Le quinquagénaire affirme remuer ciel et terre à la recherche de petits boulots

La réouverture des frontières tombe à point nommé pour les acteurs du tourisme en général. Toujours est-il que cet événement est accueilli avec incrédulité et scepticisme par un bon nombre de travailleurs de ce secteur au regard de la situation sanitaire qui ne cesse de se détériorer. Une « concurrence » sans merci se profile entre ceux qui possédent un permis de transport de touriste PSVL (Public Service Vehicle Licence).

C’est du moins ce que redoute Chandrika Periag, qui exerce à l’aéroport. Il dit avoir perdu confiance en l’avenir. Son désespoir est tel qu’il a fait le déplacement jeudi, de Highlands, où il habite, à Port-Louis pour nous livrer un témoignage poignant sur son parcours du combattant. Les traits tirés et le visage aussi sombre que sa chemise entrebâillée, Chandrika Periag nous raconte les effets dévastateurs qu’a eus la pandémie sur sa santé mentale.

« Bonzour, ed mwa sil vou ple. Mo sitiasion pa bon ditou », sont les premiers mots que prononce Chandrika Periag à la vue de notre journaliste. Ses gesticulations en disent long sur l’amère expérience à laquelle est confronté le chauffeur de van. Il nous montre sa licence PSVL Contract Bus (Tourist), ses factures impayées, son certificat médical faisant état de diabète et d’hypertension. Marié et père d’un garçon qui a pris part aux examens de SC cette année, le quinquagénaire est le seul à subvenir aux besoins de sa famille. Il s’est lancé à son propre compte il y a 30 ans. L’aide financière mensuelle du gouvernement de Rs 5 000 étant loin du compte pour faire face aux deux ans d’inactivité, Chandrika Periag peinent à sortir la tête de l’eau.

« J’ai retrouvé le sourire mercredi dernier lorsque qu’un ami m’a appelé pour me proposer de le remplacer pour le transport des employés d’une grande firme privée pendant une semaine », soutient Chandrika Periag, qui a, cependant, vite déchanté après avoir été pris en contravention jeudi matin par des officiers de la National Land Transport Authority (NLTA) au motif d’avoir transporté des passagers autres que des touristes.

Reste qu’une question subsiste : cette instance n’autorise-t-elle pas ceux possédant un permis de transport de touristes à véhiculer d’autres passagers jusqu’au 31 décembre 2021 « in view of economic difficulties they may have faced due to the Covid-19 » ? Oui, mais encore faut-il au préalable que les propriétaires des transports de touristes se déplacent au siège de la NLTA à Cassis pour varier leurs licences comme nous l’explique le Road Transport Commissioner de la NLTA, M.Koshik Reesaul : « Licencees of PSVL Tourist Contract Bus who temporarily varied their licences to the category of PSVL (Employees) that, upon expiry of the validity of their variation on 30 June 2021, will able to further extend same up to 31 December 2021. They should produce a letter to request for such extensions. » Chandrika Periag sait ce qu’il lui reste à faire, car il dit ne pas être au courant de cette procédure.

Sauf qu’à en croire Chandrika Periag, « les courses professionnelles se font très rares de nos jours. La compétition est féroce. C’est chacun pour soi. C’est le parcours du combattant depuis deux ans qui pourrait bien se refléter pour la réouverture des frontières. J’ai le moral à zéro et je suis criblé de dettes. »

De ce mal-être découle non seulement la disparition de revenus fixes, mais aussi un sentiment d’inutilité. « Au point d’affecter ma santé physique », souligne Chandrika Periag. Un épuisement moral que son épouse, femme au foyer, constate au quotidien. Elle a beau tenter de l’encourager avec des mots réconfortants, en vain.

« On se rend bien compte qu’il ne va pas bien. Moi fils et moi lui avons fait comprendre de ne pas stresser compte tenu de sa maladie, rien n’y fait. Il nourrit comme un sentiment de culpabilité. Il faut vraiment croire qu’il est désespéré pour sauter le pas et se confier à la presse », dit-elle.

Le quinquagénaire affirme remuer ciel et terre à la recherche de petits boulots pour arrondir ses fins de mois : « Il m’arrive de bosser comme maçon, mais peine perdue, car compte tenu de ma maladie, je peine à suivre le rythme imposé. » Chandrika Periag soutient avoir sollicité l’aide d’un ancien ministre devenu ambassadeur pour lequel il a travaillé durant les élections générales de 2014. En vain, puisque « minis-la inn dir mwa to bizin get to bann nouvo depite aster. »

Les frais de licences exemptés pour le transport de touristes

Voilà une décision qui devrait soulager un peu Chandrika Periag. Le Conseil des ministres qui s’est réuni vendredi a décidé d’exempter les frais de licences pour le transport de touristes (contract van) au même titre que pour les destination management companies et d’autres opérant dans ce secteur. Les mesures vont permettre d’étendre les licences et de changer de véhicules pour les contract cars jusqu’au 30 juin 2022.