Le Weaving Centre de Vieux-Grand-Port est réputé pour ses produits confectionnés en vacoa. Au-delà du simple artisanat pour faire bouillir la marmite, Fabiola Marius entretient un véritable patrimoine : le tissage dans cette matière. Mais avec la crise sanitaire, et encore plus depuis le Wakashio, les commandes se font très rares. Sans touristes, et les entreprises étant en crise, elle est contrainte de se réinventer, d’autant que son époux, pêcheur, est lui aussi directement frappé par cette situation.

Sur la route principale de Vieux-Grand-Port, les feuilles de vacoa suspendues sous la varangue d’une maison attirent les regards. À l’intérieur, une dizaine de femmes procèdent au tissage de différents produits en vacoa. Tentes, nattes, objets décoratifs… Elles font preuve de créativité pour satisfaire la clientèle et, surtout, entretenir un patrimoine familial. Fabiola Marius, à la tête de l’Association des artisans et planteurs de pandanus du sud-est, explique avoir hérité de ce savoir de sa famille. « J’ai appris avec ma mère, qui faisait des tentes de vacoa. Elle-même avait appris de ma grand-mère. Je suppose que le savoir a été transmis de génération en génération. Nous avons grandi avec ça. »

En 17 ans, depuis qu’elle s’est organisée en association, avec le soutien du Mouvement pour l’autosuffisance alimentaire (MAA) entre autres, qui lui a appris à planter ses propres pandanus, Fabiola Marius s’est fait une réputation dans l’île. Mais depuis la crise de la COVID-19, tout tourne au ralenti. « Les hôtels, les restaurants et les touristes constituent une bonne partie de notre clientèle. Mais depuis la COVID, nous n’avons plus de commandes. Il faut compter uniquement sur la clientèle mauricienne. Mais une tente en vacoa est un produit qui dure. Les gens n’en achètent pas tous les jours. »

Même si la livraison se poursuit, notamment auprès des marchands dans les foires, il faudra attendre que ceux-ci parviennent à vendre leurs stocks pour faire une nouvelle commande. Parfois, il faut même baisser les prix pour parvenir à vendre les produits. Pour compliquer davantage la situation, les entreprises locales, sont aussi en crise, et c’est une deuxième catégorie de clients qui tombe pour les tisseuses. « Généralement, à cette période, il y a des entreprises qui passent des commandes pour les fêtes de fin d’année. Il nous est arrivé de faire 3 000 “tentes” pour une entreprise. Mais cette année, il n’y a rien. De même, nous organisons des ateliers de tissage avec les étudiants d’un collège français régulièrement. Mais cette année, ils n’ont pas de budget pour cela. C’est la crise encore une fois. »

Face à cette situation, Fabiola Marius confie qu’il faudra se réinventer. Ainsi a-t-elle approché des centres de formation pour offrir ses services. Elle insiste sur la nécessité de préserver ce patrimoine. « Tout n’est pas qu’une question d’argent. Il faut aussi partager ce savoir. Si demain, nos jeunes ne savent pas comment faire des “tentes” en vacoa, c’est un patrimoine que nous aurons perdu. »

Son époux étant pêcheur, Fabiola Marius est aussi témoin des difficultés auxquelles les familles de son village doivent faire face depuis le drame du Wakashio. « Il y a beaucoup de souffrances sur la côte sud-est en ce moment. Beaucoup sont des pêcheurs sans carte, et ils n’ont aucune aide de l’État. Et de ce côté, on ne trouve pas du travail facilement non plus. Il n’y a pas de grandes activités économiques dans la région. »

Elle ajoute que face à cette situation, la solidarité prime, mais que ce n’est pas toujours évident. « J’ai des voisins, deux frères, pêcheurs sans carte, des pères de famille. Nous essayons de les aider tant qu’on peut. Mais parfois, nous ne pouvons pas non plus. Moi-même, mon époux est pêcheur. Il y a beaucoup de problèmes dans la région actuellement. »
L’association est encadrée par le Mouvement pour l’autosuffisance alimentaire. Eric Mangar, le responsable, indique ainsi que le centre a été mis sur pied suite à trois études réalisées en 2000 en collaboration avec l’ACIM et financées par l’UNDP. « On a vu qu’il y avait une nécessité de promouvoir les produits durables. Les “tentes” en vacoa étaient une alternative au plastique.

De plus, dans cette région, il y a des communautés vulnérables. Il y a des personnes qui avaient le savoir, mais qui étaient exploitées par les intermédiaires. D’où la nécessité de les organiser en association. Nous leur avons également appris à calculer le coût de production, car auparavant, elles vendaient à perte. » Ceux qui souhaitent entrer en contact avec l’association peuvent téléphoner sur le 466-0271.