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Les défenseurs de cinq Credit pour les examens du SC invoquent l’importance du maintien d’une éducation de qualité. Quels sont néanmoins les effets de cette recherche de la qualité sur nos jeunes ? Et de quelle qualité parle-t-on quand, en dépit d’avoir tout donné, nombreux sont parvenus à bien travailler dans les matières qu’ils souhaiteraient choisir en HSC mais se voient éjectés du collège parce qu’ils n’ont pas décroché le fameux sésame, même après deux tentatives ? Et que dire de ces jeunes qui ont obtenu quatre distinctions mais pas les cinq Credit et ne peuvent être promus ? Que deviennent les 7 142 des 15 387 candidats sans cinq Credit ? Dans le sillage de la difficile situation sanitaire dans laquelle ces jeunes ont préparé ces examens, fallait-il faire preuve d’indulgence ?

Si Faizal Jeeroburkhan, ancien pédagogue du MIE et membre de Think Mauritius, considère qu’« en temps normal, il faut impérativement maintenir les cinq Credit pour passer en Lower Six, ne serait-ce que pour maintenir la qualité de l’éducation », il ajuste ses propos pour les derniers examens, estimant qu’exceptionnellement, cette année, « le ministère aurait pu permettre aux élèves avec quatre Credit de passer en Lower Six tout en s’assurant qu’ils sont bien encadrés au niveau de leur collège ». Il souligne la nécessité de filières alternatives dans divers secteurs « pour donner la chance aux élèves qui ont des aptitudes et des compétences non académiques mais qui sont grandement dévalorisés par le système actuel ». Les écoles polytechniques n’ont, en effet, « pas suffisamment de places pour recevoir les 7 142 candidats avec moins de cinq Credit ».

Sooryadanand Meetooa, président de l’Education Officer’s Union, estime qu’il importe de tenir compte du contexte dans lequel les élèves ont préparé ces examens. « Non seulement ceux qui ont eu quatre Credit mais aussi ceux ayant eu trois Credit doivent être considérés pour passer en Grade 12. Si un élève a eu trois distinctions en anglais, français et maths et qu’il veut choisir ces matières au A-Level, où est le problème ? » Et d’ajouter : « Combien de professionnels avec trois Credit n’excellent-ils pas aujourd’hui dans leur domaine ? Les autorités doivent revoir leur politique. » Une des conséquences d’une telle exigence, soutient-il, est qu’« un élève capable dans un domaine passe à côté d’un bel avenir professionnel ». Les cinq Credit, selon lui, « sont bons pour une certaine catégorie mais pas pour les autres ».

Mahend Gungapersad, député et ancien recteur, estime qu’on ne peut oublier les circonstances dans lesquelles les enfants ont pris part à ces examens. « Il faut ouvrir l’accès à ces élèves qui ont vécu un stress. » S’il se dit pour une culture de l’effort et du sacrifice, il se dit tout autant conscient que tous les jeunes ne sont pas égaux. Pour lui, c’est davantage le système que les élèves qui est un échec. « Je demande à la ministre d’avoir beaucoup de compassion et de revoir sa copie. Notre regard sur les examens et l’échec scolaire doit changer. On a tellement de “success stories” qui montrent que de tels élèves peuvent briller dans la vie professionnelle. L’éducation doit construire et non pas détruire. »


FAIZAL JEEROBURKHAN (THINK MAURITIUS) : « Absolument essentiel d’avoir des filières alternatives »

Ils sont plusieurs candidats à ne pouvoir passer en Lower Six, faute d’un cinquième Credit. Parmi, certains ont eu quatre distinctions. Pensez-vous qu’une faveur aurait dû être accordée à ces élèves ?

Dans le contexte de la pandémie de Covid-19, Cambridge a, semble-t-il, eu recours à une special consideration pour la correction des papiers d’examens. On s’est ainsi retrouvé avec 15% de réussite de plus par rapport à 2020. Le système d’évaluation pour une Distinction, un Credit et un Pass a dû être revu à la baisse. Ainsi, la prudence doit être de mise pour permettre aux élèves avec des résultats globaux valables de passer en Lower Six, comme ceux qui en étaient à leur deuxième tentative et qui ont eu quatre distinctions, ce qui est très rare.

Que pensez-vous de l’exigence de cinq Credit pour passer en Lower Six ?

