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La population avait cru en une fourniture d’eau 24/7 telle que lui avait promis le gouvernement. Avec le désormais sempiternel problème de pénurie et de coupure d’eau en fin d’année – voire même en dehors de la période sèche pour certaines régions –, elle a dû descendre de son petit nuage : cette promesse n’est pas pour demain… Quelles solutions dans l’immédiat et sur le plus long terme pour un vrai changement, d’autant que ce problème est appelé à empirer avec le réchauffement climatique ? Hydrologue ayant travaillé à la CWA, Farook Mowlabucus pointe du doigt la CWA qui, une fois la période sèche terminée, « ne réfléchit pas à une solution permanente ». Pour lui, « les fuites équivalent à ce qu’un grand réservoir comme Mare-aux-Vacoas nous donne ». Il est donc prioritaire de réduire les fuites en remplaçant les vieux tuyaux par de nouveaux. Cela nous ferait gagner la moitié de l’eau produite, selon lui. Il est, d’autre part, d’avis qu’aucune région à Maurice ne devrait dépendre d’une seule source d’eau.

Député de l’opposition et ancien maire de Beau-Bassin/Rose-Hill, Deven Nagalingum, sensible aux souffrances de ses mandants à cause des robinets secs, attribue la situation à un manque de volonté politique. « Le gouvernement n’a pas assez investi dans ce secteur. Il faudrait un “remote control board district wise” pour contrôler la pression de l’eau. Si l’on reçoit environ 4 000 mm de pluies par an, cela peut nous faire avoir de l’eau 24/7 s’il y a une bonne gestion. Le fait que même en dehors des périodes sèches, on se plaint de pénurie d’eau, cela veut dire que c’est davantage un problème de mauvaise administration au niveau de la CWA. »

L’ancien directeur de la CWA, Harry Boolauck, suggère, entre autres, le traitement des eaux usées avec de l’eau naturelle pour l’irrigation. Par ailleurs, selon lui, tout autour du pays, il y a de l’eau fraîche qui se perd en mer. « Il faut donc travailler sur le captage de cette eau qui part en mer. » Quant au remplacement des vieux tuyaux, il s’interroge sur l’impact de cet exercice après que le gouvernement a dépensé des milliards. Pour lui, le concept de fourniture d’eau 24/7 n’est pas réalisable : « On fait croire à la population que ce sera possible mais avec les effets El-Nino, La Nina… ce n’est pas possible. » Quant aux milliers de personnes qui sont exemptées d’une facturation de la CWA, « il faut savoir qui sont ces gens » car il ne s’agit pas que de personnes vulnérables, selon lui.


FAROOK MOWLABUCUS (HYDROLOGUE ET EX-EMPLOYÉ DE LA CWA) : « L’élimination des fuites nous ferait gagner la moitié de l’eau produite ! » 

Depuis ces dix dernières années, le pays connaît un problème de pénurie d’eau, surtout à la fin de l’année. Ce problème empirera probablement avec le réchauffement climatique. Quelles solutions faudrait-il pour que les Mauriciens puissent jouir d’une fourniture d’eau satisfaisante ?

Le problème ne date pas d’une dizaine d’années mais plus. Depuis les années 90, nous avons moins de pluie. Mais pendant toutes ces années, d’octobre à décembre, nous vivons une période non de sécheresse mais sèche. Autrefois, nous avions des cylcones qui nous apportaient de la pluie à partir de mi-décembre. La saison sèche se terminait avec les cyclones à partir de mi-décembre. Mais depuis plusieurs années, on n’a pas eu de cyclone. C’est le changement climatique. Le problème date de pas mal d’années, mais qu’a fait la CWA pour résoudre le problème de distribution d’eau, pour que la prochaine saison sèche soit moins dure ? Il y a des endroits où il y a des pénuries sèvères.

Que pourrait faire la CWA ?

