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« Pour éviter le burn-out, la clé c’est l’organisation », explique Roger de Comarmond

Entre les enfants à gérer, la vie de famille, la préparation des repas, le nettoyage de la maison, le stress de la pandémie et le patron qui met parfois trop de pression, le télétravail peut vite dégénérer et causer un burn-out. Comment l’éviter ? Que faut-il mettre en place chez soi pour optimiser son travail à la maison ? Réponses avec Nicolas Goldstein, de Talenteum Africa, et Roger de Comarmond, de Espace et Vie/travaylakaz.mu.

Le télétravail est devenu une composante essentielle du monde du travail ces dernières années, une tendance qui s’est accentuée avec les confinements. Crucial pour assurer la continuité des affaires et la bonne marche de l’économie du pays, le télétravail requiert toutefois certains éléments clés pour que l’employé ne perde pas le contrôle ni ne fasse un « burn-out » (terme désignant l’épuisement professionnel). L’objectif est de maintenir un équilibre entre vie privée et travail afin d’optimiser le télétravail.

Nicolas Goldstein, co-fondateur de la plateforme Talenteum Africa, explique que les priorités sont de savoir aménager votre espace de travail, si possible avoir un espace calme, s’organiser avec les membres de la famille et organiser un planning de ses heures de travail, de concert avec vos collègues et collaborateurs, qui sont tous en télétravail, et votre directeur ou vos clients. Bref, de rester serein par rapport à la situation ambiante et d’essayer d’optimiser le travail à distance.

À ce stade, il estime que le pays n’a pu saisir de manière optimale tout le potentiel du télétravail durant le premier confinement, car les entreprises avaient toujours la crainte que la productivité des employés chute lorsqu’ils travaillent à distance. Par contre, il reconnait que certains employés ne parviennent pas à se créer un espace calme pour travailler lorsqu’ils sont chez eux 24/24h : « L’employé doit pouvoir respecter ses horaires. Il doit avoir un espace favorable au travail et à la concentration, semblable au bureau », dit-il. Toutefois, il n’y a aucune nécessité pour l’employé en télétravail « d’opérer des heures supplémentaires », précise notre interlocuteur.

Selon lui, il est important de savoir aménager son temps de travail « en veillant à ne pas dépasser les 45 heures légales, et se mettre d’accord avec son supérieur sur vos horaires de travail ». Si certains tendent à vite tomber dans le piège de trop travailler à la maison, et même à des heures indues, ils devraient faire attention, prévient Nicolas Goldstein, car cela peut avoir plusieurs conséquences, comme « du découragement, un manque de productivité », voire un burn-out. « Il faut vraiment essayer de changer d’état d’esprit et s’habiller le matin comme si on allait au bureau», et non pas rester en pyjama.

Comment alors éviter les abus de certains employeurs, qui croient que l’employé devient disponible 24/24h dès lors qu’il travaille de son domicile ? « L’employeur doit aussi respecter les horaires de travail de son employé. De surcroît, il doit fournir les outils qui vont lui permettre de télétravailler dans les mêmes conditions qu’au bureau », explique Nicolas Goldstein. Et d’insister que la qualité des outils fournis est « primordiale » dans cette nouvelle organisation de travail.

Cet expert en ressources humaines à l’échelle africaine insiste sur le fait qu’il faut « s’habituer au télétravail », car cela va devenir « la norme » dans les prochaines années. Et le télétravail contribuera aussi à créer de nouveaux postes dans les entreprises, comme celui de Community Builder, qui assure le lien avec les employés en télétravail et leur facilite la tâche.

