Si le gouvernement avait annoncé, en 2017, que le projet de terminal urbain serait une réalité en même temps que l’entrée en opération du Metro Express, il a été contraint de revoir ses plans. En atteste la rencontre qui s’est tenue, la semaine dernière, entre le Premier ministre Pravind Jugnauth et les maires des cinq villes concernées par ce nouvel aménagement urbain.

Après des échanges sur le déroulement des travaux en cours actuellement au Port-Louis Victoria Urban Terminal, les protagonistes ont esquissé les contours du projet à Curepipe, à Vacoas et à Quatre-Bornes. Des interrogations subsistent toutefois en ce qui concerne le terminal de Rose-Hill, dont les travaux n’ont pas débuté jusqu’aujourd’hui. Pour ce qui est de la place de l’Immigration, à Port-Louis, l’Unesco a soumis un rapport aux autorités mauriciennes soulignant que la construction d’une gare près de la zone tampon de l’Aapravasi Ghat est susceptible de dénaturer les caractéristiques uniques du lieu de débarquement des travailleurs engagés indiens.

 

Port-Louis Immigration Urban Terminal : l’UNESCO met son veto

La place Immigration est située autour de la zone tampon de l’Aapravasi Ghat

L’Unesco maintient son veto contre la construction de l’Immigration Urban Terminal près de l’Aapravasi Ghat, site classé patrimoine mondial. Le Comité du patrimoine mondial avait d’ailleurs établi dès le départ, lorsque le projet avait été présenté en 2017, que l’aménagement d’un terminal sur le site de la gare du Nord, “engendra une perte significative de l’authenticité historique du site”. Le ministère des Arts et de la Culture ne compte pas, en revanche, rester les bras croisés. Dans une ultime tentative de remettre sur les rails le projet, le ministère compte retenir les services d’un consultant qui sera chargé d’entreprendre un Heritage Impact Assessment et un Visual Impact Assessment afin de convaincre l’Unesco du bien-fondé du projet.

 

Port-Louis Victoria Urban Terminal : des travaux à la vitesse grand V

Les travaux en cours sur le site du Victoria Urban Terminal

La construction du Port-Louis Victoria Urban Terminal, qui a été confiée au consortium Victoria Station Ltd, composé de Transinvest Construction Ltd, General Construction Co Ltd, Innodis Ltd, RHT Bus Services Ltd, Promotion & Development Ltd, Lavastone Ltd et Bloomage Ltd, va bon train, malgré le retard subi à cause de l’arrêt des travaux pendant le confinement. Caché derrière des bâches, la gare qui abritera aussi un centre commercial sur une superficie de 7834 m² prend forme un peu plus chaque jour. Un cap a également été franchi concernant le bâtiment en pierre, classé patrimoine national, de l’ancien édifice NTA qui sera intégré au projet. “Le renforcement des structures existantes tire à sa fin. C’était le plus gros travail à effectuer avant sa rénovation”, a confié à Week-End, hier, un ouvrier du consortium. A noter que les pierres qui ont été enlevées du toit de l’édifice seront numérotées et remontées à l’identique. Ce projet a nécessité un investissement de Rs 1,9 milliard.

 

Rose-Hill Urban Terminal : au point mort

La Place Margéot est censée abriter l’Uban Terminal Rose-Hill

L’Urban Terminal de Rose-Hill, qui aurait déjà dû être sorti de terre comme à Port-Louis, n’en finit pas de faire couler d’encre. Pour mémoire, en mars 2018, le premier appel d’offres avait été annulé après le non-respect par l’unique soumissionnaire d’une condition inscrite au document “Request of proposals”. Il concerne la location du bail sur un terrain d’un arpent 94 perches estimé à Rs 19 M par an sur 60 ans. Rebelote lors du deuxième appel d’offres un an plus tard : la mairie des Villes sœurs décide d’abaisser la location du bail de Rs 19 M à de Rs 1,2 M, ce qui avait suscité des protestations de la part des conseillers de l’opposition et contraint l’ancien maire Ken Fong d’annuler l’exercice de sélection. Dix-huit mois plus tard, le projet est toujours au point mort.

En première ligne pour dénoncer les zones d’ombres autour du contenu du document d’appel d’offres, le conseiller du PMSD Zaed Nanhuck pour qui  que “les autorités locales s’entêtent à vouloir étendre le terminal urbain au-delà de la place Margéot. Ils évoquent l’éventualité d’acquérir le bâtiment en délabrement d’Atrium ou les arcades Sunassee pour les inclure dans le terminal, ce qui impliquera un doublement des dépenses initiales. Nous ne sommes pas dans la capitale pour être obligés d’aménager un terminal sur de grands espaces”, indique Zaed Nanhuck qui lance un appel au maire de Beau-Bassin/Rose-Hill, David Utile pour qu’”il ne se laisse pas dicter, comme son prédécesseur, par le gouvernement central”.