Actuellement, elle pompe l’eau des rivières comme elle le faisait avant et installe des stations de traitement mobiles pour alléger certaines régions. Mais une fois la période sèche terminée, elle ne réfléchit pas à une solution permanente. Que faut-il faire ? D’abord réduire les fuites au niveau des tuyaux de distribution. Actuellement, je crois que nous produisons un peu plus de 300 000 m3 par jour. Si nous avons 50% de fuites, nous perdons environ 150 000 m3 par jour ! À Mare-aux-Vacoas, nous avons au minimum 100 000 m3 par jour. Les fuites équivalent à ce qu’un grand réservoir comme Mare-aux-Vacoas nous donne. Il est donc prioritaire de réduire les fuites en remplaçant les vieux tuyaux par de nouveaux. Cela nous ferait gagner la moitié de l’eau produite ! La CWA a récemment alloué des contrats en ce sens à Beau-Bassin/Rose-Hill mais malheureusement, les travaux n’ont pas été complétés. C’est à la CWA de voir ce qui a cloché au niveau des contrats. Mais pas mal d’argent a été dépensé et les fuites n’ont pas diminué… Auparavant, il y avait une cellule appelée Non Revenue Water qui s’occupait des fuites d’eau et de l’eau volée. Cette unité a été dissoute.

Faut-il augmenter le tarif de l’eau pour réduire le gaspillage ?

Qui dit fuites dit gros investissement. Le tarif n’a pas changé depuis un bon bout de temps. Pour augmenter le tarif, la CWA a besoin de l’aval du gouvernement. Mais comme l’eau est une nécessité fondamentale, les élections freinent le gouvernement en ce sens… Pour avoir l’argent et réduire les fuites, on avait parlé d’un partenaire stratégique ou d’une compagnie qui s’occuperait des responsabilités quotidiennes de la CWA. Que ce soit la première option ou la deuxième, il s’agit là d’un “big business”. Ces compagnies ne viennent pas pour rien mais pour faire de gros profits. Il faut que la population comprenne qu’il faut que le gouvernement augmente le tarif. Ainsi, la CWA restera entre les mains des Mauriciens. On n’a pas besoin d’étrangers pour nous dire comment poser un tuyau. On vient de dépenser des millions sans résultat. Il faut être prudent. J’ai lu qu’une somme sera ajoutée à votre facture si vous dépassez les 25 m3. Je ne trouve pas cela correct. Il faut faire un nouveau système où les m3 auront un certain prix. Évidemment, il y a ceux au bas de l’échelle qui ont de l’eau gratuite pour un certain m3. On peut garder cela mais pour les autres, un tarif qui augmente d’année en année, disons 10% la première année et 5% les autres années, serait envisageable.

Autrement ?

Quand une région est déficitaire en eau et une autre à côté qui pourrait en partager un peu, la CWA doit se pencher sur la connexion des réseaux. Aucune région à Maurice ne devrait dépendre que d’une seule source d’eau, surtout d’un “borehole”. Mais si ce réseau était alimenté par un autre “borehole” aussi ou d’une autre source, il y aurait moins de souffrance. C’est un exercice que la CWA doit entreprendre autant que possible. Une autre solution, c’est la construction de barrages. Après Bagatelle, il y a Rivière-des-Anguilles pour le sud du pays. La construction des barrages a pris beaucoup de retard sans compter qu’après le barrage de Bagatelle, la CWA n’avait pas terminé la construction du Waste Water Treatment Plant. Il ne faut pas que cela se répète de nouveau. Quand un barrage est prêt, le Water Treatment aussi doit l’être.

Le dessalement de l’eau de mer est-il une solution ?

Cela est très coûteux. Nous avons déjà deux unités qui fonctionnent à Rodrigues. L’île est différente de Maurice. Il n’y a pas beaucoup de sites pour la construction de réservoirs. Il n’y avait pas d’autres solutions que le dessalement. C’est comme aux Seychelles. Nous, nous avons quand même 1 864 km2. Nous avons des sites pour la construction de réservoirs. Le dessalement n’est pas une option pour le moment. Si la population n’est pas prête pour une augmentation de tarif, serait-elle prête pour un tarif bien plus cher pour le dessalement ? Certains hôtels le font mais ce sont les clients qui paient… On a une certaine topographie. Si on fait le dessalement, il faudra pomper l’eau pour alimenter des régions par gravité. Cela aura un coût… Réduire les fuites aussi, cela coûte. On pourrait dans un premier temps les réduire à 25%.

Les horaires de coupure d’eau de 22h à 3h vous semblent corrects ?

Cette coupure permet d’économiser l’eau qu’on perd des fuites. Tant qu’il y a de l’eau dans les tuyaux, il y aura des fuites. Mais quand on ouvre à 3h du matin, si cela ne se fait pas correctement, il peut y avoir un effet de marteau qui endommage les tuyaux qui sont déjà vieux. J’espère que la CWA prend des précautions.

