Tirs Croisés – Journée mondiale : Ces séquelles à traiter derrière la pauvreté…

Lorsque des décisions inappropriées sont prises à leur égard, les plus pauvres ne s’en retrouvent que davantage affaiblis, marginalisés et exclus. En amont de la Journée mondiale de l’éradication de la pauvreté, il est opportun de se pencher sur les vraies solutions susceptibles d’extraire les familles concernées des gouffres de la misère et de ses répercussions sur leurs enfants, voire sur des générations.

- Publicité -

Si Alain Muneean, directeur de Terre de Paix, ONG s’occupant d’enfants vulnérables issus de milieux défavorisés, insiste qu’il ne faut pas sous-estimer la série d’aides sociales qui existent à Maurice et qui permet aux plus vulnérables de faire face à la misère, il interroge toutefois : « à quel point ces mesures sont-elles accessibles aux pauvres ? ». Pour lui, tant au niveau national qu’international, le problème de pauvreté relève d’un phénomène systémique. Il croit fermement que la vraie solution réside dans le capital culturel de ces personnes qui, « même si elles n’ont pas fait de grandes études, ont des capacités extraordinaires, peut-être même plus que ceux qui ont entrepris de grandes études. Je trouve que nous ne misons pas suffisamment dessus. Les révolutions doivent être faites dans le domaine culturel ! ».

Takesh Luckho, économiste du développement qui est appelé à se pencher sur la question de pauvreté entre autres, établit une distinction entre pauvreté absolue et pauvreté relative. « D’un point de vue de la pauvreté absolue donc, nous pouvons trouver que la situation est correcte. Mais, en termes de pauvreté relative, il est bien plus difficile pour un foyer aujourd’hui de joindre les deux bouts car les salaires sont restés pareils même s’il y a des allocations du gouvernement ».

- Publicité -

Il note que la classe moyenne s’est grandement appauvrie, ce qui constitue un grand problème, à son avis, « car celle-ci fait rouler l’économie et son appauvrissement a un impact négatif sur la reprise de l’économie ». Pour combattre la pauvreté, dit-il, « il faut donner au pauvre des compétences pour qu’il puisse avoir un emploi et être indépendant ».
Le président du Comité 17-Octobre, Shyam Reedha, met pour sa part en lumière les faces cachées de la pauvreté. « Le jour où nous cesserons de voir la pauvreté à travers le seuil de $3/jour, il y aura du progrès. Cette perception est dépassée ! Il faut tenir compte de la dimension invisible de la pauvreté. Éradiquer la pauvreté ne se résume pas à donner une maison ! ».

La construction d’une maison pour le pauvre, souligne-t-il, doit aller de pair avec l’éducation, la réhabilitation et l’emploi. « Il ne faut pas construire des maisons à leur intention dans des faubourgs, et non dans les centres-villes. Non, il faut un regard de respect envers eux ! Tout n’est pas matériel. Il y a aussi la dimension psychologique ». Il plaide ardemment pour un National Desk impliquant tous les ministères en vue de l’éradication de la pauvreté.

- Advertisement -

ALAIN MUNEEAN (Terre de Paix) :

« Les révolutions doivent être faites dans le domaine culturel »

Le 17 octobre, le monde célèbrera la Journée mondiale pour l’éradication de la pauvreté, sujet, on ne peut plus d’actualité… Quel est votre constat sur le terrain ? La situation a-t-elle empiré ou le pays remonte-t-il la pente depuis la pandémie ?

Ce serait compliqué de répondre d’une manière catégorique. Ce dont nous devrions davantage mettre en avant, c’est que la pauvreté est un phénomène systémique, pas uniquement au niveau national, mais mondial. De manière systémique, la pauvreté s’est aggravée à travers le monde et la pandémie n’a pas aidé…
À Maurice, il est important de réaliser que si nous n’avions pas un système social inspiré du Welfare State, nous serions probablement complètement à genoux. Nous avons donc un filet social qui permet aux plus vulnérables de faire face à la situation. Il y a une série d’aides sociales qui existent et que nous ne devrions pas minimiser. Toutefois, la question est : à quel point ces mesures sont-elles accessibles aux plus pauvres.

En amont de cette journée, le PM a récemment fait ressortir qu’une étude menée par le gouvernement montre que l’écart entre les riches et les pauvres diminue, soit un coefficient de Gini de 30.4% en 2022 contre 39,2 % en 2017. Il affiche l’optimisme quant à la reprise économique. Cela se ressent-il sur le terrain avec les plus démunis ?

