Le ministère des Collectivités locales a soumis un document au cabinet ministériel, avec un nouveau concept pour toile de fond
Osman Mahomed : « Le projet devra être pensé dans l’optique de fluidifier le déplacement des autobus et d’amplifier le trafic vers les commerces »
Immigration UT et Zone tampon : Un plan du design et du métro bientôt soumis au Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO
4 ans après l’avènement du Victoria Urban Terminal (VUT), les projets de terminaux urbains de l’Immigration Square, de Curepipe, Quatre-Bornes, Vacoas et Rose-Hill, placés sous l’égide du ministère des Collectivités locales (partenariat public-privé), mais sans cesse reportés aux calendes grecques, pourraient bientôt être relancés après la soumission d’un document au cabinet ministériel, il y a quelques jours, par le ministre de tutelle, Rajiv Woochit, épaulé dans ce dossier par son homologue des Transports terrestres, Osman Mahomed. « Le concept ainsi que le business model qu’on entend adopter en termes d’implantation et de gestion sur les sites des futurs terminaux seront différents que ceux déployés pour le VUT qui n’a pas été pensé dans l’optique de fluidifier le déplacement des autobus et d’amplifier le trafic du côté des espaces dédiés aux ex-marchands ambulants », dit Osman Mahomed. Une réunion a, par ailleurs, eu lieu jeudi à la mairie de Port-Louis, où la question liée à l’Immigration Urban Terminal – en attente du feu vert du Centre Patrimoine Mondial – a été discutée.
Il y a, certes, le projet de Quatre-Bornes où le dernier appel d’offres a accouché d’un soumissionnaire (la firme RBRB Construction Ltd), mais il est compliqué, face à la réticence des soumissionnaires à se conformer à certaines conditions des Requests of Proposal (RFP), d’évoquer le nombre de fois où les bid exercises ont tourné au fiasco à Vacoas, Rose-Hill et Curepipe. Le projet de l’Urban Terminal de Vacoas avait de quoi séduire si on se fie à la maquette de promotion, dévoilée en septembre 2021 par le cabinet d’architecture Architects Studio, qui fait la part belle à un emplacement commercial, incluant un marché moderne, doté d’un « green hanging garden concept », reliant un autre espace shopping. L’intégration du projet dans son environnement existant composé, entre autres, de la plateforme ferroviaire, avait de quoi séduire le consortium Laxmanbhai / Manser Saxon qui avait décroché le contrat pour développer le terminal au coût avoisinant les Rs 4 milliards. Le terminal avait, alors, été mis sur les bons rails. Sauf que les choses ont tourné au vinaigre, au fil du temps, sur fond de profonds désaccords entre le ministère des Collectivités locales et le promoteur sur le concept à adopter.
Le ministre des Collectivités locales, Rajiv Woochit, en veut également pour preuve l’ « échec des trois exercices d’appel d’offres lancés pour le terminal urbain de Curepipe, en février 2024, dans un document intitulé proposals from prospective Promoters for the Development & Operation of a Modern Urban Terminal at La Vigie, Curepipe, on 2 portions of land of a total extent of 25 Arpents 80 perches to be leased by the Government for a period of 60 years… » Le fait que la Land Drainage Authority (LDA) a estimé que le site identifié pour le projet La Vigie est classé zone à risque d’inondation, malgré les démentis de l’ex-ministre des Terres et du logement, Steven Obeegadoo, a aussi apporté du plomb dans l’aile d’un projet qui aurait servi de plateforme pour une éventuelle extension du Metro Express vers le sud de l’île.