En temps normal, je pense qu’il faut impérativement maintenir les cinq Credit pour passer en Lower Six, ne serait-ce que pour maintenir la qualité de l’éducation au même niveau que dans le passé. Une baisse de niveau aura nécessairement un impact négatif sur les apprenants et ultérieurement sur la qualité des citoyens et de la main-d’œuvre. Cela dit, il est absolument essentiel d’avoir des filières alternatives dans différents domaines : technique, artistique, sportif, entrepreneuriat, etc., qui aboutiraient à des certificats équivalents au A level pour donner la chance aux élèves qui ont des aptitudes et des compétences non académiques et qui sont grandement dévalorisés par le système actuel.

Certains estiment que le ministère aurait pu tenir compte du contexte exceptionnel suivant le Covid-19 pour témoigner de l’indulgence envers les élèves ayant score quatre Credit. Qu’en pensez-vous ?

Exceptionnellement, pour cette année, le ministère aurait pu permettre aux élèves avec quatre Credit de passer en Lower Six tout en s’assurant qu’ils sont bien encadrés au niveau de leurs institutions scolaires. Il faut s’assurer que ces élèves reçoivent le soutien nécessaire de leur collège, de leurs enseignants et de leurs parents ; qu’ils aient accès aux outils pédagogiques et informatiques nécessaires pour progresser sans se décourager et abandonner.

En quoi l’exigence de cinq Credit peut-elle impacter négativement le futur de ceux qui en étaient à leur deuxième tentative ?

Sans des filières alternatives équivalentes au A level, l’exigence de cinq Credit, surtout pour ceux qui en étaient à leur deuxième tentative, pourrait déboucher sur la démoralisation et le relâchement. Ce sera alors une grande perte pour le pays en termes de ressources humaines. La suggestion du ministère de voir du côté des écoles polytechniques est valable mais malheureusement celles-ci, de même que le MITD, n’ont pas suffisamment de place pour recevoir les 7 142 candidats avec moins de cinq Credit. Il faudrait mettre sur pied des institutions d’éducation technique et vocationnelle à travers l’île et revoir le cursus scolaire.

Dans une déclaration à la presse, la ministre a suggéré que les candidats insatisfaits de leurs résultats du SC fassent une demande auprès de Cambridge pour un “recount” dans les matières où ils n’ont pas eu de Credit. Pensez-vous qu’une telle démarche, si les parents des élèves en avaient les moyens, pourrait aboutir à des résultats positifs ?

D’après l’expérience du passé, c’est très rare qu’un recount aboutit à un changement positif. La plupart du temps, c’est de l’argent jeté par la fenêtre pour les parents. Au lieu de faire cette suggestion, la ministre aurait mieux fait de mettre sur pied un comité pour travailler sur cette problématique et venir avec des propositions pour mieux prendre en main les élèves avec moins de cinq Credit afin d’assurer leur avenir professionnel et éviter qu’ils deviennent des menaces pour la société.

Le cas du jeune de 17 ans, non satisfait de ses résultats du SC et qui a mis fin à ses jours, n’invite-t-il pas à remettre en question le système éducatif existant ?

Le cas de ce jeune est le symptôme d’un système éducatif qui est gravement malade. Il faut savoir que pour chaque suicide, il y a des milliers d’élèves qui se sentent abandonnés et qui souffrent en silence sans pouvoir faire grand-chose.

Le système éducatif a fait son temps et demande à être revu de fond en comble dans son ensemble. Le système actuel est élitiste, restrictif, rigide, One size fits all, et sans lien avec le monde du travail. Il ne permet pas à certains élèves, qui ont des aptitudes et des potentiels non académiques valables, de capitaliser sur ces aptitudes. On devrait les former pour lancer leur propre entreprise ou pour s’insérer professionnellement dans des métiers.

C’est le curriculum qui doit être le moteur du système éducatif, et non pas les examens. L’approche pédagogique aussi bien que les modes d’évaluation doivent être revus pour les rendre plus souples et moins contraignants. Il faut consolider l’éducation technique et vocationnelle. Les élèves doivent développer les compétences transversales : résoudre les problèmes du quotidien, booster l’estime de soi, se motiver, développer les valeurs humaines (intégrité, humilité, etc.) et républicaines, développer la curiosité, la créativité, la pensée critique, la pensée positive, l’autodiscipline, l’empathie, la compassion, la résilience, etc., pour ne pas avoir recours au suicide. Ils doivent aussi apprendre à utiliser les outils informatiques et les réseaux sociaux à bon escient.

