Vivre-Ensemble : Quel sens le 12-Mars revêt-il pour les citoyens mauriciens ?

Une fois de plus, nous avons célébré avec éclat, le 12 mars. Pour la 56e année. Que reste-t-il de l’apparat des fêtes ? Y a-t-il une résonance dans le cœur des Mauriciens qui les rappelle à leur rôle de citoyen ? Quel sens donner à ce jour ?

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Anita Conhyedoss, ingénieure de projet et passionnée de la culture chinoise, partage la manière dont le 12-Mars vibre dans son cœur, elle, qui vit pleinement sa citoyenneté mauricienne. Issue d’une famille hindoue, très ouverte aux autres cultures, elle a été initiée très tôt à l’interculturel. Consacrée dans son enfance à la Vierge Marie, assistant à des mariages musulmans, allant se recueillir au tombeau du Bienheureux Père Laval et vivant actuellement une pleine immersion dans la culture chinoise dont elle apprend la langue…
« Cette démarche d’aller vers l’autre permet de mieux le comprendre. Cela nous apporte une ouverture d’esprit et nous apprend à être plus tolérants. Le 12-Mars nous appelle à vivre comme un seul peuple, une seule nation. Dans mon enfance, j’ai reçu des valeurs telles le respect d’autrui, l’acceptation de la différence de l’autre. Il faut maintenant transmettre ces valeurs chez les jeunes », dit-elle.

Pour Zibya Issack, enseignante et détentrice d’un doctorat en littérature francophone, si la diversité est un fait pour les Mauriciens, la tolérance se cultive. « Le 12-Mars me rappelle la tolérance dans la différence ». Elle se réjouit de la chance d’être Mauricienne.
« Je suis née à Maurice et je suis libre. Je porte le voile. Ici, nous sommes libres. Libres de porter ce qu’on veut. On respecte les belles femmes en sari, en jolies jupettes comme on respecte les femmes qui portent le voile. La liberté à Maurice est un héritage qu’il faut chérir. Le besoin d’aller vers l’autre caractérise », dit-elle. « Un lift, mowsi ? Je porte votre tente, Kala ? Je vous cède ma place dans le métro, tonton ! Les Mauriciens, riches ou pauvres, sont tous unis dans la même douleur, dans le même cauchemar, dans le même élan de débrouillardise. Pour moi, c’est bien cela le vrai multiculturalisme mauricien ».
Kwang Poon, président de l’association East Meets West, décrit pour sa part la nation mauricienne comme « une salade polychromatique de fruits qui se juxtaposent sans fusionner ». Aller vers l’autre requiert, dit-il, une certaine ouverture d’esprit. « Cela nous force à développer une perspective moins étroite et permet d’éviter l’ethnocentrisme qui peut mener à des préjugés et autres idées malsaines ».

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Celui qui vit aussi pleinement son identité mauricienne estime qu’il faut à tout prix préserver ce fragile tissu social qui ressent parfois des tensions. À la veille des élections, il appelle à la vigilance face aux risques de dérives communales et met en avant ce constat : « il semblerait que les Millenials et la Gen Y ne se retrouvent pas dans les discours castéo-communalistes ».

ANITA CONHYEDOSS (Passionnée de la culture chinoise) :

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« Je vis pleinement mon identité mauricienne »

Nous venons de célébrer le 56e anniversaire de l’Indépendance de notre pays et le 32e anniversaire de son accession au statut de République. Quelle importance le 12-Mars revêt-il pour vous depuis votre enfance jusqu’aujourd’hui ?

Le 12-Mars est une date très importante pour moi depuis mon enfance. C’est le jour où Maurice a eu son indépendance et cela marque donc la fin de la domination des Britanniques. À l’école primaire et au collège, le 11 mars, nous entonnions l’hymne national et nous participions au lever du quadricolore et nous avions le plaisir de déguster un gâteau.

