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Le “développement des capacités des pêcheurs à Maurice et à Rodrigues”, a fait l’objet d’un atelier de travail pour la communauté des pêcheurs à l’Est en présence de Sunil Bholah, ministre du Développement industriel, des PME et des Coopératives, et du Dr Kate O’Shaughnessy, haute commissaire de l’Australie à Maurice. Cet événement, organisé par la Fédération des pêcheurs artisans de l’océan Indien (FPAOI), et financé par le haut-commissariat australien à Maurice, vise à soutenir l’autonomisation économique de la communauté de la pêche artisanale. « Nous avons beaucoup de défis à relever dans ce secteur », a aussi soutenu Patrick Fortuno, secrétaire général de la FPAOI.

Environ 120 millions de travailleurs dépendent directement de la pêche pour leur subsistance à travers le monde. Et sur le plan local, 90 à 95% des prises de la pêche artisanale sont destinées à la consommation locale, contribuant ainsi à la sécurité alimentaire et à l’éradication de la pauvreté. Chiffres qui émanent de la Banque mondiale, précise le ministre Bholah, avant de rappeler qu’il est donc  impératif de soutenir les pêcheurs artisanaux.

« Les défis qui attendent d’être relevés sont la surexploitation des lagons, le changement climatique et l’importance d’assurer la relève dans ce secteur avec le vieillissement des pêcheurs », dit-il encore. Raison pour laquelle un programme a été mis en chantier par la FPAOI, avec le soutien de la haute commission australienne.

« Il faut absolument mener une campagne de sensibilisation sur les défis de la pêche artisanale pour augmenter les revenus des opérateurs. Mais aussi former les pêcheurs pour un Fish Processing de base et apporter de la valeur ajoutée. Il convient aussi de promouvoir des échanges et partages de connaissances entre pêcheurs de différents pays sur les bonnes pratiques de la pêche artisanale, et de renforcer la chaîne d’approvisionnement en prônant la pêche durable pour aider à combattre la pauvreté », poursuit le ministre.

En ce qui concerne les projets du gouvernement en faveur des coopératives de pêche, il a fait mention de la construction de trois Maisons des Pêcheurs à Maurice, soit à Tamarin, Mahébourg et Cap-Malheureux, et qui sont à la disposition de la Fédération des coopératives de pêche. Le ministre Bholah rappelle qu’une enveloppe de Rs 10 millions a été prévue dans le budget de cet exercice financier dans le cadre de la rénovation de la Maison des Pêcheurs de Tamarin.

« Les procédures ont déjà été enclenchées. Ce bâtiment abritera une chambre froide pour stocker les poissons invendus. Cette infrastructure sera également utilisée pour la transformation du poisson qui, sans aucun doute, permettra d’augmenter les revenus avec la mise en vente sur le marché. » Un camion réfrigéré avait d’ailleurs été offert à la fédération en octobre 2018 pour transporter les poissons. Et de noter qu’un Grant maximal de Rs 80 000 a été proposé pour l’achat de moteurs et de filets.

Le ministre Bholah rappelle par ailleurs que l’Assemblée générale des Nations Unies a décrété 2022 Année internationale de la pêche et de l’aquaculture artisanales. « Ce qui constitue un acte de reconnaissance important vis-à-vis de millions de petits pêcheurs, pisciculteurs et ouvriers du secteur de la pêche », selon le ministre en ajoutant que « c’est une façon d’attirer l’attention du monde entier sur le rôle que jouent les pêcheurs dans la sécurité alimentaire et la nutrition, l’éradication de la pauvreté et l’utilisation durable des ressources naturelles. » Mais cela sera aussi l’occasion « de renforcer le dialogue entre différents acteurs, de permettre aux petits producteurs de s’associer les uns aux autres, et d’acquérir de la visibilité, de se faire entendre et de participer aux processus décisionnels ».

Intervenant à son tour, Kate O’Shaughnessy se dit satisfaite du travail accompli par la FPAOI. « C’est un plaisir de travailler avec les membres et la communauté des pêcheurs de Trou-d’Eau-Douce. Cela nous a permis de reconnaître les défis liés au Covid-19 et aux changements climatiques. Ce partenariat est très important pour l’Australie et la poursuite du travail dans le secteur de l’économie bleue dans la région », dit-elle.

Pour rappel, la FPAOI et l’Apostolat de la Mer ont entrepris une étude auprès des pêcheurs sur l’impact de la marée noire provoquée par le naufrage du MV Wakashio sur les activités de pêche dans le lagon de Mahébourg jusqu’à Trou-d’Eau-Douce. Cette étude avait estimé le budget nécessaire à la réhabilitation des zones touchées à Rs 258 millions.

Lancée officiellement en octobre 2015, la FPAOI regroupe différentes associations de pêcheurs de l’océan Indien (Maurice, Seychelles, La Réunion, Comores et Madagascar). « Notre objectif est de promouvoir et de représenter les intérêts des pêcheurs de la région », explique ainsi Patrick Fortuno. « Les objectifs de cet atelier de travail sont de veiller que les pêcheurs opèrent dans un environnement sûr et sécurisé, mais aussi de mettre l’accent sur l’importance de l’utilisation d’équipements de sécurité. »

L’atelier de travail, selon lui, vise aussi à la compréhension des conditions climatiques, à minimiser les risques d’accidents en mer et à sensibiliser sur le changement climatique et ses conséquences. Mais aussi à donner la possibilité de participer à la formulation de politiques affectant la gestion et l’allocation des ressources dans le secteur de la pêche. « Cet atelier de travail est aussi un plaidoyer pour que chaque participant puisse avoir son mot à dire dans la prise de décision », explique le secrétaire général de la FPAOI.

Il poursuit : « La voix des pêcheurs doit être entendue et prise en compte par les autorités pour que les règles du jeu équitables soient atteintes pour le développement de la pêche. D’où notre appel fréquent pour une collaboration fructueuse entre les pêcheurs, les organisations et les autorités, que ce soit au niveau des consultations ou de l’implication des pêcheurs dans l’élaboration de politiques de pêche. » La FPAOI, dit-il, « insiste beaucoup » sur la valeur ajoutée et la commercialisation des produits, ce qui constitue « une manière de réduire les pertes après récolte, de créer de la valeur pour les captures des pêcheurs et d’augmenter les revenus ».

Il en profite pour mettre l’accent sur l’importance d’adopter une meilleure pratique de pêche, des normes d’hygiène, de la transformation légère du poisson, d’un meilleur marketing d’une bonne gestion des ressources. « Il est aussi de notre devoir d’assurer la sécurité et la salubrité des aliments. Mais aussi d’augmenter les revenus des pêcheurs avec moins de rejets et de nous assurer qu’aucun poisson juvénile ne soit capturé. »

Première femme pêcheur de Trou-d’Eau-Douce

Cindy Dardenne: « Bizin donn bann madam akse bann fasilite »

Cindy Dardenne habite Trou-d’Eau-Douce. Tout comme son mari, elle a décidé d’opter pour le métier de pêcheur dans sa localité. Ayant assisté à l’ouverture de cet atelier de travail, elle s’est dite « satisfaite » des points soulevés. « C’est une très bonne initiative de la FPAOI. Cela permettra de valoriser les pêcheurs, et plus particulièrement les femmes, qui contribuent énormément dans ce secteur », dit-elle.

Elle reprend : « Bizin osi donn bann madam akse bann fasilite. Parski nou ena boukou difikilte pou gagn kart peser. Sa pe dure depi tro lontan ! »