« Pas à n’importe quel prix »
Les choses traînent aussi depuis six ans à Rose-Hill, quand bien même l’acquisition par l’État du bâtiment délabré d’Atrium, sis en face de la station de métro, sous les procédures liées à la compulsary acquisition of land, a enlevé une épine des pieds des parties prenantes, en sus de l’inclusion dans le RFP d’un édifice abritant naguère le bureau du service clientèle et de caisse du Central Electricity Board (CEB). Si très peu d’information ont fuité, ces derniers mois, sur la relance… ou pas des terminaux urbains dans ces villes, Rajiv Woochit est venu mettre fin aux spéculations : « Le gouvernement a la ferme intention de remettre ces projets sur les rails, mais pas à n’importe quel prix. » Le ministre des Transports terrestres, Osman Mahomed, qui est un ingénieur civil, abonde dans le même sens : « Mon ministère aura un rôle clé à jouer dans l’implémentation de ce projet, vu que la logistique intermodale, qui combine transport, autobus, taxis stands et parkings, vaudra son pesant d’or dans la réussite de ces terminaux urbains ».
À en croire Osman Mahomed, en terme de planification de l’espace, les futurs promoteurs ne devront pas s’inspirer du Victoria Urban Terminal (VUT) pour construire les terminaux. « C’est bien beau d’avoir redonné ses lettres de noblesse à la Place Victoria en la modernisant à travers le VUT qui, on ne peut pas le nier, se distingue par sa propreté. Sauf qu’il y a un gros problème. Ses concepteurs semblent avoir oublié que ce site historique est, avant tout, une gare d’autobus qui aurait dû se muer en un hub de transit multimodal de choix. Aménager la gare d’autobus au rez-de-chaussée a été, de mon point de vue, une erreur stratégique. Le site peine à absorber le flot de d’autobus roulant au pas et qui crachent de la fumée vers les commerces. C’est le capharnaüm bien souvent entre la gare et l’autoroute. On envisage, dans le cas des futurs terminaux urbains, d’intégrer entièrement le terminal d’autobus dans le même bâtiment, soit en sous-sol soit ailleurs, afin d’éviter la même situation qu’au VUT », souligne le ministre.
Osman Mahomed a aussi évoqué les préoccupations exprimées par les ex-marchands ambulants opérant au 1er étage du bâtiment. « Ils trouvent toutes les peines du monde à commercialiser leurs produits, car l’endroit n’est pas beaucoup fréquenté. J’ai visité le terminal de Pudu, à Kuala Lumpur, où les bus entrent en gare au sous-sol. Les passagers empruntent un escalier roulant pour rejoindre le rez-de-chaussée. Ils sont obligés de passer devant les commerces. Au VUT, certains bus sont au rez-de-chaussée, alors que d’autres sont garés, notamment, à la rue Orléans. Ce n’est pas tout le monde qui voyage en métro. Il n’y a pas une masse de passagers qui transite vers le terminal. On prendra cela en considération », dit-il.
Quid de l’Immigration Urban Terminal, englobant la gare du Nord, de l’autre côté de l’autoroute, au cœur de la Zone Tampon de l’Aapravasi Ghat (ZTAG), classé sur la liste des patrimoines mondiaux ? Ce fameux bond vers la modernité se heurte pour l’instant à la pierre d’achoppement de l’attente interminable liée au feu vert que doit donner le Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO aux autorités mauriciennes. Dans le contexte mauricien, la ZTAG est régie par les fameux PPG6 administrés par le ministère des Terres et du Logement. Grosso modo, les PPG6 (Planning Policy Guidance 6) exige que des évaluations d’impact sur le patrimoine et d’impact visuel soient réalisées pour les grands projets d’aménagement et de développement. Ils prescrivent qu’un Building & Land Use Permit (BLUP) ne pourra être délivré pour tout projet dépassant G+2 (au moins deux niveaux au-dessus du rez-de-chaussée) dans la Zone Tampon, afin de préserver le skyline et offrir une vue non obstruée à partir de l’Aapravasi Ghat jusqu’à la chaîne de montagnes de Moka.
Or, on se souvient que le promoteur chinois Yihai International Investment Management Ltd, auquel le contrat a été alloué en 2018, pour construire le terminal urbain, n’a jamais pu prendre possession du chantier, le modèle qu’il a dévoilé, par le biais d’une maquette de promotion, ne cadrant pas avec le site de l’Aapravasi Ghat qui risquait de faire l’objet d’un déclassement au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il était question que le promoteur allait investir la somme de Rs 2 milliards dans la construction de dépôts de bus, d’aires de stationnement pour environ 700 véhicules, d’une place pour accueillir 700 marchands ambulants, un passage piétonnier aérien et un hôtel. Le Centre du patrimoine mondial, en mission conjointe à Maurice avec le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), en mai 2018, avait abordé la question d’un développement urbain susceptible d’avoir un impact négatif sur sa valeur universelle exceptionnelle (VUE), tout en soulignant ses craintes que le passage de la ligne de métro aussi près de l’Aapravasi Ghat risquait de dégrader irréversiblement la valeur historique du site.