Et le captage de l’eau de pluie…

Encore faut-il qu’il pleuve. Si je suis à Highlands, je peux collecter pour arroser mais si je vis sur la côte et qu’il pleut trois jours par mois, cela ne vaut pas la peine…

En conclusion…

Quand on ouvre son robinet, il faut se dire qu’il y a d’autres personnes après soi qui vont utiliser l’eau. Il faut sensibiliser la population.


DEVEN NAGALINGUM (DÉPUTÉ) : « Un manque de volonté politique »

Depuis ces dix dernières années, le pays connaît un problème de pénurie d’eau, surtout à la fin de l’année. Ce problème empirera probablement avec le réchauffement climatique. Quelles solutions faudrait-il, selon vous, pour que les Mauriciens puissent jouir d’une fourniture d’eau satisfaisante ?

Comme on le sait, tous les ans, entre le 15 août et le 15 décembre, c’est la période de sécheresse. Moi, j’attribue la situation actuelle à un manque de volonté politique. Le gouvernement n’a pas assez investi dans ce secteur pour améliorer le système d’eau. Pour moi, c’est un secteur clé. L’agriculture et les familles en dépendent. Aujourd’hui, le problème de pénurie d’eau est un stress pour tout le monde. C’est le secteur, d’après mes recherches, qui est demeuré archaïque alors qu’il aurait dû être comme le CEB et non fonctionner de 9h à 16h. Deuxièmement, il faudrait rehausser les compétences du personnel qui a stagné alors qu’il y a eu modernisation. Réalisez-vous, dans un pays moderne, on est toujours en train d’ouvrir les valves manuellement ? Quand on ouvre ces valves, il y a des pressions qu’on ne peut contrôler et qui endommagent les tuyaux. Par exemple, si on veut les ouvrir à tant de degrés, ce ne sera pas possible manuellement.

Que proposez-vous à la place ?

Il faudrait un “remote control board district wise” pour contrôler la pression de l’eau et choisir. Aujourd’hui, nous avons environ 40-50% de fuites d’eau. Si 50% de nos eaux vont à la mer ou ailleurs, déjà nous avons un gros problème. En dehors de la période sèche, nous recevons environ 4 000 mm de pluies par an, ce qui est suffisant. C’est ce qui peut nous faire avoir de l’eau 24/7 si on élimine tout ce dont on a parlé. Y a-t-il eu des recherches scientifiques pour exploiter les nappes souterraines ? Non. Or, il y a d’autres endroits qui pourraient encore être exploités.

Une fourniture 24/7 aurait donc pu être réalisable ?

Oui, il faut pouvoir capter l’eau de pluie. Il y aurait dû y avoir davantage de mini-réservoirs dans chaque région pour desservir l’endroit. Il y a aussi des mini-barrages auprès des rivières. Combien d’eau de rivière ne perd-on pas ? Nous avons environ neuf nappes souterraines majeures. On aurait pu les exploiter. Le rôle de la Water Resource Unit est d’exploiter ces nappes souterraines mais il n’en est rien. Mais il existe une autre réalité : même en dehors des périodes sèches, on se plaint de pénurie d’eau. Que veut dire cela ? Que ce n’est pas la sécheresse qui en est le problème mais c’est davantage un problème de mauvaise administration au niveau de la CWA. Et le problème s’accentue en période sèche. Il fut un temps où l’on avait parlé de captage d’eau de pluie pour arroser. Il faut encourager la population en ce sens à travers des facilités. Si chacun pouvait le faire, ce serait un plus. Il y aurait dû y avoir une réflexion élargie avec des représentants de la Banque mondiale et des pays qui ont de l’expertise dans le domaine pour venir avec un plan stratégique une fois pour toutes.

Le dessalement de l’eau de mer est-il une solution ?

Je pense que cela peut être une solution. C’est coûteux quand c’est électrique mais nous pouvons apprendre des Rodriguais. On peut utiliser l’énergie solaire, l’énergie des vagues. Il faut chercher l’expertise. Je pense que le gouvernement ne voit pas suffisamment l’importance de l’eau pour qu’il y investisse massivement.

Il y a pourtant eu l’annonce de la fourniture d’eau 24/7…

Tout à fait, cela était réalisable mais le temps a passé et rien n’a été réalisé.