Je ne souhaiterais pas politiser la question. Dans la pratique, quand nous travaillons, nous sentons qu’il y a un certain nombre de mesures qui sont là pour les plus pauvres mais le problème, c’est pourquoi et comment se fait-il que des personnes dans le besoin n’arrivent pas à y accéder ?
Il y a un gros problème de barrage qui les empêche de bénéficier de ces aides. Par exemple, pour qu’elles puissent s’enregistrer sur le registre social, c’est une vraie montagne à franchir. Les travailleurs sociaux rencontrent beaucoup de difficultés pour que des officiers acceptent les enregistrements.

La pauvreté est liée à un problème systémique. Le système est en cause. En tant qu’ONG travaillant avec les plus pauvres, nous remarquons à quel point il y a de l’aide qui est à disposition mais qui n’est pas accessible… Que ce soit au niveau du registre social ou de la base de données, les nécessiteux n’arrivent pas à y accéder convenablement.
Je pense qu’il faudrait davantage de volontarisme pour que ces aides parviennent à ces personnes. Et, surtout les accompagner car elles ont la frousse d’aller dans ces bureaux pensant que si elles vont s’enregistrer, leur pension sera coupée en contrepartie. Il faut que les communications soient plus claires, et avec en complément un meilleur encadrement de ces familles.

Le ‘talk of the town’ du moment est la hausse des prix des carburants. Pensez-vous que cet ajustement est susceptible d’aggraver l’ampleur de la pauvreté à Maurice ?

N’importe quelle augmentation a un impact, et cela est plus conséquent pour les pauvres. Comment fait-on pour amortir ces hausses? Il faut voir…

Les divers soutiens que le gouvernement a mis en place sont-ils finalement illusoires avec les prix qui montent en flèche en parallèle et les aides pas toujours accessibles ?

Non, je ne dirais jamais qu’ils sont illusoires. Ce sont des aides réelles. Le problème de hausse des prix des carburants affecte surtout la classe moyenne. Ce n’est pas mon rôle de m’occuper de la classe moyenne. Moi, je suis là pour les plus pauvres. Notre organisation travaille en faveur des démunis. Nous sommes toutefois bien sûr sensibles à ce problème. Mais, il ne faut pas que nous rations notre objectif.
Notre combat prioritaire est d’aider les gens à avoir un logement, à manger et à valoriser les capacités que les gens ont en eux. C’est pourquoi nous croyons dans le capital culturel, c’est-à-dire, de quelle manière les gens arrivent à être résilients pour survivre. Nous devons pouvoir combattre la pauvreté en reconnaissant le capital culturel dans ces personnes qui, même si elles n’ont pas entrepris de grandes études, ont des capacités extraordinaires, peut-être même plus que celles qui ont fait de grandes études. Je trouve que nous ne misons pas suffisamment dessus.

Quelles sont les vraies solutions dont les pauvres ont besoin aujourd’hui ?

Prenons cet exemple concret : combien de personnes y compris les pauvres – même si on a un système de santé gratuite – vont chez le médecin du privé, à la pharmacie pour acheter des médicaments ? En revanche, si nous arrivons à introduire une politique qui revalorise la médecine traditionnelle à Maurice et que chaque famille met en terre quelques plantes chez elle : ‘bred-mouroum’, ‘baume du Perou’, citronnelle, ayapana… combien d’argent n’économiserions-nous pas ?

Ce sont des enjeux culturels et économiques qui ont affaire à ceux qui sont propriétaires de pharmacies et autres business médicaux. Mais, c’est une richesse millénaire qui a montré son efficacité. L’OMS reconnaît les vertus de la médecine traditionnelle. Or, à Maurice, nous avons des trésors enfouis parmi les pauvres.
Donc, la pauvreté, c’est un problème de structure économique mondial qui en est à l’origine.

Quelles sont les alternatives ? Les révolutions doivent être faites dans le domaine culturel.

Je pourrais citer plusieurs exemples comme cela. Prenons l’économie créative : comment expliquer qu’on importe des tonnes de produits artisanaux alors qu’à Maurice il existe une mine d’or qui nous permettrait d’exploiter ce secteur. Ces compétences existent parmi des gens qui n’ont pas réussi dans le circuit normal. Si nous voulons combattre la pauvreté, il faut miser sur ces choses-là. Il y a des chiffres officiels au niveau mondial démontrant la capacité de l’économie créative pour vraiment attirer des revenus et sortir les gens de la pauvreté.