Petite, je ne saisissais pas vraiment l’importance de cette date. Au fur et à mesure que je grandissais, je cernais mieux la signification de l’indépendance et de la République. Les Mauriciens ont eu le droit de vote, le droit de s’exprimer… Il y a tout l’essor de l’économie mauricienne qui s’en est suivi après 1992. L’accent a été sur l’exportation, le tourisme, l’investissement, etc.

Comment vivez-vous votre identité de citoyenne mauricienne et quels sentiments cette citoyenneté suscite-t-elle chez vous ?

Je vis à la mauricienne ! Depuis mon enfance, déjà, j’ai grandi avec ma grand-mère paternelle et ses voisins musulmans. Elle m’emmenait aux fêtes, aux mariages musulmans. Ensuite, j’ai fréquenté l’école Lorette de Vacoas et le collège Lorette de Quatre-Bornes où j’allais à la chapelle.
J’ai été imprégnée donc de l’atmosphère catholique. À ma naissance, ma mère m’avait consacrée à la Vierge Marie. Mes parents avaient des amis de toutes les communautés. Mon papa m’emmenait à la grotte et à l’église pour allumer une bougie. Nous allions aussi prier au tombeau du Bienheureux Père Laval.
Au collège, je participais aux retraites et j’ai déjà participé à une retraite bouddhiste. Depuis quelques années, je pratique la peinture et la calligraphie chinoises, j’apprends le mandarin, et je suis adepte du Tai Chi. J’ai compris que tout cela constitue un ensemble qui aide à mieux comprendre la culture chinoise. Je suis membre de l’association Chinese Fine Art dont l’objectif est de promouvoir la culture chinoise.

Qu’est-ce qui vous pousse à faire immersion dans la culture de l’autre ?

Quand j’étais petite, quand on me demandait quelle est ma religion, il y avait ce sentiment qu’il fallait dire hindoue. Mais, en fin de compte, j’allais à l’église et je vais encore à l’église aujourd’hui. Autrefois, nous n’osions pas trop dire ce que nous faisions en dehors de la religion.
Mais, aujourd’hui, si je dois répondre à cette question, je n’ai pas une réponse définitive. Je suis un peu de tout. Je vais aux temples bouddhiste et hindou. Je ne suis pas attachée strictement à une religion. Je vis pleinement mon identité mauricienne.

Que gagne-t-on à faire immersion dans la culture de l’autre ?

Cela m’apporte une connaissance approfondie de la culture. Par exemple, j’apprends le mandarin pour mieux communiquer avec les enseignants qui viennent de Chine. Cette culture m’a toujours attirée. Plus j’apprends, plus je trouve que la culture chinoise recèle des trésors à découvrir. C’est quand vous voyagez que vous pouvez réaliser cette richesse que d’autres pays n’ont pas. L’adaptation, la tolérance, le respect de l’autre sont naturels chez les Mauriciens.

Notre pays est souvent vanté pour son multiculturalisme. Qu’est-ce qui vous émerveille avec ce multiculturalisme mauricien ?

Nous jouissons d’une grande diversité de traditions culturelles avec la colonisation anglaise et française, l’arrivée des immigrants indiens, chinois, africains… Tout cela m’a permis de découvrir d’autres cultures et d’autres façons de vivre. C’est très enrichissant !
La cuisine mauricienne est d’une telle richesse de par notre diversité culturelle. Nous célébrons désormais plusieurs fêtes au niveau national. C’est ce qui confère à Maurice son cachet si particulier.

Par temps de tensions sociales où notre vivre-ensemble est mis à l’épreuve, qu’est-ce qui peut nous ramener ensemble dans l’unité ?

Je me souviens des émeutes de Février-99. Je pense que les gouvernements ont beaucoup fait pour calmer les tensions sociales à travers les interactions interculturelles. L’interculturel participe à la construction d’une nation. Je dirais que nous sommes davantage multiculturels à Maurice.

Justement, les spécialistes en la matière nous invitent à dépasser le multiculturalisme, à ne pas se contenter de vivre l’un à côté de l’autre, mais d’embrasser vraiment l’interculturel, c’est-à-dire, partager ce que nous vivons et vivre ce que l’autre vit ; rentrer dans les chaussures de l’autre… Voyez-vous des expériences telles autour de vous ?