Plusieurs milliards de roupies avaient été annoncées dans le Budget 2017-2018 pour les drains et le remplacement des tuyaux…

S’il y a des tuyaux qui ont fait leur temps, il faut les changer, certes. Mais il faut voir le problème de manière large. Le Water Resource Management lui-même doit travailler 24/7 comme le CEB. Il y a une semaine, des habitants de la route Hugnin m’ont appelé pour me dire qu’ils n’avaient pas une goutte d’eau pendant deux jours. Vingt minutes après que je suis intervenu auprès d’un responsable de la CWA, l’eau est revenue ! Dans le passé, quand j’étais maire, un employé avait oublié d’ouvrir les valves. Il faut travailler sur les “personal skills” du personnel.

L’augmentation du tarif est-elle une solution ?

Je ne crois pas. Il faut une campagne de sensibilisation. Il faudrait dès les premières années scolaires montrer aux petits à quel point l’eau est précieuse. On ne peut mettre ce problème sur le dos des consommateurs. Ils paient un tarif, ils doivent avoir un service.

Êtes-vous en faveur de l’absence de facturation pour ceux qui utilisent un minimum de mètre cube d’eau ?

Je pense qu’il faut regarder la question globalement. Il y a des personnes qui ont des revenus faibles. Il faut que l’exemption bénéficie vraiment à ceux qui sont dans le besoin.

En conclusion…

J’espère que le gouvernement ne fait pas que parler et essaie d’avoir différentes versions. L’ancien ministre avait annoncé la fourniture d’eau 24/7 dans son programme électoral en 2014. Après tant d’années, on n’a rien vu venir. Les gens continuent de se plaindre… Je pense qu’il faut un investissement massif une fois pour toutes pour trouver des solutions durables.


HARRY BOOLAUCK (EX-DIRECTEUR DE LA CWA) : « Capter l’eau fraîche qui part en mer »

Depuis ces dix dernières années, le pays connaît un problème de pénurie d’eau, surtout à la fin de l’année. Ce problème empirera probablement avec le réchauffement climatique. Quelles solutions faudrait-il pour que les Mauriciens puissent jouir d’une fourniture d’eau satisfaisante ?

Comme vous le dites, la situation empire année après année. C’est est dû au changement climatique, El Nino, La Nina… Souvent, la sécheresse dure plus longtemps que d’habitude. Par exemple, chaque année, on a une période de grosses pluies qu’on appelle les pluies estivales. Une fois l’hiver arrivé, on reçoit un peu de pluie mais elle ne remplit pas les nappes phréatiques et les réservoirs comme Mare-aux-Vacoas, Midlands Dams, etc. Cette eau est quand même bénéfique pour les planteurs. Après l’hiver, commence la période de sécheresse avant la saison des grosses averses. Parfois, la sécheresse dure jusqu’à février comme en 1999.

Selon le ministre Lesjongard, le stockage d’eau est de 30% de moins comparé à l’an dernier à la même période. Un Water Resources Monitoring Committee a été mis sur pied… Faut-il améliorer notre stockage d’eau ?

Améliorer le stockage d’eau ne réglerait pas le problème dans l’immédiat. S’il n’y a pas beaucoup d’eau, le minimum dont on dispose doit être utilisé avec parcimonie. Il faut que chacun puisse avoir un peu d’eau chaque jour. Il faut surveiller la quantité d’eau dans nos réservoirs en décidant combien doit être distribué. À l’époque où j’étais à la CWA, j’ai essayé de faire cela mais ce n’était pas facile. On peut aussi utiliser l’eau des rivières. Mais s’il n’y a pas de pluie, cela veut dire que les rivières, non plus, n’ont pas d’eau. On demande aux propriétés sucrières de bloquer l’eau des irrigations pour donner la priorité aux consommateurs. Cela ne va pas sans affecter les plantations. La CWA peut avoir recours aux forages privés.

Le dessalement de l’eau de mer est-il une solution ?

Dans le passé, la CWA disait aux propriétaires d’hôtel de créer leur propre usine de dessalement. Beaucoup l’ont fait mais cela a un impact négatif sur les revenus de la CWA. Les hôtels sont de gros consommateurs d’eau. S’ils ne paient pas…

Des pays comme Israël ont investi dans une usine de dessalement d’eau de mer. Pouvons-nous leur emboîter le pas ?