Pour conclure ?

C’est un jour solennel où son initiateur, Joseph Wresinski, avait toujours à cœur de mettre les gens en situation de pauvreté en avant en reconnaissant leurs connaissances comme moteur de leur développement. Toutefois, il faut les encadrer. Beaucoup de choses se joueront sur à quel point les classes sociales se trouvant en situation de pauvreté sont encadrées.

TAKESH LUCKHO (Economiste) : « Distinguer pauvreté absolue et pauvreté relative »

Le 17 octobre, le monde célèbrera la Journée mondiale pour l’éradication de la pauvreté, sujet, on ne peut plus d’actualité… Diriez-vous que la situation a empiré ou le pays remonte-t-il la pente depuis la pandémie ?

Dresser un constat sur la pauvreté à Maurice est assez difficile car il y a les chiffres d’une part et la réalité de l’autre. Il est donc important de différencier. En tant qu’économiste du développement qui s’intéresse aux déterminants de la pauvreté, je voudrais souligner que quand nous parlons de pauvreté, il y a ce que nous appelons la pauvreté absolue.
Aujourd’hui, le seuil de pauvreté est à environ $ 2/jour, soit un ménage qui reçoit moins de Rs 100/ jour. Quand nous analysons les données de Statistics Mauritius, nous notons un nombre infime (-0.01%) de ménages qui sont concernés. En termes de pauvreté absolue, hormis des petites poches de pauvreté spécifiées par les autorités, Maurice n’est en principe pas concernée.
Par contre, il existe une autre mesure, qui est actuellement inquiétante avec la pandémie : la pauvreté relative, soit le niveau de vie médian (revenu moyen). D’après les dernières statistiques de 2017, plus de 10 % des ménages n’atteignent pas ce niveau. Après la pandémie, ce chiffre a certainement connu une détérioration avec des changements de conditions de travail, des pertes d’emploi. La guerre russo-ukrainienne a fait monter les prix. D’un point de vue de pauvreté absolue donc, nous pouvons trouver que la situation est correcte. Mais, en termes de pauvreté relative, les chiffres sont différents. Il est bien plus difficile pour un foyer aujourd’hui de joindre les deux bouts car les salaires sont restés pareils même s’il y a des allocations accordées par le gouvernement.

En amont de cette journée, le PM a récemment fait ressortir qu’une étude menée par le gouvernement montre que l’écart entre les riches et les pauvres diminue, soit un coefficient de Gini de 30.4% en 2022 contre 39,2 % en 2017. Il affiche l’optimisme quant à la reprise économique. Votre opinion ?

C’est vrai qu’en termes de salaire minimum moyen d’une personne de classe moyenne et le salaire minimum d’une personne au bas de l’échelle, le coefficient de Gini a été rajusté. Les autorités ont introduit le salaire minimum, et le salaire minimum moyen pour une famille de classe moyenne est d’environ Rs 24 000, soit environ Rs 10 000 de différence avec celui d’une famille au bas de l’échelle. Ce qui montre une amélioration du coefficient de Gini. C’est pourquoi nous devons prendre ces chiffres avec des pincettes. Mais, est-ce que le coefficient de Gini est en train de montrer un resserrement de salaire entre les plus riches et les plus pauvres ?
Pour moi, ces chiffres sont davantage pertinents si nous parlons de salaire minimum, passant à Rs 15 000 pour ceux au bas de l’échelle. Il y a un resserrement entre la classe moyenne et ceux au bas de l’échelle mais tel n’est pas le cas entre la classe moyenne et les plus aisés. La classe moyenne s’est grandement appauvrie et c’est un grand problème car celle-ci fait rouler l’économie, et son appauvrissement a un impact négatif sur la reprise de l’économie.

Diriez-vous que les divers soutiens que le gouvernement a mis en place sont finalement illusoires avec les prix qui montent en flèche en parallèle ?