De son côté, Roger de Comarmond, directeur d’Espace et Vie, et qui a créé la plateforme travaylakaz.mu, estime lui aussi que le « burn-out » peut se produire si l’employé ne s’organise pas convenablement et ne sait pas comment gérer ses enfants. « Mon épouse et moi-même gérons plusieurs entreprises et nous nous organisons pour télétravailler en fonction de nos clients, et en anticipant les choses, d’autant que beaucoup de nos clients sont étrangers. Mais nous tenons compte également de nos obligations familiales. Ainsi, il nous arrive de travailler très tard un jour de la semaine pour pouvoir, le lendemain, avoir un peu de temps pour nos enfants. En général, c’est vrai qu’il y a un risque de burn-out en travaillant chez soi, mais la clé, c’est l’organisation. »

Voilà ce qu’il conseille aux employés en cette période de confinement : « Il est important de prendre sa douche le matin et de faire son lit pour se sentir bien dès le réveil. » Contrairement à Nicolas Goldstein, il estime que la manière de s’habiller importe peu : « Il n’est pas nécessaire de s’habiller avec des vêtements de bureau, à moins que vous ayez des réunions virtuelles avec des clients ou votre patron. Sachez qu’avec de l’organisation, on est capable d’accomplir bien plus qu’on ne croit. »

Est-on plus productif à la maison ? « Cela dépend de votre discipline et de comment vous vous organisez », répond-il. « Beaucoup de parents doivent se concentrer sur les devoirs des enfants, ce n’est pas évident. Et c’est vrai que pour être plus productif, il ne faut pas être dérangé ou se laisser distraire. » Faut-il travailler selon le même schéma horaire qu’une journée normale de travail, soit de 9h à 17h ? « Non, on n’est pas obligé de se conformer strictement à ce créneau horaire, surtout si vous avez des clients étrangers, etc. En outre, il ne faut pas oublier qu’en télétravail, vous gagnez environ deux heures par jour, soit le temps qui est généralement passé dans le transport. C’est un grand avantage. »

Le télétravail essentiel pour la continuité des affaires — Anthony Leung Shing (PwC) : « Impact minimal » sur les clients

Dans le secteur privé, le télétravail s’est imposé largement comme une priorité pendant les confinements pour assurer la continuité des affaires. Plus qu’une option, c’est une obligation afin de permettre à l’économie de continuer à fonctionner avec un peu de « normalité ». Chez PwC, on a anticipé le confinement et remis en place le télétravail deux jours avant le lockdown.

« Nous sommes convaincus que le confinement aura un impact minimal sur nos clients, car nous restons déterminés à protéger leurs intérêts grâce au cadre ISO 22301 : 2012, qui garantit un examen approfondi de bout en bout de notre système de ‘business continuity’ et de nos procédures, permettant à nos 400 employés et plus de travailler de chez eux en toute sécurité. Ils sont entièrement équipés d’outils nécessaires et restent joignables par e-mail ou softphone », explique Anthony Leung Shing, Country Senior Partner, PwC Mauritius.

IBL apporte des améliorations

Pour faciliter le télétravail au sein de ses compagnies, le groupe IBL a grandement amélioré ses opérations pour ce 2e confinement, notamment avec la « mise en œuvre de l’application téléphonique pour être connecté au téléphone de l’entreprise même à la maison ». Arnaud Lagesse, Group CEO, et Thierry Labat, Head of Corporate Services, poursuivent : « La majorité des collègues sont désormais équipés d’un ordinateur portable. Un canal de communication interne a été créé pour les communications sur le confinement actuel. En outre, la plupart des employés pratiquent déjà régulièrement le travail à domicile, c’est-à-dire une fois par semaine, depuis le premier confinement. »
Par ailleurs, un programme de flexibilité avait été lancé au siège d’IBL en janvier 2020, comprenant le télétravail et les horaires de travail flexibles, entre autres. Le groupe se doit d’adopter une certaine flexibilité, d’autant qu’il est l’un des plus gros employeurs du pays, avec 26 000 collaborateurs répartis dans plusieurs secteurs économiques. Dès le premier lockdown, des mesures avaient été prises pour que « même la paie puisse être effectuée à domicile ».

Le département Finance s’était organisé pour effectuer tous les paiements à distance tout en suivant les procédures mises en place. Par ailleurs, le Company Secretary a transféré l’ensemble des réunions des différents conseils d’administration sur la plateforme Microsoft Teams, et le département informatique a remis un ordinateur à la plupart des employés n’ayant pas d’ordinateur portable avant le confinement.