Des médecins : « Maurice est un des rares pays au monde à offrir ce service de visite à domicile »

Un nouveau « batch » de jeunes recrues viendra renforcer les rangs d’ici septembre

Des médecins membres de la Medical Unit du ministère de la Sécurité sociale montent au créneau. Le but : « vulgariser notre travail. » Et ces professionnels de mettre en exergue : « Nous sommes, dans l’ensemble, victimes d’une campagne de dénigrement qui dure depuis quelques années maintenant. Nombre de compatriotes pensent, à tort, évidemment, que nous empochons tous des milliers, voire des millions de roupies, avec ce travail de visites à domicile pour les personnes âgées et jeunes également, qui ne peuvent se déplacer. S’il est vrai que certains ont bénéficié de traitements de faveur, il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier !»

L’unité se compose de généralistes, émanant du public comme du privé. Ils sont responsables, chacun, « d’environ une centaine de patients, éparpillés aux quatre coins de l’île, et à qui nous devons rendre visite une fois chaque mois. C’est un calendrier extrêmement chargé, bien évidemment, vu que c’est une responsabilité over and above nos activités médicales classiques, que l’on soit employé dans le public ou le privé. » Mais, expliquent nos interlocuteurs, « nous nous en acquittons du mieux que possible, en vrais professionnels. Nous avons là affaire à des humains qui ne peuvent se déplacer : que ce soient des personnes âgées ou frappées d’un handicap. Il est donc attendu de nous que nous ayons un comportement exemplaire ! Ce n’est pas une source de revenus facile !»
Si ce groupe de médecins de cette unité spéciale nationale est montée au créneau, « c’est pour dénoncer une campagne malsaine et injuste dont nous sommes assez régulièrement victimes, hélas ! », expliquent-ils au Mauricien. En effet, « chaque année, nous voyons dans certains médias, souvent à la Une, le fait que certains médecins de cette unité ont touché le jackpot… Parce qu’en un mois, ils perçoivent Rs 100 000 de la part du ministère de la Sécurité sociale pour leurs prestations. Et donc, sur une année, cela représente une somme très conséquente ».
Cependant, nuancent nos interlocuteurs, « tous les médecins au sein de la Medical Unit ne sont pas fichés à la même enseigne ! Nous ne touchons pas tous Rs 1 million par an ! Et si cette situation existe, dans certains cas, puisque, effectivement, certains collègues se sont retrouvés dans ce cas de figure, c’est soit par une mauvaise gestion des ressources humaines et distribution de travail soit parce que certains de nos collègues, et on est triste de le dire, ont eu des faveurs…»

100 patients à voir en un mois !

Ces professionnels de la médecine qui préfèrent taire leur identité, d’une part parce qu’ils sont employés par l’État, et aussi parce que « en tant que médecins, nous ne sommes pas là pour faire de la pub sur nous-mêmes ! » rappellent que « la priorité est d’offrir ce service à domicile, quels qu’en soient les risques ! Maurice est un des très rares pays au monde à offrir une telle prestation. Et nous sommes conscients que nombre de compatriotes ne sont pas familiers avec notre travail, parce que leur attention a été déviée sur principalement les chiffres recensés relativement à notre travail. Mais cet argent n’est pas une manne du ciel ! La majorité d’entre nous travaillons dur, tous les jours de semaine, du matin au soir, pour parvenir à répondre aux attentes des patients ».

Ainsi, ces médecins sont appelés « à examiner, régulièrement, c’est-à-dire, une fois par mois, chaque patient qui nous est confié par le ministère de la Sécurité sociale, qu’importe la région où ils habitent. Cela comporte son lot de risques et de difficultés. D’une part, il faut voyager, aller dans n’importe quelle région du pays : cela peut être les banlieues comme les quartiers tranquilles. Personne ne choisit ses patients. Et il faut aussi put up avec les mentalités, les approches et les attitudes des gens des diverses régions du pays : tout le monde n’est pas accueillant parce que nous sommes des médecins ! »

Deux de nos interlocuteurs, l’un approchant la cinquantaine et l’autre, beaucoup plus jeune, racontent comment, dans certaines circonstances, ils ont failli rebrousser chemin… « Pas plus tard que la dernière semaine de décembre, indique le quinquagénaire, je devais rendre visite à l’un de mes patients vivant dans une banlieue défavorisée, dans le nord de l’île. Depuis plusieurs années que je rends visite à cette dame, je n’ai jamais eu le moindre souci. Bien évidemment, quand on débarque dans des régions dites difficiles, il convient de ne pas déroger aux règles. De ce fait, en étant poli et aimable, j’ai toujours reçu, de la part du voisinage, un accueil favorable. » Peu importe « les problèmes bien ancrés dans ces quartiers, comme la prolifération des drogues synthétiques, le commerce sexuel, pour ne citer que ceux-là. »

