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Traité sur la haute mer : Pressant appel à Maurice pour résister aux lobbies industriels

Invitée par Greenpeace aux négociations auxquelles participent actuellement les États membres de l’ONU sur la haute mer à New York, Shaama Sandooyea, jeune biologiste marine, souligne la pertinence de cette rencontre pour Maurice. L’objectif visé est de parvenir à un accord sur la gestion des eaux internationales et de créer des aires marines protégées, tout en régulant les activités humaines en haute mer.

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Commentant le déroulement de ces discussions, qui ont démarré en début de semaine, Shaama Sandooyea, fait comprendre que « le peuple mauricien est victime des activités industrielles, qui ont augmenté dans l’océan Indien, en haute mer comme dans les eaux mauriciennes ». Elle cite l’exemple des bateaux de pêche étrangers qui échouent sur les récifs et la marée noire causée par le vraquier MV Wakashio il y a deux ans de cela.

Elle fait également un plaidoyer pour que le gouvernement « se montre à la hauteur de la responsabilité morale et politique envers le peuple en résistant aux lobbies industriels », en éliminant l’Offshore Petroleum Bill par exemple. « Il doit mettre à l’arrêt tout projet compromettant la résilience du pays face à la crise écologique, notamment les constructions étrangères et non adaptées à Agalega, etc. ».

Poursuivant, Shaama Sandooyea s’appesantit sur le fait que ce traité sur la haute mer est l’objectif final de l’expédition scientifique qui a eu lieu l’an dernier avec Greenpeace à Saya de Malha. « Nous avons récolté des données sur le terrain, prouvant que cette région de l’océan Indien est cruciale pour la biodiversité marine et pour les écosystèmes qui luttent contre la crise climatique. De plus, Maurice est un état océanique et son bien-être et celui de son peuple dépendent de plusieurs facteurs, dont un océan en bonne santé. Les sessions de négociations qui sont en cours décideront si une région aussi importante que Saya de Malha pourrait être protégée contre les activités destructrices ou pas », explique Shaama Sandooyea.
Greenpeace l’a invitée vu que les décideurs autour de la table actuellement aux Nations Unies ne sont pas exposés à la réalité des îles et des îlois. La biologiste marine met l’accent sur le fait que « nous sommes actuellement confrontés à une crise écologique sans précédent – crise climatique, perte de la biodiversité, pollution des habitats naturels, etc. La haute mer représente deux tiers des océans et, actuellement, il n’y a pas de cadre législatif qui définisse son utilisation et sa gestion. L’UNCLOS fait mention de la responsabilité des

États à préserver l’environnement marin, mais la réalité, c’est que c’est un No Man’s Land. Puisque la haute mer n’est pas accessible à tous – cela demande beaucoup de ressources financières et d’expertises pour y accéder – les industries pétrolières et de pêche sont les principaux acteurs qui utilisent les ressources, sans aucun contrôle. Et donc, la richesse de ces industries se fait sur la surexploitation des ressources naturelles en haute mer. Mais les ressources de la planète, dont l’océan, sont l’héritage de tous ! »

Le traité aura ainsi deux sens : le contrôle et la régulation des activités en haute mer afin de limiter les dégâts causés par les industries, et la protection des zones écologiquement importantes afin que les écosystèmes puissent se régénérer. « Dans un autre sens, cela représente également une action forte pour climat. Les scientifiques estiment que la protection d’au moins 30% de la haute mer d’ici 2030 est essentielle pour la biodiversité marine et pour le climat », indique-t-elle encore.

Et Maurice dans tout cela ? « Maurice est un État océanique et le fonctionnement de sa société dépend grandement de l’océan (économique, culturel, historique, climatique, sécurité alimentaire, etc). Si la contribution de Maurice à la crise écologique à l’échelle globale est minime, le pays en souffre », avance Shaama Sandooyea.

« Les pays du Sud militent pour que les bénéfices générés par les industries soient équitablement distribués entre les pays du Nord et ceux du Sud. Avec un contrôle des activités industrielles, il y aura moins de trafic maritime, et donc une réduction des risques de marée noire ou d’autres accidents maritimes. De plus, avec une protection forte des zones écologiquement importantes en haute mer, la biodiversité marine pourra se régénérer et les services écosystémiques nous permettront de faire face à la crise climatique. »

L’enjeu pour Maurice est, comme l’explique Shaama Sandooyea, non négligeable. « Les activités industrielles dans l’océan Indien, en haute mer comme dans les eaux mauriciennes, ont augmenté le trafic maritime dans la région, causé le déclin d’espèces marines, et perturbé le fonctionnement des écosystèmes, et contribuent activement à la destruction de l’océan et à la crise climatique. Le peuple mauricien en est victime – les bateaux de pêche étrangers qui échouent sur les récifs, la marée noire causée par le vraquier MV Wakashio, la sécurité alimentaire menacée, etc. Nous devons comprendre que ce traité sur la haute mer doit être soutenu et renforcé par des actions et initiatives au niveau national, c’est-à-dire dans les eaux mauriciennes , dit-elle.»

Elle poursuit : « Le gouvernement mauricien doit se montrer à la hauteur de la responsabilité morale et politique qu’il a envers le peuple, la planète et les générations à venir, et non pas les lobbies industriels par exemple : éliminer l’Offshore Petroleum Bill et abandonner toute exploration liée à la surexploitation des ressources soi-disant au nom de la science, mettre à l’arrêt tout projet compromettant la résilience du pays face à la crise écologique, entre autres les constructions étrangères et non adaptées à Agalega, etc. ».

Le sommet de l’ONU à New York durera jusqu’au 26. Pour rappel, la négociation en vue d’un traité international protégeant la biodiversité marine a repris lundi à New York pour une cinquième session depuis 2018 avec le souhait que cette fois cette dernière aboutira à cet accord recherché.

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