Ne faudrait-il pas davantage d’encadrement psychologique dans les établissements secondaires ?

Les adolescents sont très sensibles au stress des examens et peuvent facilement être victimes de déséquilibre psychologique. La compétition à outrance découlant de ces examens et l’absence d’équité donnent lieu à des pressions d’ordre psychologique et émotionnel, insupportables pour certains élèves. Dans ce contexte, l’encadrement psychologique s’avère essentiel. Mais il y a aussi d’autres fléaux comme la drogue et le bullying qui requièrent l’intervention des psychologues éducatifs. Malheureusement, le nombre de ces spécialistes dans notre système éducatif est loin d’être suffisant.


SOORYADANAND MEETOOA (EOU) : « Un élève capable peut passer à côté d’un bel avenir professionnel »

Ils sont plusieurs candidats à ne pouvoir passer en Lower Six, faute d’un cinquième Credit. Parmi, il y a même certains qui ont eu quatre distinctions. Pensez-vous qu’une faveur aurait dû être accordée à ces élèves d’autant que certains en étaient à leur deuxième tentative ?

Pour moi, ce n’est pas une faveur. C’est leur dû. Il faut tenir compte du fait qu’il y a eu deux confinements qui ont pénalisé les élèves. La population, les élèves et les parents étaient dans la panique lors du premier confinement. Il faut tenir compte du contexte dans lequel les élèves ont préparé ces examens. Nous avons eu un deuxième trimestre de 21 semaines avec une semaine de congé entre. Nous avons d’ailleurs eu des résultats catastrophiques car les élèves n’ont pu étudier dans cette situation vraiment difficile sans parler des problèmes sociaux, familiaux et psychologiques. Ces élèves ont composé les examens dans des situations compliquées.

Compte tenu donc du fait que la situation n’était pas normale, je pense qu’ils méritent de passer en Lower Six. Il y a aussi la question de l’âge. Si l’élève a dépassé 19 ans en juin 2021, ce n’est pas de sa faute. Il doit pouvoir passer en Grade 12. Je le dis haut et fort : non seulement ceux qui ont eu quatre Credit mais aussi ceux ayant eu trois Credit doivent être considérés pour passer en Grade 12. On peut leur permettre de faire 2 A Level.

Cette considération ne tirera-t-elle pas le niveau vers le bas ?

On est dans une situation exceptionnelle. L’an dernier, moi-même, j’avais exprimé mon soutien à l’exigence de cinq Credit, mais aujourd’hui, quand on voit les problèmes comme le suicide, je demande qu’on puisse permettre à ceux avec trois et quatre Credit d’être promus. Si un élève a eu trois distinctions en anglais, français et maths et qu’il veut choisir ces matières au A-Level, où est le problème ? N’a-t-il pas les compétences pour réussir à son HSC ? Combien de professionnels avec trois Credit n’excellent-ils pas aujourd’hui dans leur domaine ? Les autorités doivent revoir leur politique.

Que pensez-vous de l’exigence de cinq Credit pour passer en Lower Six en temps normal ?

J’étais d’accord pour une telle exigence en temps normal mais même avec cinq Credit, certains n’ont pu réussir à leur SC. Mon souci principal, ce sont tous ces élèves qui n’ont pas eu les cinq Credit. Avons-nous suffisamment de centres polytechniques pour absorber tous ces élèves ? Il y a aussi ceux qui ont complètement échoué. Existe-t-il des formations pour les aider à avoir un métier ? Combien d’élèves issus du Lycée polytechnique de Flacq ont, forts de leur Form V, suivi une formation et sont devenus ingénieurs, etc., et touchent plus que certains médecins ? Pourquoi, donc, ne pas créer de centres spécialisés pour ces élèves ?

Je pense qu’il faut canaliser les élèves dès le Grade 7. Il faut une autre école parallèle les week-ends où en dehors de la filière académique. L’élève ayant un penchant pour une certaine filière peut se former déjà. S’il ne réussit pas à son SC, il saura déjà quoi faire. On a vu comment Singapour et la Finlande canalisent les élèves dès leur jeune âge. Dans le sillage du Covid-19, on a réalisé l’importance de l’agriculture. Avec nos terres, le pays a un gros potentiel dans ce secteur. On aurait pu développer les potentiels des jeunes dans ce secteur. Il faut une considération spéciale pour cette catégorie d’élèves qui sont passés dans un cyclone.

En quoi l’exigence de 5 Credit peut-elle impacter négativement le futur de ceux qui en étaient à leur deuxième tentative ?