Je suis tout à fait d’accord. Il y a eu cet élan de rapprochement entre les diverses cultures à travers les fêtes nationales, les congés fériés permettant à tous les Mauriciens de participer à la fête qui est célébrée comme le pèlerinage au tombeau du Bienheureux Père Laval ; le pèlerinage au lac sacré de Grand’Bassin ; l’abolition de l’esclavage ; la fête de la Lumière et la fête du Printemps.

Ensuite, il y a les centres culturels qui participent dans ce sens. Cette démarche d’aller vers l’autre permet de mieux le comprendre, comment il pense. Cela nous apporte une ouverture d’esprit et nous apprend à être plus tolérants. Quand nous sommes à l’étranger, nous pouvons sentir notre identité mauricienne de manière encore plus forte. Quand nous croisons d’autres Mauriciens d’autres cultures ailleurs, nous nous reconnaissons. Nous sommes perçus comme un pays jouissant d’une stabilité sociale et politique. Quand nous nous comparons avec des pays en guerre, nous réalisons combien nous sommes chanceux de connaître la paix.

Pour conclure, à quoi le 12-Mars devrait-il nous inviter dans notre rôle de citoyen mauricien ?

Le 12 mars nous appelle à vivre comme un seul peuple, une seule nation. Cela devrait nous rappeler l’unité dans la diversité. Dans mon enfance, j’ai reçu des valeurs comme le respect d’autrui, l’acceptation de la différence de l’autre. Il faut maintenant transmettre ces valeurs chez les jeunes.

ZIBYA ISSACK (docteure en littératures francophones) :

« La diversité est un fait, la tolérance se cultive »

Nous venons de célébrer le 56e anniversaire de l’Indépendance de notre pays et le 32e anniversaire de son accession au statut de République. Quelle importance le 12-Mars revêt-il pour vous depuis votre enfance jusqu’aujourd’hui ?

Depuis que je suis toute petite, mes parents m’ont appris deux choses : la diversité et la tolérance. La diversité est un fait. La tolérance se cultive. À Maurice, nos croyances religieuses diffèrent mais la tolérance fait partie de la normalité. Pour moi, le 12-Mars me rappelle la tolérance dans la différence.

Comment vivez-vous votre identité de citoyenne mauricienne et quels sentiments cette citoyenneté suscite-t-elle chez vous ?

Je suis née à Maurice et je suis libre. Je porte le voile. Ici, chez nous, nous sommes libres. Libres de porter ce que nous voulons. Nous respectons les belles femmes en sari, en jolies jupettes comme nous respectons les femmes qui portent le voile.
Pas de débat stérile puisque c’est le signe d’un choix fait en toute liberté sur le sol de la République. Cela revient à dire que la liberté à Maurice est un héritage qu’il faut chérir. Quelle chance que de vivre dans une île qui donnerait bien la leçon aux grandes nations d’aujourd’hui !

Notre pays est souvent vanté pour son multiculturalisme. Qu’est-ce qui vous émerveille avec ce multiculturalisme mauricien ?

Le multiculturalisme se trouve dans la spontanéité, dans la simplicité. L’entraide chez nous est instinctive malgré les différences communautaires. Il y a ce besoin d’aller vers son prochain ; un lift, mowsi ? Je porte votre tente, Kala ? Je vous cède ma place dans le métro, tonton ! Notre peuple a toujours su cultiver l’esprit de concorde. Il s’agit de la responsabilité face à la dignité humaine.
Lors des inondations ou lors d’un cyclone, les Mauriciens, riches ou pauvres, sont tous unis dans la même douleur, dans le même cauchemar, dans le même élan de débrouillardise. Pour moi, c’est bien cela le vrai multiculturalisme mauricien.

Les spécialistes invitent à dépasser le multiculturalisme, à ne pas se contenter de vivre l’un à côté de l’autre, mais d’embrasser vraiment l’interculturel, soit partager ce que l’on vit et vivre ce que l’autre vit ; rentrer dans les chaussures de l’autre… Voyez-vous des expériences telles autour de vous ?

