Leurs nombreuses doléances pour que justice soit faite semblent tomber dans l’oreille des sourds. Les employés “non-academic” de l’Université de Maurice (UoM) sentent être traités « de manière inférieure » par rapport aux autres, alors que les “statutes” de l’institution sont claires. Aucune discrimination n’est permise. Pour le syndicat, ces employés subissent « en tout temps la discrimination » lorsqu’il s’agit du paiement de leurs heures supplémentaires. Le syndicat déplore également du « gaspillage » effectué par le Senior Management et qui ne rapportera rien à l’institution.

L’University Staff Union (USU) a réuni ses membres lundi matin à son siège, au Réduit, suite à la recomposition de son administration la semaine dernière. L’un des principaux griefs de ce syndicat est « le manque de considération » envers les employés ne se trouvant pas au même niveau que d’autres dont les postes et les qualifications sont supérieurs. « Nous n’avons jamais été exigeants envers la direction pour des privilèges. Nous demandons uniquement notre dû. C’est la sueur de notre front. La direction n’a aucune considération pour ces travailleurs alors qu’ils travaillent pour l’intérêt de l’institution », dit-il, refusant que l’union agisse de mauvaise foi.

La raison de cette demande concerne le non-paiement des heures supplémentaires de plusieurs personnes opérant dans différents départements. Ainsi, quatre General Workers, exerçant dans le département “Farm” de la Faculté d’Agriculture de l’UoM, n’ont pas été payés leurs heures supplémentaires durant le couvre-feu sanitaire. « Ce n’était pas leur rôle de nourrir ces animaux. Ils ont été demandés de rendre un service pour les nourrir durant cette période. Ils sont venus travailler de 7 a.m à 11 a.m », dit-il. La condition de l’UoM, selon Iqbal Sookhroo, était que ces employés recevraient le double de leur rémunération. Acceptant cette condition, ces employés ont obéi aux instructions données. « Ils travaillent toujours sans être payés pour l’intérêt de l’institution », déplore-t-il.

Alors que les employés cherchent leurs droits, Iqbal Sookhroo soutient que des lettres ont été envoyées au bureau du vice-chancelier et à ces deux pro-vc, mais que rien n’est ressorti. Selon lui, des “attendants” travaillent toujours des heures supplémentaires, mais ne sont pas rémunérés étant donné que l’UoM a baissé son budget de 50%. « En tant que partie prenante avec 600 membres, la direction ne nous a jamais consultés pour des discussions. C’est du One Man Show et l’UoM prend ses décisions unilatéralement », dit-il.

Par contre, il note que, pour les autres syndicats, des discussions sont tenues étant donné qu’ils sont des “academics”. Iqbal Sookhroo dit « ne pas comprendre cette politique de deux poids deux mesures » alors que les “statutes” sont clairs pour qu’il n’y ait pas de discrimination entre un “field worker” ou un “professor”. « Nous sommes tous égaux, mais pourquoi autant de discrimination envers le “non-academic” ? », se demande-t-il. Iqbal Sookhroo dit que le syndicat est toujours prêt à avoir des discussions avec la direction de l’UoM ainsi que pour faire des compromis, et ce autant que le syndicat soit compris dans le processus de prise de décision. Il regrette qu’à quatre conférences de presse, « aucune décision n’a été prise ». Selon lui, si l’UoM ne prend aucune action, « une série d’actions seront prises par le syndicat au niveau national pour montrer qu’il y a des problèmes majeurs à l’UoM ».

Un ultimatum

À l’heure du paiement salarial de ces employés, Iqbal Sookhroo avance que la direction de l’UoM dit être « dans l’incapacité d’honorer la promesse tenue avec ces employés pour plusieurs raisons ». Les raisons, dit-il, sont d’élaborer une formule pour voir comment rémunérer ses travailleurs. Or, le président soutient que la somme à payer ne dépassera pas les Rs 50 000 pour les trois mois. Iqbal Sookhroo dit avoir donné un ultimatum la semaine dernière pour que ces employés soient payés, mais que rien n’a été fait à ce jour.

Pour Iqbal Sookhroo, ce qui s’est passé avec un ancien employé de l’UoM, où la somme qui lui était due n’a pas été payée à temps, « ne doit pas se produire encore ». L’ancien employé, dit-il, a reçu le paiement de ses heures supplémentaires après trois ans. Et entre-temps, il est décédé. Il indique de plus que certains employés, opérant dans le département informatique, n’ont pas été payés leur “disturbance allowance” depuis 2018. « Lorsque ces employés demandent leur paiement, ils ont l’impression de mendier leur propre argent », dit-il.