Un exemple : on m’a parlé d’un élève qui a eu quatre distinctions et quatre Pass, mais n’arrive pas à monter en Lower Six. C’est sûr qu’il sera frustré. Il peut être tenté d’abandonner ses études. Il peut passer à côté d’un bel avenir professionnel. Quant aux élèves qui ont eu 7 dans une matière, connaît-on leurs points ? Si on avait pu savoir qui étaient sur le border line et considérer leur cas… Il faut revoir la manière de compter les Credit.

Le cas du jeune de 17 ans, non satisfait de ses résultats du SC et qui a mis fin à ses jours, n’invite-t-il pas à remettre en question le système éducatif existant ?

Certes. Je pense que trois à quatre mois avant les examens, il faut prodiguer une assistance psychologique car ces élèves subissent une forte pression. Il faut davantage de psychologues dans les établissements scolaires. Il faut animer des sessions à leur intention assez régulièrement, et surtout quand les résultats sont proclamés. Une semaine avant, il faut les soutenir psychologiquement. Cela aidera définitivement. Il faut prendre des mesures qui s’imposent. Le critère de l’âge joue aussi grandement. Si un élève a atteint 19 ans en juin 2021, il ne peut être admis en Grade 12. Car il n’est pas fautif. Il y a eu le Covid-19 et le calendrier scolaire a été reporté.

Pourquoi pénaliser ces élèves ? L’âge couplé aux résultats, tout cela est lourd à porter pour un jeune. Il nous faut être réalistes. Les 5 Credit, c’est bon pour une certaine catégorie. Mais pour les autres qui ne les ont pas décrochés, il y a un gros travail à faire. Les résultats se sont améliorés cette année avec 85,67% contre 70,93% en 2019. Mais on ne parle pas que du pourcentage de réussite, mais aussi de la qualité.


MAHEND GUNGAPERSAD (DÉPUTÉ ET PÉDAGOGUE) : « L’éducation
ne doit pas détruire mais construire ! »

Ils sont plusieurs candidats à ne pouvoir passer en Lower Six, faute d’un cinquième Credit. Parmi, certains ont eu quatre distinctions. Une faveur aurait dû être accordée, selon vous, à ces élèves ?

Bien sûr, il faut donner la chance à ces élèves qui ont eu quatre distinctions et qui ne manquent qu’un Credit pour passer en Lower Six. Admettons qu’un élève a six unités dans cinq matières. Il aura eu ses cinq Credit et 30 unités. À côté, les élèves qui ont quatre distinctions ont, au pire, huit unités. Même avec un Pass de 7 ou 8 ailleurs, ils ont donc bien mieux travaillé que certains qui ont eu cinq Credit. Ces élèves ne sont pas bêtes. Ils ont du potentiel.

Pour une raison ou pour une autre, étant donné les circonstances dans lesquelles ils ont pris part à ces examens, ils n’ont pu avoir un Credit dans une matière. Il aurait fallu faire une exception pour leur permettre de monter en Lower VI et ne pas les priver de leur avenir et de leur droit à l’accès à l’éducation. Je suis donc pour que ces élèves montent en Lower Six.

Qu’en est-il de ceux qui ont eu quatre Credit et pas de distinction ?

Même pour ces élèves, il convient d’étudier la question dans sa globalité. S’ils ont suffisamment de Credit dans les matières qu’ils comptent choisir en HSC, on aurait pu faire une exception. On ne peut oublier les circonstances dans lesquelles ils ont pris part à ces examens. Si on a demandé à Cambridge d’accorder une special consideration, on doit avoir une attention spéciale envers eux. Peut-être aurait-on pu mettre des proviso : ils peuvent être promus en HSC, oui, mais pour faire le GCE ou alors qu’ils reprennent leurs examens de SC, ou s’ils réussissent leur Lower VI, ils continuent et s’ils ne réussissent pas, ils redoublent le Lower Six.

Il y a plusieurs façons d’aider ces élèves. Les autorités doivent aller au-delà de la mêlée actuelle. Je ne suis pas pour les barrières. Il faut ouvrir l’accès à ces élèves qui ont vécu un stress. On ne connaît pas la réalité de leur vie à la maison. On passe par une phase difficile. Je ne dis pas qu’il faut promouvoir tous les élèves, mais c’est une poignée d’élèves qui sont concernés.

Que pensez-vous de l’exigence des cinq Credit en temps normal pour passer en Lower VI ?