Pour moi, la manière dont a été traitée la baisse du pouvoir d’achat présentait une lacune. Le problème de l’inflation n’a pas été résolu ni non plus le problème du coût de la vie. Nous n’avons fait qu’accorder des Freebees (prestations sociales). Ce qui est très bien pour soulager immédiatement le problème de baisse de pouvoir d’achat.
Toutefois, ces prestations sociales auraient dû être accompagnées de mesures macroéconomiques temporaires pour contenir l’inflation. Par exemple, comme nous avons introduit le Negative Mark-Up sur les médicaments, nous aurions dû le faire sur les produits essentiels. Nous aurions pu soit geler soit réduire temporairement la TVA pour que cela ne pèse pas lourd dans le panier de la ménagère. Ou réintroduire les subsides sur les produits essentiels.
En effet, aujourd’hui, outre les prestations sociales, il n’y a aucune mesure telle pour baisser le coût de la vie.

Quelles sont les vraies solutions dont ont besoin les pauvres et que le pays devrait trouver pour freiner efficacement la pauvreté dans une situation de crise économique ?

L’élimination de la pauvreté absolue est un des Sustainable Development Goals d’ici 2030. Je pense que nous sommes très loin de cet objectif car il y a deux types de pauvreté qui doivent être pris en considération. Nous devons accepter que Maurice est un pays développé. Nous ne critiquerons pas tous les gouvernements qui ont dirigé le pays. Nous ne pouvons dire qu’à Maurice les gens dorment à la rue, sans manger. Il y a des cas exceptionnels certes mais dans la moyenne, nous avons un pays où il fait plutôt bon vivre en termes de qualité de vie.
Mais, aujourd’hui, en termes de pauvreté absolue, nous allons dans une bonne direction. Néanmoins, en termes de disparité de salaires, de coefficient de Gini, la classe moyenne se retrouve de plus en plus appauvrie parce que tous les fardeaux lui tombent dessus : taxe, TVA à travers les produits consommés ; prix de l’essence alors qu’elle ne reçoit pas grand-chose comme prestations comme ceux au bas de l’échelle.
La classe moyenne donc se retrouve pour ainsi dire avec le fardeau de la relance de l’économie. On puise de plus en plus dans sa poche l’appauvrissant davantage. Or, lorsque la classe moyenne s’appauvrit, la relance de l’économie tardera car cette classe fait rouler l’économie à travers ses consommations.
Pour moi, pour résoudre le problème de pauvreté, nous pouvons soit donner à la personne du poisson soit lui apprendre à pêcher. Je suis partisan de la seconde option. Il faut des prestations mais contrôlées et pas de manière perpétuelle. Il faut lui donner des compétences minimes pour qu’elle puisse avoir un emploi, être indépendante, au lieu de recruter des étrangers.

SHYAM REEDHA (Comité 17-Octobre) : « Tenir compte de la dimension invisible de la pauvreté »

Le 17 octobre, le monde célèbrera la Journée mondiale pour l’éradication de la pauvreté, sujet, on ne peut plus d’actualité…

En tant que président du Comité 17 octobre, qui est responsable de l’organisation de la Journée du Refus de la Misère, je voudrais rappeler que cette journée est l’occasion de donner la parole à ceux qui vivent dans la misère. Le thème cette année est donner la dignité et le respect à ces personnes au lieu de les regarder avec dédain.
Le jour où l’on cessera de voir la pauvreté à travers le seuil de $3/jour, il y aura du progrès. Cette perception est dépassée. Il faut voir la pauvreté dans son ensemble. Le Comité 17 octobre et l’ATD Quart Monde sont sensibles à la dimension invisible de la pauvreté. Si des maisons ont été construites pour les plus pauvres, c’est très bien. Cela ne veut pas dire toutefois que les séquelles psychologiques chez ces personnes ont été éliminées.
Au-delà de la maison qui est mise à leur disposition contre une somme modique, il faut tenir compte des diverses formes que comporte la pauvreté : est-ce que nous avons assuré un salaire décent, un emploi décent à tous ? Avec les conditions économiques et le travail numérique qui prend de l’ampleur et les changements climatiques, ces gens-là ont-ils les compétences nécessaires pour accéder aux emplois actuels ? Il y a un grand effort à faire pour trouver à ces personnes un emploi digne et durable. Éradiquer la pauvreté ne se résume pas à donner une maison !

