Comment vivez-vous cette situation depuis le quadrillage des zones ?
C’est depuis le jour suivant le confinement national, décrété le 10 mars, que les régions des circonscriptions 15, 16 et 17 sont surveillées de plus près. Cela concerne un peu plus de 200 000 Mauriciens. Dans cette zone dite rouge, c’est l’angoisse, la panique, la peur et le stress 24/7. Cela se voit sur le visage des habitants au supermarché, à la pharmacie de même qu’à la boutique du coin.

Votre opinion sur ce renforcement de la prudence dans les zones dites à risque. Et comment réagissent les gens de ces endroits dont Vacoas où vous résidez ?
Je pense personnellement que verrouiller ces trois circonscriptions est une bonne décision de la part du gouvernement vu que les principaux foyers de contamination se trouvent dans cette partie du pays. Ces mesures ont été appliquées l’année dernière dans des pays comme la France, l’Allemagne et l’Inde, entre autres. Malgré le fait que ces pays sont toujours affectés, le quadrillage avait quand même donné les résultats escomptés. La raison est simple – la mobilité des gens d’une région à l’autre. Donc, on ne peut pas permettre au virus de voyager avec les gens. Il faut éviter à tout prix le renforcement de la chaîne de transmission. Je crois que la majorité des habitants dans les zones à risque sont conscients du danger qui les guette. Cela s’explique par l’absence de personnes se promenant dans ces zones. Les rues sont presque désertes, les commerces verrouillés, sauf les supermarchés et pharmacies. La police et les soldats de la SMF sont présents un peu partout, plus particulièrement à l’entrée et la sortie des principales régions. Cela dit, la zone n’est pas occupée, mais plutôt surveillée pour la santé des habitants. Par contre, à chaque fois qu’on entend le dépistage d’un nouveau cas dans la zone rouge, la crainte d’être contaminé s’accentue. Les habitants partagent leurs inquiétudes avec leurs proches au téléphone comme sur les réseaux sociaux.

Comment cela se passe à Vacoas au niveau des courses au supermarché par ordre alphabétique ?
Honnêtement, cela se passe bien. On est chanceux d’avoir au centre et à la périphérie de la ville de Vacoas l’hypermarché Jumbo, deux supermarchés Winners, deux London Way, plusieurs supérettes sans compter les boutiques du coin. Tout le monde est servi. Là, le stress est minime.

Si cette situation perdure, quelles seraient les autres mesures à mettre en place ?
L’Homme est hétérogène. Chacun a sa discipline et manière de vivre. Certainement, il y a une minorité parmi les habitants de la zone rouge qui ne prennent pas assez de précautions. C’est de l’irresponsabilité. On les voit en voiture, marcher dans les rues sans aucune raison pouvant étayer leur déplacement. Ils risquent d’être rattrapés par les forces de l’ordre. Si la situation perdure, plusieurs mesures pourraient être prises, notamment appliquer la loi dans toute sa rigueur, revoir le calendrier d’ouverture des supermarchés. Il y a aussi un programme de dépistage pour tous les habitants, et la vaccination des habitants de la zone rouge le plus rapidement possible.

Un message à faire passer en cette période de confinement…
Je pense personnellement qu’on devrait apprendre à vivre avec le coronavirus. J’apprends qu’il y a des centaines de virus dans l’atmosphère 24/7. Aux 19e et 20e siècles, il y avait la malaria, la tuberculose, la peste, le chikungunya, la fièvre H1N1 et assez récemment, le sida et l’Ebola. Ces maladies sont toujours là bien que la médecine ait fait beaucoup de progrès pour les combattre. Donc, il est fort probable que la COVID-19 soit dans nos alentours pendant longtemps encore. Il faut vivre avec. Le gouvernement japonais était l’année dernière parmi les premiers au monde à sensibiliser sa population sur cette réalité. « Il ne faut pas démanteler nos acquis économiques volontairement », disait le Premier ministre japonais. Le maintien de l’adoption des mesures de prévention individuelles comme le port du masque, le gel hydroalcoolique pour les mains et les gestes barrières sont actuellement les seuls moyens permettant de freiner la circulation du virus. Le gouvernement mauricien ainsi que la presse écrite et parlée font un travail remarquable. Mais la balle demeure toujours dans le camp de chaque Mauricien.

Comment vivez-vous l’annonce des nombreux cas de COVID, et selon vous, quelles seraient les mesures à prendre pour améliorer, durant ces jours de confinement, le bien-être du Mauricien ?
C’est inquiétant. La situation empire dans la zone rouge. Tout le pays est angoissé. « L’Ile Maurice est en guerre contre le coronavirus », disait cet après-midi la Dr Catherine Gaud. Il faut tirer l’artillerie lourde, qui n’est autre que le respect de soi en observant le plus strictement possible les actions préconisées dans le protocole sanitaire. Les mesures que vous mentionnez pourraient être, entre autres, que la police soit un peu plus flexible quant à la rentrée et la sortie dans la zone rouge pour les travailleurs possédant un WAP. Un contrôle plus rigoureux devrait être appliqué sur les prix des denrées de base, comme les légumes. Par exemple, c’est inacceptable que le prix de la pomme d’amour soit doublé en moins de 24 heures. Les personnes vulnérables comme les personnes âgées, les enfants malades, les personnes autrement capables doivent toujours être une priorité. Il faut rappeler que les personnes tombant subitement malades peuvent avoir des soins urgents aux hôpitaux publics. Il faut revoir la campagne de vaccination. Eviter le stress et la fatigue qu’ont occasionnés les longues et interminables queues de la semaine dernière dans les hôpitaux publics. Il faut revoir la programmation de la télévision nationale pour que toute la population s’y retrouve. L’imagination et la créativité sont impératives dans le contexte actuel.

Et vous, sur le plan personnel, comment vivez-vous cette situation avec votre famille ? Et au niveau de votre emploi ?
Nous vivons comme tous les Mauriciens rationnels. On reste à la maison. On se rend au supermarché une seule fois chaque mois durant le confinement. On se lave les mains et le visage régulièrement, même si on ne sort pas. On s’assure que l’hygiène occupe une place prépondérante dans notre vie sans oublier une alimentation simple mais saine ainsi que des exercices physiques sur la terrasse et dans la cour. Je n’ai aucun problème concernant le travail. Je suis chargé de cours à l’université. Tout se fait en ligne.