Par ailleurs, Iqbal Sookhroo avance que plusieurs postes n’ont pas été remplis pour le “non-academic staff”. Il soutient que son syndicat a lutté pour qu’il y ait une Recruitment Policy, mais note que l’UoM veut nommer un consultant pour trouver des solutions. Or, pour le président, cela « n’est pas nécessaire », car « l’argent des contribuables sera dépensé alors que l’UoM dispose d’un département des ressources humaines et d’un Pro-VC (Planning and Resources) » qui s’occupe aussi des ressources humaines. « Ils doivent assumer leurs responsabilités », dit-il.

Considérant les décisions qui sont prises par le Senior Management sur l’extension du contrat d’un an pour le vice-chancelier et ses deux Pro-VC, il avance que « les “statutes” sont claires sur l’extension ». Ces trois personnes, selon lui, doivent démontrer une « performance excellente », alors que, pour lui, cela fait poser des questions.

Pour Iqbal Sookhroo, d’un côté, des employés réclament leurs dus et, de l’autre, l’institution investit dans des projets, qui, pour lui, « soulèvent des interrogations ». L’exemple qu’il cite est l’installation d’un affichage LED. « Cet affichage a coûté Rs 2 millions à l’UoM et un accord de cinq ans a été signé pour l’entretien de cet appareil à Rs 250 000 par année », dit-il. Le syndicaliste ajoute que cet appareil est toujours non-opérationnel. « Je ne vois pas son utilité », dit-il, et ne croit pas que ce LED Display est un moyen pour l’UoM à se faire de l’argent. « Je me demande quelles sont les compagnies qui viendront afficher leurs publicités sur un LED Display qui ne fonctionne pas », dit-il d’un ton ironique. Il ajoute que les travailleurs « méritent d’être payés », mais dénonce également les dépenses de l’UoM.

L’autre cas qu’il cite est le contrat « inexistant » entre l’UoM et la compagnie EON Reality, qui tient toujours des locaux dans le bâtiment de l’UoM mais qui ne paie pas. « C’est en soulevant un tollé que nous avons su que la compagnie a des dettes de plus de Rs 20 millions envers l’UoM. Comment recouvrer cet argent maintenant ? », se demande-t-il. Pour que l’UoM puisse retrouver ses millions, Iqbal Sookhroo affirme que l’université a dû avoir recours à des actions légales, dépensant ainsi plus d’argent.

Leurs dus réclamés

Ces quatre employés sont trois General Workers et un superviseur, qui travaillent dans la ferme de la Faculté d’Agriculture. « Nous avons été appelés par notre manager pour venir travailler. Nous n’avions pas de WAP, mais nous sommes venus », explique un General Worker. Selon lui, ce travail de transporter la nourriture et nourrir les animaux ne fait pas partie de leurs fonctions. Sans son WAP, il dit être venu travailler avec ses collègues pour que les animaux ne meurent pas. Donnant corps et âme, il dit être « choqué » lorsqu’il a vu sa fiche de paie. « Nous n’avons pas été payés alors que tel nous a été promis », déplore ce père de famille.

Comme lui, ses trois autres collègues disent « ne pas comprendre » la manière d’agir de l’UoM. « Nous avons rendu un service, mais nous ne recevons rien en retour. Pourtant, nous avons bravé des risques pour venir travailler », déplore-t-il. Alors qu’ils ont été appelés pour travailler, le président de l’USU avance que deux parmi eux n’avaient même pas obtenu leur Work Access Permit, et ont été à plusieurs reprises renvoyés chez eux par les policiers. « Ils ont mis la vie de leur famille en péril. Ils ont fait fi des dangers et ont pris leur propre transport et sont venus travailler », dit-il. Par ailleurs, lors de cette conférence de presse, Iqbal Sookhroo a réitéré son soutien total à Rajen Narsinghen, Senior Lecturer de la Faculté de droit, qui fait l’objet d’un comité disciplinaire.

L’USU compte une nouvelle équipe depuis jeudi dernier. Iqbal Sookhroo est élu président pour la 10e fois. « Nous avons fait nos preuves en apportant des changements, faire reconnaître les droits des employés “non-academic” », dit-il, en assurant que le travail continuera « en dénonçant des maldonnes, et ce dans l’intérêt des membres ».