Si on crée une usine de dessalement dans les zones côtières, en période de sécheresse, cela peut aider toutes ces zones côtières. On peut en utiliser pour desservir des habitants d’autres régions. Il y a le coût qui freine un peu, mais aussi une absence de bonne volonté. Et puis, dès qu’on voit de grosses averses, on se dit qu’un tel projet ne vaut pas la peine. Le dessalement peut être une solution. Mais dans le passé, Serge Lachkar, un Français qui détenait la technologie nécessaire, cherchait de l’eau autour de l’île. S’il pleut à Curepipe par exemple, l’eau pénétrera dans les nappes phréatiques et après quelques jours, elle parviendra à Flic-en-Flac dans la mer. Ce spécialiste qui travaillait pour une société étrangère avait un appareil pouvant détecter où on peut récupérer l’eau provenant du centre du pays et il avait les équipements pour puiser cette eau. À l’époque, il avait proposé son service mais il y a eu des magouilles. Certains voulaient être co-actionnaires mais il n’a pas accepté la formule mauricienne. Il y a donc cette eau qui part en mer qu’on peut capter et utiliser. Tout autour du pays, il y a de l’eau fraîche qui se perd en mer.

Autres solutions sur lesquelles travailler ?

Il y a le Rivière-des-Anguilles Dam sur lequel on a travaillé avant 2010. Dix ans se sont écoulés et c’est maintenant qu’on en reparle. Avec ce “dam”, on peut alimenter toute la région du sud jusqu’à Tamarin. On peut grandir la capacité des réservoirs tels que Midlands Dam. La capacité de 25 millions m3 n’est que la première phase.

Qu’en est-il des tuyaux vétustes ? N’est-il pas urgent de les changer ?

Le gouvernement a commencé à changer des tuyaux quand ils ont commencé à parler d’une fourniture 24/7. Mais, jusqu’à aujourd’hui, on ne connaît pas l’impact de cet exercice. On a dépensé des milliards en remplaçant des tuyaux mais quel est l’impact sur le “Non Revenue Water”, l’eau produite mais perdue dans la nature avant même d’atteindre les consommateurs ? Le ministère sous Collendavelloo n’a jamais donné les chiffres concernant l’impact dans les régions où les tuyaux ont été remplacés. Dans une zone, il y a le gros compteur (DMA: District Metered Area). L’appareil mesure combien d’eau on injecte dans une zone et combien on vend à la fin du mois. Avec le remplacement des tuyaux, cela devrait montrer une réduction mais on n’a pas de données pour le moment.

Une fourniture 24/7 est-elle possible à Maurice ou n’est-ce qu’un slogan ?

En temps normal, quand les nappes phréatiques, les rivières, les réservoirs sont remplis, oui. La CWA fournit l’eau 24/7 en temps normal. Mais avec le changement climatique…

Ce n’est donc pas tout à fait réalisable comme le gouvernement l’avait promis…

On a fait croire à la population que ce sera possible mais avec les effets El-Nino, La Nina… ce n’est pas possible.

On peut, en revanche, améliorer la fourniture d’eau…

Oui, mais on ne pourra atteindre à 100% 24/7.

L’augmentation du tarif d’eau serait-elle une solution pour contrer le gaspillage ?

Pas dans le but de réduire le gaspillage. Mais pour que la CWA puisse se tenir debout, il faut une augmentation. Malheureusement, c’est le gouvernement qui contrôle les prix. Et sous Collendavelloo, on a réduit le nombre de clients qui paient. Ces derniers payaient le minimum par mois. On a parlé de 63 000 personnes qui sont exemptées. C’est beaucoup ! Il faut savoir qui sont ces gens !

Exempter ceux qui consomment une quantité minimum d’eau est un moyen d’encourager le non-gaspillage, non ?

Je pense qu’il y a un autre agenda… Y a-t-il 63 000 familles pauvres ? Il y a beaucoup qui ont des campements, certains plusieurs même, qui y vont rarement, et qui bénéficient de cette mesure. En faisant cela, on a facilité certaines personnes… Je pense qu’un minimum de Rs 100 par maison augmenterait les revenus de la CWA.

En conclusion…

Beaucoup d’eaux usées vont à la mer chaque jour à travers les “Wastewater Treatment Plants”. On peut les traiter, les mélanger avec l’eau naturelle pour l’irrigation. À Singapour, on traite cette eau à tel point qu’elle est potable !