Quand j’étais recteur, il n’y avait pas cette mesure. N’empêche, à l’époque, j’insistais que les élèves décrochent leur Credit car je suis pour la culture de l’effort, du sacrifice, mais en même temps je suis conscient que tous les enfants ne sont pas égaux. Certains peuvent facilement réussir à leurs examens, d’autres ont des soucis d’apprentissage. Les enfants issus de certains milieux sont pénalisés. Si on ne donne donc pas la chance à ces enfants, quelle option ?

On parle d’écoles polytechniques. Mais il y a des enfants qui voudraient avoir leur HSC avant d’aller dans une école technique. Pas nécessairement pour être embauchés par la PSC par la suite, mais pour leur propre estime. Il y a beaucoup de collèges privés où ces élèves auraient pu compléter leur HSC, que ce soit avec trois A Level ou deux A Level. Si on ne fait pas cela, ces élèves iront dans des institutions de formation qui leur feront payer pour passer le niveau de A Level. Ceux n’ayant pas les moyens ne pourront y aller et finiront par traîner les rues avec tous fléaux que l’on connaît. L’accès à l’éducation est un droit fondamental et ne peut être bafoué du jour au lendemain. Il faut voir comment épauler ces élèves en échec scolaire. C’est davantage le système que les élèves qui est un échec. Il faut tenir compte de leur santé mentale pour éviter qu’ils ne commettent des actes irréparables. Il importe d’étudier cas par cas car parmi ceux n’ayant pas obtenu les cinq Credit, il y a des redoublants. On aurait pu exceptionnellement les faire monter.

Concernant l’âge limite de 19 ans, il faudrait que cette mesure soit en phase avec le retard dans le calendrier scolaire. Les élèves n’ont pas demandé cela. Est-ce que l’âge est un facteur vraiment important ? Il y a des late developers qui arrivent à réussir à leurs examens. Il ne faut pas tirer une ligne de démarcation brutalement en mettant certains d’un côté et d’autres de l’autre côté au risque de pénaliser certains pour le reste de leur vie avec toute la stigmatisation qui va avec.

Je demande à la ministre d’avoir beaucoup de compassion et de revoir sa copie. Au cas contraire, ces jeunes seront amers envers la vie. Il faut être à l’écoute de ces jeunes, leur tendre la main et les tirer vers le haut et non vers le bas. En tant que pédagogue, je ne peux accepter cela.

Le cas du jeune de 17 ans, non satisfait de ses résultats du SC et qui a mis fin à ses jours, n’invite-t-il pas à remettre en question le système éducatif existant ?

Il y a beaucoup de questions. D’abord, je présente mes sympathies à la famille, aux amis de ce jeune. Le pays a perdu un enfant. C’est vraiment triste ! Les résultats du HSC sont prévus le 17 septembre. Qu’a-t-on mis en place pour prévenir d’autres problèmes ? Les candidats du HSC sont à la maison, on ne peut les encadrer au collège. Il faut immédiatement commencer un dialogue avec eux pour qu’ils ne commettent pas l’irréparable. Ensuite, notre regard sur les examens, sur l’échec scolaire, doit changer.

À Singapour, quand on a réalisé qu’il y avait trop de pressions, on a atténué le système. Je suis pour la qualité, pour la culture de l’effort, mais il faut en même temps se pencher sur ceux qui n’ont pas les mêmes aptitudes. Souvent, ces enfants subissent des stigmatisations. Or, rien ne dit que ces élèves ne pourront bien faire par la suite. Ils ont tout un champ de possibilités. On a tellement de sucesss stories qui montrent que de tels élèves peuvent briller dans la vie professionnelle. De l’autre côté, beaucoup réussissent à leurs examens mais ne vont pas aussi loin professionnellement. Il faut une prise de conscience pour faire réfléchir les policy makers, les parents et les élèves.

Malheureusement, notre société est devenue tellement compétitive qu’on n’a plus cette compassion pour ceux qui ne réussissent pas ! Il y a aussi les comparaisons entre frères, cousins qui font que l’enfant vit avec un guilt consciousness. L’éducation ne doit pas détruire, mais construire. On envoie un mauvais signal quand on ne donne pas la chance à ceux qui ont eu des soucis. Au contraire, une société doit aider ses enfants. Que s’est-il passé avec le concept No Child should be left behind ? Une société qui n’est pas à l’écoute de ses propres enfants n’est pas acceptable pour moi.