Que faut-il encore ?
Il faut pouvoir nourrir sa famille. Pour cela, il faut un emploi décent et durable. Dans le monde d’aujourd’hui, pour accéder à un travail durable, il faut des formations pour avoir des compétences, un encadrement et un suivi psychologique. Avons-nous tout ce système ? Avec la numérisation des hôtels etc, ces personnes sont-elles prêtes pour accéder à de tels emplois ? Est-ce que ces familles disposent des ressources financières pour vivre et pourvoir aux besoins de leurs enfants en termes d’éducation? Le grand défi, c’est de trouver un emploi durable.
Par ailleurs, l’UNICEF l’a précisé : quand la misère engouffre une famille, ce sont les plus vulnérables qui souffrent, soit les enfants. Quel système de sécurité que nous disposons à Maurice pour protéger les enfants qui vivent dans des milieux précaires et quels plans avons-nous mis en place pour encadrer ces enfants vivant l’extrême pauvreté ? Y a-t-il les ressources matérielles pour les aider à aller à l’école ; quelle éducation inclusive ; quels loisirs leur propose-t-on ; quelle protection pour éviter qu’ils ne tombent dans les fléaux ? Quel programme de réhabilitation psychologique pour eux ? Nous avons un registre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté. Statistiquement parlant, c’est intéressant. Nous construisons des maisons, c’est intéressant. Mais comment accompagnons-nous ces familles pour reconstruire leur cocon familial ?
Quel est votre constat de la pauvreté sur le terrain ? La situation a-t-elle empiré depuis la pandémie ?

Avec la reprise économique, les choses s’améliorent du point de vue de l’accès à l’emploi. Il reste le défi de l’encadrement des familles. Je suis aussi membre de DAEL (Drwa A Enn Lakaz). L’équipe a travaillé à la réhabilitation de toutes ces personnes dont les maisons ont été démolies. Nous avons constitué un fonds pour les aider à payer le dépôt pour accéder à une maison.
Mais, il faut une réparation psychologique en parallèle car quand une personne vit dans l’extrême pauvreté et a été victime d’injustice, d’exclusion et maltraitée institutionnellement, il y a toujours ce regard de dédain dans leur mémoire. Sans la réhabilitation psychosociale, elle n’avancera pas loin.
La société a tendance à poser sur eux un regard de ‘paresseux’. Or, ils sont en train de ‘trase’ à leur manière. Il faut valoriser cela. Il faut donc que la mise à disposition d’une maison aille de pair avec l’éducation, la réhabilitation et l’emploi. Les derniers résultats de l’Extended Stream pourraient découler de la pauvreté. Il faut entreprendre des recherches pour déterminer cela.

En amont de cette journée, le Premier ministre a récemment fait ressortir qu’une étude menée par le gouvernement montre que l’écart entre les riches et les pauvres diminue. Sentez-vous cela sur le terrain ?

Pas nécessairement. Le salaire minimum est passé à Rs 15 000 mais qu’en est-il des travailleurs dans le secteur informel ? Ont-ils un salaire garanti de Rs 15 000 ? De l’autre côté, les salaires des plus riches ont bien augmenté.

Plusieurs plans de soutien ont été mis en place par le gouvernement pour aider les pauvres. Trouvez-vous qu’ils sont d’une grande aide ?

Oui, mais encore faut-il mettre tous ces plans de soutien dans un programme intégré. Nous ne pouvons pas introduire 150 programmes pour aller dans 150 directions. La pauvreté, il faut la combattre dans un contexte économique, culturel, légal, éducatif et psychologique. Il faut donc que tous les partenaires travaillent ensemble : la Sécurité sociale, l’Égalité des Genres, l’Éducation, la Santé etc., et le High Powered Committee doit être sous la présidence d’une personnalité de poids, peut-être le président de la république. Il faut aider les familles à produire davantage dans leur Back yard Garden. Il faut un programme holistique.

Quelles sont les vraies solutions dont les pauvres ont besoin aujourd’hui ?

Il faut leur redonner confiance. À travers leurs témoignages, nous comprenons que le regard de dédain et les insultes les ont tués psychologiquement. Il faut leur redonner cette dignité, un emploi décent pour pouvoir envoyer leurs enfants à l’école et finalement vivre une vie comme tous les citoyens. Il ne faut pas construire des maisons à leur intention tout en les excluant, dans des faubourgs et non dans les centres-villes. Non, il faut un regard de respect envers eux. Tout n’est pas matériel. Il y a aussi la dimension psychologique.

Le dernier mot ?

Il faut un National Desk qui implique tous les ministères pour l’éradication de la pauvreté.

- Publicité -
EN CONTINU
éditions numériques