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Identifier les premiers signes de violence. Tel était le thème d’un atelier organisé par la Platform Stop Violans Kont Fam, en présence de l’ambassadeur des États-Unis, David Reimer. C’était dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et de la Journée mondiale des droits de l’homme, le 10 décembre.

Fondée par Marie-Noëlle Elissac-Foy et Catherine Prosper, la plateforme regroupe des ONG telles que Passerelle, SOS Fam, Dis-Moi, Ailes et Gender Links. À cette occasion, un violentomètre traduit en kreol par la plateforme à partir du violentomètre conçu par et avec le consentement de la mairie de Paris, a été remis à l’ambassadeur des États-Unis. Présenté comme un outil aidant à mesurer l’état de sa relation dans le couple et à déterminer si elle ne comporte pas de violences, le violentomètre prend la forme d’une règle et indique à travers une gradation colorée quels sont les comportements qui relèvent de la violence. Cet outil est divisé en trois parties et la première, en vert, indique « profite, to relasion korek kan li… ». La deuxième partie, orange, dit : « Pran kont ! Dir Stop ! Li violan si li… ». Et la troisième partie, en rouge : « Protez twa, demann koudme ! To an danze si li… »

Marie-Noëlle Elissac-Foy a fait ressortir que souvent, on entend les gens dire : « Pourquoi elle ne l’a pas quitté ? Elle aurait dû savoir… » Toutefois, tel est plus facile à dire qu’à faire, selon elle. « C’est très difficile. »

L’ambassadeur américain a déclaré que la violence envers les femmes est un problème qui existe dans le monde entier. La COVID-19, a-t-il ajouté, « a impacté de manière disproportionnée les femmes avec une augmentation de violences couplée à la vulnérabilité de l’emploi ». Selon David Reimer, l’effort du gouvernement, du secteur privé et des Ong est important pour apporter un changement.

Anushka Virahsawmy, de Gender Links, devait souligner qu’avec la COVID-19, cette année a été horrible. « Nombre d’entrepreneures n’ont pu garder leur emploi et ont eu à se réinventer, ce qui n’a pas été facile. » Par ailleurs, a-t-elle poursuivi, bien qu’on ait souvent entendu cette année de “Stay Home, Stay Safe”, “Stay home”, la situation n’a pas été « “safe” pour beaucoup… ». Selon elle, c’est bien d’avoir les lois et les conventions qu’on signe. « Mais, ce qui se passe réellement dans la société aujourd’hui est un aspect différent de l’histoire. »

Catherine Prosper, cofondatrice de la Platform Stop Violans Kont Fam et intervenant également en tant qu’ancienne victime de violence, a tenu à souligner que « du moment où la femme ou l’homme cède à la partie orange du violentomètre, la personne manipulatrice continuera à nuire encore et les chantages augmenteront ». Elle est d’avis que dans notre société patriarcale, la femme se sent parfois, peu importe le comportement du conjoint, un devoir de le soutenir. « C’est l’erreur à ne pas commettre. Avec le recul, je réalise pourquoi j’ai attendu de passer toutes ces étapes sur le violentomètre pour finalement me retrouver dans le rouge complètement. Pourquoi n’ai-je pas dit Stop dès la partie orange du violentomètre ? Je suppose que pour la femme, plus la relation est difficile, plus elle s’accroche. Je suppose que c’est lié à notre société patriarcale. »

Abondant dans le même sens, un membre de l’assistance a estimé « qu’on subit » les traditions. « Si sa mère a subi la violence, on se sent obligé de supporter aussi. On se dira : “tu as des enfants, tu restes, tu dois supporter”. »

Une autre participante à l’atelier a, sur une note plus positive, témoigné qu’au début de sa vie de couple, elle se situait dans la partie orange du violentomètre mais qu’aujourd’hui, après 36 ans de mariage, son couple se retrouve dans la partie verte du violentomètre. « Au départ, mon mari n’acceptait pas que je travaille. Mais je l’ai remis à sa place. Aujourd’hui, non seulement il accepte que je travaille comme mentor à Gender Links, mais il me dit même : “c’est l’heure de te rendre à ton travail” ! »