Après Zeitnot, que nous vous avons présentée samedi dernier dans cette rubrique, passons à l’autre pièce de Frédéric Édouard, qui a été présentée dans la foulée le même soir. Après le suspense et les tensions relevant du polar, Mona Lisa apporte une bouffée d’air frais, avec le jeu délié de ses personnages, son humour et l’atmosphère joyeuse qui règne à ses tout débuts. Les décors et costumes transportent le spectateur dans l’atmosphère bouillonnante de l’atelier de Leonardo da Vinci. Le grand peintre de la Renaissance a une nouvelle importante à annoncer à son meilleur ami, Salaï, et à ses serviteurs, Mylena et Vincenzo.

La surprise s’affiche sur les visages de Mylena, la servante alerte et joyeuse, et de l’ami de toujours, Salaï, lorsque Léonard leur annonce qu’il va recevoir une femme et qu’il souhaite que la maison soit impeccable et les hôtes aux petits soins, avec cette personne pour qui il nourrit les sentiments les plus chaleureux. Mais la thèse de l’auteur, Frédéric Édouard, démontrera, l’un après l’autre, tous les joyeux espoirs que pouvaient formuler les différents personnages de la pièce.

Si le sourire mystérieux de la Joconde déchaîne les passions depuis des siècles et a amené les interprétations les plus variées, des plus improbables aux plus scientifiques, Frédéric Edouard a décidé quant à lui d’inventer une histoire qui donne un rôle au modèle du peintre italien, à la mesure de l’immense pouvoir d’attraction qu’exerce ce tableau. Encore de nos jours, La Joconde est en effet l’œuvre la plus regardée du plus grand musée du monde, Le Louvre.

Derrière ce sourire esquissé et l’effet brumeux de ce visage aux contours atténués, selon l’effet du sfumato, tel qu’il a été nommé par les spécialistes, l’auteur de la pièce voit l’ambiguïté et la manipulation. Il fait de Mona Lisa, incarnée par Sheryl Smith, un personnage éminemment narcissique, qui sèmera le malheur et le désordre dans la maison du grand peintre. Profondément machiavélique, la belle jeune femme écartera, les uns après les autres, chacun des proches de Léonardo, pour arriver à ses fins…

Une seule personne détecte ses intentions malsaines au premier regard, la servante Mylena qu’elle traite avec condescendance, et même méchanceté. Face aux autres, elle est tout sucre tout miel, jusqu’à ce qu’elle dévoile son vrai visage. On rit beaucoup au début de la naïveté de Vincenzo, joué par Jérémie Empeigne, des dialogues de sourds entre l’artiste et son ami, Joalan Chedumbrun. Mais les duperies de la visiteuse diabolique emporteront peu à peu cette bonne humeur.

Avec des comédiens bien installés dans leur rôle, cette pièce s’enchaîne, avec fluidité, sans que l’on compte le temps qui passe. Mona Lisa joue très bien l’hypocrisie et la duperie, passant d’une seconde à l’autre de la feinte aux sentiments réels, seulement à travers ses expressions faciales. Ce double jeu frisant la folie en devient effrayant, dans l’univers bon enfant du peintre.