Tirs croises – Déversement du MV Wakashio : Trois ans après, les plaies sont-elles cicatrisées ?

Près de trois ans après la marée noire dans le lagon du Sud-Est par le MV Wakashio, où en sont les habitants de la région, particulièrement les plus vulnérables ? Ont-ils pu surmonter cet amer épisode ou leur vie d’alors, rendue déjà difficile par la crise du Covid-19, s’est-elle davantage assombrie tel le bleu du lagon noirci par l’huile du vraquier ?

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À entendre le plaisancier Noël Sylvain Seblin, la douleur des habitants est encore patente. Il confie que les plaisanciers du Sud-Est ne peuvent plus travailler sur les sites de plongée en l’absence de la faune et de la flore marines.

« Ce qui est attristant, c’est que de Rivière-des-Créoles à Bambous-Virieux, nos amis de ces régions vivent toujours avec cette odeur de pétrole », dit-il. Il affirme n’avoir reçu aucune aide et a dû se débrouiller seul pour survivre. Si les plaisanciers s’évertuent à trouver du travail, poursuit Noël Sylvain Seblin, une grande partie de leur clientèle refuse de s’adonner à leurs activités dans cette partie de l’île. D’où son souhait que « les autorités entreprennent une étude profonde pour déterminer si vraiment il n’y a rien à craindre, ce qui rassurerait les touristes ».

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Chercheuse mauricienne à l’université de Stanford et ayant entrepris une étude sur les enjeux sociologiques et économiques du Sud-Est après le Wakashio, Josheena Naggea souligne que la marée noire a rongé la résilience des populations vulnérables de la côte du Sud-Est dépendant fortement de la pêche et du tourisme pour leur subsistance.

« Cela a été une expérience traumatisante pour beaucoup de personnes. Les habitants essaient toujours de remonter la pente financièrement », témoigne-t-elle. Elle souhaite aujourd’hui une meilleure collaboration multipartite pour mieux préparer le pays aux désastres tels que celui du Wakashio mais aussi pour mieux faire face aux impacts à long terme.

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Josheena Naggea rappelle en outre : « bien qu’il y ait eu plusieurs efforts pour soutenir les familles touchées, tout le monde n’a pas été touché ou soutenu de la même manière. Nous devons donc faire preuve d’empathie, collaborer et nous engager dans un plan de relance à long terme pour la région. »

Sébastien Sauvage, CEO d’ECO-Sud, ONG à l’initiative de l’atelier du 14 juin dernier, martèle que trois ans après, beaucoup de questions et de craintes demeurent. « La marée noire du Wakashio a laissé des cicatrices profondes sur la côte Sud-Est. » Il rappelle les conséquences environnementales, économiques et sociales du désastre. « De nombreuses personnes ont perdu leur emploi, ce qui a exacerbé les difficultés financières dans la région. »

Il juge essentielle la sensibilisation de la population en cas d’incident similaire. Les acteurs économiques et habitants de cette partie de l’île, dit-il, souhaiteraient voir plus de rapports officiels et des actions concrètes pour remédier à la situation. Il est convaincu que pour aider les habitants à se relever, « un soutien technique et financier est nécessaire, avec un accent particulier sur la gestion des dettes accumulées et l’établissement d’un plan familial pour éviter une détérioration supplémentaire ».

Retrouvez l’article au complet dans l’édition du Mauricien du 6 juillet.

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