Le prolongement du métro : la condition sine qua non
En 2020, un Overarching Heritage & Visual Impact Assessment de la ZTAG a été commandité par le ministère des Arts et du Patrimoine culturel, en sollicitant l’expertise d’une firme sud-africaine afin de se mettre au diapason des directives émises par le comité. Le consultant a également été appelé à faire le lien entre le promoteur et l’UNESCO. Il a fallu attendre la fin de la pandémie du Covid-19, en 2023, pour voir le dossier connaître un coup d’accélérateur grâce aux conclusions et aux recommandations formulées par le Centre du patrimoine mondial / ICOMOS, soulignant que « la conception et l’emplacement proposés pour le terminus du Metro Express et la place de l’Immigration ont évolué dans une direction positive, mais doivent être examinés plus en détail. »
Dans ses recommandations, le Comité de l’UNESCO demande à l’État mauricien de lui soumettre un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur sa mise en œuvre. Osman Mahomed croit dur comme fer que le prochain plan du design de l’Immigration Terminal et du métro qui sera soumis à l’UNESCO sera en adéquation avec l’harmonie architecturale et le contexte historique autour de l’Aapravasi Ghat. « C’est simple. Le prolongement de la ligne de chemin de fer vers la gare du Nord est la condition sine qua non pour que l’Immigration Urban Terminal sorte de terre. Proze la pa pou marse si sa lamass voyazer-la arret ziss divan Caudan. Une réunion regroupant des stakeholders, la Lord maire, des ministres et députés élus de la capitale a eu lieu vendredi à la municipalité. Le CEO de Metro Express Ltd (MEL), Rishikesh Brojmohun, des représentants de la NLTA et l’Aapravasi Ghat Trust Fund ont également participé aux discussions. La présence de membre de l’Aapravasi Ghat Trust Fund à notre réunion de vendredi témoigne d’une volonté d’avancer sur ce dossier. Nous mettons toutes les chances de notre côté afin d’accorder nos violons avec le comité de l’UNESCO », déclare le ministre.
Mettre un terme à l’anarchie
Rajiv Woochit soutient, pour sa part, que « la réunion de vendredi s’est faite sous les meilleurs auspices et grâce à la mise en place d’un comité de haut niveau, on élabore actuellement un schéma directeur global pour la zone tampon. Une fois achevé, celui-ci sera soumis au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives et un nouveau document d’appel d’offres sera ensuite lancé. Le projet de l’Immigration Terminal, incluant la connexion avec le métro, doit aller de l’avant ».
Jonchée de déchets des plus surprenants, voire écœurants, obstruant les égouts et rameutant rats et insectes, la Place de l’Immigration est une décharge à ciel ouvert où l’air empeste du matin au soir. La faute à l’incivisme de citoyens et commerçants mal élevés et à l’incurie des pouvoirs publics. D’aucuns soulignent que la transformation de ce site chargé d’histoire en un terminal moderne, avec un service de nettoyage et de voirie digne de ce nom, comme à l’ancienne gare Victoria, demeure la seule et unique alternative pouvant mettre un terme à ces comportements indignes qui ne finissent plus d’écorner l’image du pays à l’échelle mondiale.
ANDY SERVIABLE
Légendes :
- Des élus de Port-Louis, dont Osman Mahomed, et divers Stakeholders ont participé à la réunion de jeudi
- La maquette de promotion de l’Immigration Urban Terminal, dévoilée par le promoteur chinois Yihai International Investment Management Ltd, a été rangée aux oubliettes
- L’Urban Terminal de Vacoas avait de quoi séduire…


