Le coup d’envoi des célébrations marquant le tricentenaire de l’église catholique à Maurice, qui coïncide avec la fête de la St-Louis, a été marqué hier par une messe grandiose et solennelle célébrée par, l’évêque de Port-Louis, le cardinal Maurice E. Piat, entouré des prêtres et des diacres en la Cathédrale St-Louis.
Les principaux dirigeants de l’État, en l’occurrence le président et le vice-président de la république, Pradeep Roopun et Eddy Boissézon, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, accompagné de plusieurs Senior Members et PPS, ainsi que le lord-maire Mahfooz Moussa Cadersaib Hossen, étaient présents à cette occasion.
Le thème de cette célébration eucharistique a été placée sous le signe de la construction de la nation mauricienne, par le biais de multiples symboles, de messages transmis et des prières dites. Le ton solennel était donné par la fanfare policière, qui a magnifiquement interprété la Marche Pontificale en guise d’ouverture aux célébrations.
La première lecture a été assurée par Ragini Rungen, drapée d’un beau sari, et c’est son époux, le diacre permanent Cadress Rungen, qui a été appelé à donner lecture de l’Evangile du jour. Les prières universelles ont été lues par les représentants politiques des principaux bords, à savoir Tania Diolle, Lindsay Morvan, Arianne Navarre-Marie et Danny Augustin, adjoint-maire de la cité de Port-Louis. Plusieurs parlementaires se trouvaient également dans l’assistance. La messe a pris fin par une prière commune pour la république et l’hymne national. Les cantiques interprétés par la chorale ont contribué à créer l’ambiance solennelle de l’événement, dont l’organisation était placée sous la responsabilité de Maurice Labour, vicaire-général du diocèse de Port-Louis et curé de la Cathédrale.
L’homélie prononcée à l’occasion par l’abbé Alain Romaine a été une juste restitution de l’histoire deu diocèse de Port-Louis et du pays à travers les trois siècles d’histoire. « En cette fête de la St-Louis, patron de notre diocèse et de la cité, nous sommes, cette année, conviés à relire notre histoire commune à la lumière de la Parole de Dieu pour mieux entendre l’appel à poursuivre l’idéal de notre hymne national : As one people, As one nation, In peace, justice and liberty. Nous faisons cette relecture avec un sentiment de grand respect, dans l’esprit d’une profonde reconnaissance et dans un mouvement d’action de grâce, envers tous ceux et celles dont nous allons évoquer la mémoire », devait-il affirmer d’entrée de jeu.
« Entre 1722 et 2022, soit 300 ans durant, l’Église catholique a évolué avec le peuple mauricien. Ce fut 3 siècles de présence de l’Église au côté des autorités civiles dans l’édification d’un peuple, 3 siècles de cheminement, de marcher ensemble, de collaboration, de partenariat, hier des missions catholiques et de l’État colonial et aujourd’hui de l’Église Catholique et de l’État mauricien dans la construction de la nation mauricienne », souligne encore Alain Romaine.
« Ainsi, à travers la commémoration de ce tricentenaire, le peuple mauricien peut se connecter aux origines, aux sources du peuplement de Maurice, alimenté tel un cours d’eau d’une grande rivière, par d’autres vagues d’immigration qui s’ensuivront et vont constituer l’âme mauricienne avec ces trois composantes majeures : (i) la langue créole (ii) l’attachement à notre terre natale (iii) un vivre ensemble tant spécifique que prophétique à Maurice », dira-t-il.
« 1722 – 2022 : trois siècles de présence de l’Église Catholique qui a tombé/levé avec le peuple mauricien depuis ses débuts en assumant ses ambiguïtés par rapport à son rôle face à l’esclavage », a poursuivi Alain Romaine en ajoutant que « la relecture de notre histoire partagée et l’évocation vénérable de ces grandes figures de l’Église, parmi tant d’autres, illustrent fort bien l’esprit prophétique du service de l’Église au sein de la société mauricienne. Elle s’est toujours attelée à rester fidèle à sa mission d’évangélisation de l’humain dans son intégralité et son intégrité. Elle se veut humble, discrète, mais agissante et exigeante au cours de l’histoire vécue au côté du peuple mauricien. 1722 — 2022, trois siècles de présence active, trois siècles de marche synodale, trois siècles de construction nationale. En cette année du triple tricentenaire, Que Dieu nous bénisse et qu’il nous garde dans sa paix.»
Alain Romaine a évoquéquelques grandes figures ayant contribué à la construction d’un seul peuple, d’une seule nation et qui était épris de paix, de justice et de liberté unie sous le quadricolore. Il a cité dans l’ordre le père Gabriel Igou, qui a servi Maurice durant 42 ans (1722 -1764), Mgr William Collier (1841-1862), premier évêque de Port-Louis, le père Laval (1841-1864) apôtre de l’unité mauricienne, Mère Augustine (1824-1897) pionnière des institutions charitables et Mère Barthélémy, mère des pauvres. Plus près de nous, il a cité des noms comme Eugène Dethise, le cardinal Jean Margéot qui a marqué l’histoire avec la création de l’Action familiale et a rassemblé la population après l’accession du pays à l’indépendance avec un Te Deum. Il a aussi rendu hommage à Mgr Amédée Nagapen, père fondateur des Credit Unions à Maurice et fondateur de l’IDP et finalement, il rendu hommage au Père Roger Cerveaux, considéré à,juste titre comme le chantre créole. Il a conclu en rappelant que l’Eglise catholique s’est toujours attelée à rester fidèle à sa mission d’évangélisation « de l’humain dans son intégralité et son intégrité ». « Elle se veut humble, discrète, mais agissante et exigeante au cours de l’histoire vécue au côté du peuple mauricien. 1722 — 2022, trois siècles de présence active, trois siècles de marche synodale, trois siècles de construction nationale », dit-il.
La messe a été suivie par une cérémonie de dépôt de gerbes sur la pierre tombale du père Igou, premier prêtre de l’église catholique de Maurice et affecté à la cathédrale. Les invités ont par la suite été reçus par le cardinal Piat à l’évêché de Port-Louis.