Curepipe Urban Terminal : allier modernité et authenticité

La mairie de Curepipe a pour objectif de construire une gare qui allierait modernité et authenticité sans occulter l’aspect écologique. “La Ville lumière a une longue histoire qu’il faut préserver. Le projet a été pensé dès sa conception pour dépasser le cadre commercial et être un véritable lieu de vie et d’échanges”, soutient le maire de Curepipe Hans Marguerite, qui souligne qu’il a proposé que « le terminal de Curepipe soit doté d’espaces qui puissent accueillir des conférences internationales, une salle de cinéma, des bureaux de ministères et des hôtels, étant donné nous sommes la ville la plus proche de l’aéroport.»

La relocation des marchands du « Bazar parasol », situé derrière la gare Jan Palach Sud, vers un terrain en face à la rue Jerningham, sera une réalité dans les jours à venir, puisque c’est là que sera édifié l’Urban Terminal de Curepipe. Le fait que la gare ferroviaire de Curepipe se situe en hauteur constitue un avantage pour les promoteurs qui disposeront de tout l’espace situé en contrebas pour l’aménagement du terminal. “Nous avons aussi l’ambition d’agrandir le parc Paul de Virginie, histoire de donner une touche écologique au projet”, souligne Hans Marguerite qui songe également à y inclure le site qui abrite le bâtiment en délabrement de l’ancien hôtel Europa en face de la gare Jan Palach Nord. “Notre souhait est de pouvoir le greffer au projet lors d’une deuxième phase. Je rassure les habitants que la mairie fait tout son possible pour que cette eyesore soit démolie dans les plus brefs délais”, indique-t-il.

Quatre-Bornes Urban Terminal : l’ambitieux projet d’une passerelle vitrée

L’endroit où la passerelle devrait surplomber la route Sainte-Jean

La mairie de Quatre-Bornes veut s’inspirer du Victoria Urban Terminal en construisant une passerelle qui reliera la station de tramway au Quatre-Bornes Urban Terminal qui devrait être aménagé à l’endroit où se situe le bazar en face de la place taxi. La maire de la Ville des fleurs, Nagen Mootoosamy va plus loin dans ses ambitions en proposant au Premier ministre de construire une large passerelle vitrée pouvant abriter des espaces commerciales. “Nous sommes malheureusement confrontés, à Quatre-Bornes, à un grand manque d’espace pour envisager la construction d’un tel projet dans un le seul emplacement du bazar. Lorsqu’on imagine le flux de personnes qui traversera la route Saint-Jean quotidiennement, surtout avec l’arrivée du Metro, la construction d’une large passerelle surplombant cette route figure indéniablement en tête de liste des options à envisager pour ce projet. Le dernier mot reviendra au promoteur”, indique Nagen Mootoosamy.

 

Le maire reste persuadé que ce projet constituera l’élément moteur de la redynamisation du centre-ville de Quatre-Bornes. “Lorsqu’on observe à quelle vitesse se sont développés certains endroits, comme Trianon et Phoenix, en matière d’aménagement urbain, je suis de ceux qui pensent qu’on doit en faire de même”, indique Nagen Mootoosamy. Dans le document d’appel d’offres qui est actuellement en préparation, outre l’aménagement de bâtiments commerciaux, seront inclus une salle de conférence, des espaces verts récréatifs et des salles de cinéma.

Vacoas Urban Terminal : démarrage des travaux cette année ?

Le bazar légumes de Vacoas sera rasé pour faire place aux travaux

La ville de Vacoas aura son terminal sur le site du « Bazar légumes ». Les maraîchers seront logés temporairement sur un terrain situé à l’arrière du marché durant les travaux avant de se voir octroyer des places dans la gare. Ainsi, pour construire le Vacoas Urban Terminal, il faudra démolir le marché, une partie des locaux de la Special Mobile Force (SMF) et certains sites acquis par la mairie dans les alentours. Le maire de Vacoas/Phoenix, Praveen Ramburn, indique que la deuxième phase du projet comprendra aussi l’aménagement d’édifices modernes de l’autre côté de la route sur le site qui abrite le Meat Market. Contrairement à la ville de Quatre-Bornes, où l’espace adéquat pour aménager le projet fait défaut, le maire de Vacoas souligne que « les démarches pour l’acquisition des terrains se sont faites sans anicroche. Nous mettrons six arpents de terrain à la disposition des promoteurs. » L’Urban Terminal de Vacoas devrait sortir de terre avant la fin de l’année et les travaux dureront deux ans, selon le maire.