Or, poursuit notre interlocuteur, « à ma dernière visite, comme c’était la période des fêtes, le petit chemin que j’emprunte ordinairement pour accéder à la maison de mon patient était… obstrué. Plusieurs des habitants de la ruelle avaient mis des chaises et des tables à même la rue et jouaient aux cartes en consommant, entre autres, des boissons alcoolisées. » Ce médecin, un vieux routier, « reconnaît les signes… J’ai tout simplement garé ma voiture une rue plus bas et j’ai marché quelques mètres de plus pour rejoindre la maison de mon patient. En passant devant les personnes qui étaient dehors, je les ai saluées tranquillement, et tout s’est bien passé…»

Risques et dangers

En revanche, indique un autre membre de la Medical Unit, « dans mon cas, j’ai un patient qui habite un immeuble qui donne carrément sur la route principale. Et il n’y a pas d’aire de stationnement. Tout près, il y a un commerce et quand j’ai voulu m’y garer, une fois, le type est sorti et m’a brutalement demandé de dégager, arguant que c’était « son » parking… Et même quand je lui ai dit que c’était pour une vieille personne malade et que je n’allais pas y demeurer toute la journée, il n’a rien voulu entendre ! « Mo parking sa », a-t-il aboyé. » Ce médecin a alors dû continuer sa route, cherchant un endroit avoisinant pour se garer en toute sécurité : « Comme ça, pas de risque de retrouver mes roues dégonflées ou la voiture rayée à mon retour !»
Un autre médecin, qui approche les 60 ans, relate, lui, comment « il y a quelques mois, en passant la main dans la grille pour l’ouvrir, les propriétaires n’avaient pas attaché leur chien… Il m’a rudement bien mordu et je m’en suis sorti avec plusieurs points de suture ! »
Ce sont là « des problèmes d’ordre pratique, certes, que nous rencontrons dans un certain nombre de cas, expliquent les médecins au Mauricien. Nous ne disons pas que tous les cas sont difficiles. Mais en grande partie, c’est ce qui se passe et nous devons put up avec tout cela. » L’un des médecins fait remarquer que « puisque ce sont des visites que nous devons offrir à domicile, nous devons tous évidemment avoir une voiture. En moyenne, rien que pour les déplacements des patients de la Medical Unit, nous devons débourser Rs 10 000 d’essence ». Et une collègue de renchérir : « Sans compter qu’il faut très régulièrement assurer l’entretien des véhicules (servicing) chez le mécanicien, changer les roues pratiquement chaque année parce que nous roulons tous les jours et un certain nombre de kilomètres… Il y a le wear & tear qui entre évidemment, aussi, en jeu. »
Au final, retiennent ces médecins, « nous ne sommes pas en train de nous plaindre. Nous aimons notre travail. Malgré des obstacles et des difficultés, ce métier est un choix que nous avons fait, et nous l’assumons pleinement. » En revanche, « ce que nous n’avalons pas du tout, c’est quand nous sommes pointés du doigt et qu’on dise de nous, que nous touchons le jackpot ! En effet, ces services sont rémunérés correctement par l’État, mais il n’y a pas là de quoi faire des extravagances !»

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« Bien que « frontliners », nous n’avons perçu aucune allocation ! »

Durant la période de confinement l’an dernier quand la pandémie de la Covid-19 a gagné nos frontières, « plusieurs des médecins de la Medical Unit de la Sécurité sociale ont été appelés à prêter main-forte aux équipes de médecins, infirmier.es, dans les hôpitaux, centres de santé et ambulances. Nous avons travaillé côte à côte, en vue de protéger les Mauriciens. Mais, c’est triste de le dire, quant aux Rs 15 000 d’allocation spéciale que le gouvernement a données à ceux qui étaient en première ligne, nous, on n’a rien eu….»
D’ici septembre, un nouveau « batch » de jeunes recrues viendra renforcer les rangs des professionnels de la Medical Unit. « Cette affaire de toucher des sommes astronomiques n’aura plus cours, à ce moment-là, expliquent nos interlocuteurs. Parce qu’il y aura une plus large répartition des patients et donc, moins de sous pour chacun. »