacle magistral. Robert Furlong fait un détour, plonge son auditoire dans l’histoire de la période de Mahé de La Bourdonnais qui avait insufflé ce dynamisme à Port-Louis. Mahé de La Bourdonnais avait la vision de faire de cette région de l’île un modèle pour l’océan Indien. Et il n’a pas hésité une minute pour cela à faire la part belle à la culture.

Comme le raconte Robert Furlong, dans son plan pour Port-Louis, Mahé de La Bourdonnais va s’imaginer une place pour le théâtre, pour mettre en éveil toute la culture. Les entrepôts vont se transformer en scène de théâtre pour y jouer une pièce de Molière. Il y a eu, par la suite, la belle époque de l’opéra. Une vie théâtrale importante se profilait à l’horizon avec des gens désireux de s’imprégner de ce mode de loisir. « Il y avait ce désir ardent et cette volonté de quelques personnes de construire un vrai théâtre, d’abord en bois pris dans un grand incendie en 1816, auquel il survivra. Le passage d’un cyclone en 1818, avec une force herculéenne, a déplacé le théâtre à une dizaine de mètres », poursuit l’orateur.

En effet, le premier théâtre de Port-Louis avait été construit en 1788, près de l’ancien cinéma Ciné City, avant d’être reconstruit en 1820, sur un terrain offert par le général Darling, gouverneur par intérim de l’époque. Le théâtre de Port-Louis est resté le seul centre de l’opéra à Maurice jusqu’à la construction du théâtre du Plaza à Rose-Hill.

Anglais et Français réconciliés autour du théâtre et des courses hippiques

Robert Furlong parle aussi de cette période d’animosité entre Anglais et Français. Et de la réconciliation entre les deux camps qui a été rendue possible grâce à l’hippodrome du Champ-de-Mars, où le colonel Draper restera un des personnages clés des courses à Maurice, qu’il a soutenues depuis ses débuts en 1812 jusqu’à sa mort en 1841. On apprend que l’introduction des courses hippiques a été attribuée à sir Robert Farquhar qui avait don de la coupe en or Challenge qui était revenu au propriétaire du cheval vainqueur de l’épreuve principale de la journée de courses d’ouverture du 25 juin 1812.

« La réconciliation entre les Anglais et les Français s’est faite grâce aux courses et au théâtre. Le théâtre de Port-Louis a été créé par l’architecte Pierre Poujade à qui on doit ce fabuleux dôme qui fut décoré par un peintre belge, Henri Théodore Vandermeersch. Et le théâtre de Port-Louis a été inauguré le 11 juin 1822, par le gouverneur Farquhar. Un autre bijou du théâtre est ce fameux lustre-réverbère installé avant l’électricité, de style rococo datant de 1810. On appelle le théâtre de Port-Louis un théâtre à l’italienne et qui se trouve être le deuxième théâtre dans l’hémisphère sud », indique Robert Furlong.

À la place du théâtre de Port-Louis, il y avait jadis un marché, relogé ailleurs à la place qu’il occupe aujourd’hui. Fait intéressant, le théâtre, le Champ-de-Mars, le judiciaire, le Parlement, tous ces bâtiments importants se relient et offrent à Port-Louis toute sa quintessence.

Revenons à ce fameux théâtre de Port-Louis de style Renaissance, le joyau de la ville, avec sa bichromie d’origine et les balustrades, les corniches, le fronton en blanc sur un fond ocre, ce qui fait bien ressortir la qualité de cette architecture de la Renaissance. L’intérieur, lui, s’inspire du style baroque. La coupole en trompe-l’œil de l’artiste Vandermeersch… Entre ces différentes loges et le poulailler dans le fond, le théâtre de Port-Louis a connu ses moments de gloire grâce, entre autres, à une pièce qui fait encore date, Zozef ek so palto larkansiel.

Ce théâtre pouvait contenir 510 spectateurs avec pour particularité que ces balcons, faits en bois pour agir comme « caisse de résonance », pour mieux véhiculer les voix des artistes. Robert Furlong décrit l’œuvre d’Henri Théodore Vandermeersch comme une harmonie céleste représentée par des angelots. « Ce dôme est toujours présent dans le théâtre de Port-Louis. Il y avait aussi eu haut du balcon, dans la verrière, une pause thé et café, des snacks pour restaurer les spectateurs lors de l’entracte. On peut s’enorgueillir d’avoir un théâtre identique à celui du théâtre de Montmartre de Paris avec la même capacité de places, soit 510. »

Autre petit détail qui revêt toute son importance est qu’autrefois le théâtre était éclairé à l’huile de coco, bien avant l’électricité. Si une personne restait trois heures au théâtre, quand elle rentrait, ses proches savaient d’où elle sortait. Par la suite, la salle de théâtre créée par Poujade a été rachetée le 30 décembre 1854 par la municipalité de Port-Louis. Toutes les représentations se font sur un contrat. Et à l’époque, pour pouvoir bénéficier de cette offre, il fallait proposer un calendrier des représentations bien élaboré.

En 200 ans, une cinquantaine de troupes se sont produites au théâtre de Port-Louis. Il y a eu des prestations en tous genres dont les opéras, opéras-comiques, opéras-bouffes, sorte de satire sociale avec Offenbach, le champion opéra bouffe. « Avec le théâtre de Port-Louis, chaque année, Port-Louis était en fête avec ses saisons lyriques, puis les opérettes. Il y a eu aussi l’émergence de troupes mauriciennes comme celle d’Henri Favory, Guy Lagesse. Le théâtre en kreol a très vite pris ses marques, de même que les festivals théâtraux mis en place par l’agence Immedia de Rama Poonoosamy », confie Robert Furlong. Et de conclure : « Le théâtre apporte beaucoup, permettant au comédien d’explorer des émotions différentes tout en restant un bon complément pédagogique pour l’élève. »

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