C’est dans la diversité que se trouve toute la beauté de notre île. Comprendre ce que l’autre vit, respecter ce que l’autre vit, tout cela fait déjà partie de l’inconscient collectif des Mauriciens. Se côtoyer tout en respectant la foi de son prochain est essentiel.
Vous savez, lors de mon pèlerinage à la Mecque, une étrangère assise à côté de moi m’a demandé : c’est quoi la religion chez vous ? Je lui ai dit que chez nous il y en avait plusieurs. Elle m’a demandé : mais comment faites-vous pour vivre ensemble sans vous bagarrer ? J’ai souri et je lui ai dit : venez à Maurice et vous comprendrez tout !
J’ai aussi beaucoup appris de mon père, feu Reza Issack, depuis ma tendre enfance. Je retiendrai toujours ses paroles : « nul n’est supérieur à son prochain. C’est notre foi et la façon dont nous la vivons qui déterminent notre grandeur. L’une des meilleures façons de défendre sa foi, c’est de l’embellir par son comportement envers les autres ».

Que gagne-t-on à faire immersion dans la culture de l’autre ?

Je pense tout bonnement ici à cette cuisine mauricienne si bien métissée dont nous nous raffolons tous. Le plat préféré d’un sino-Mauricien peut être le briani et celui d’un hindou, le riz cantonais. Parallèlement, lors des fêtes, nous attendons impatiemment les friandises de ses voisins.
En parlant de voisins, sachez que le bon voisinage est une preuve solide de l’interculturalité. Je pense encore à mon enfance passée aux côtés de mes voisins Nathalie et Vivian. En l’absence de mes parents, Mireille et Albert, leurs parents, s’occupaient de nous. Mes parents en faisaient de même. C’est dans la différence que nous apprenons à mieux connaître les autres et à mieux se connaître.

Par temps de tensions sociales où notre vivre-ensemble est mis à l’épreuve, qu’est-ce qui peut nous ramener ensemble dans l’unité ?

Il faut comprendre que nous sommes condamnés à faire un cheminement ensemble. Il était une fois et même plus d’une fois, un navire a jeté l’ancre dans nos eaux. Le destin de l’île Maurice allait être marqué par la présence des gens des quatre coins du monde. Si nos ancêtres ont pu coexister, pourquoi pas nous ?
Nous avons aussi beaucoup à apprendre de nos enfants. Lorsqu’on est enfant, on se ressemble, on mord dans le même pain et on boit dans la même bouteille. Zéro barrière. 100 % tolérance. Si aujourd’hui nous pouvons encore apprendre de nos enfants, alors redevenons vite comme eux.

Pour conclure, à quoi le 12-Mars devrait-il nous inviter dans notre rôle de citoyen mauricien ?

Le 12-Mars signifie certes l’indépendance mais aussi l’interdépendance. L’un a besoin de l’autre. Au travail, en commerce, dans notre voisinage, nous sommes tous interdépendants. 2020 peut être considéré comme un véritable rappel.
Le COVID nous a appris que la vie est fragile. Nous avons compris que nous étions interdépendants. Nous avons reconnu notre impuissance face à l’imprévisible et l’invisible. À bas la vanité. À bas les préjugés. L’homme qui conduit aujourd’hui une belle voiture pourra demain être conduit par une ambulance. Votre enfant que vous empêchez de fréquenter l’enfant d’untel pourrait un jour bénéficier du don de sang de cette personne que vous méprisiez plus tôt. Comprenons une fois pour toutes que l’homme qui vit aujourd’hui dans un palais reposera demain dans une tombe et que chaque pas dans la vie est un pas vers la mort. N’est-il pas temps de valoriser l’interdépendance pour consolider le sens même du mauricianisme ?

KWANG POON (East Meets West Association):

« Pas dans les discours castéo-communalistes »

Nous venons de célébrer le 56e anniversaire de l’Indépendance de notre pays et le 32e anniversaire de son accession au statut de République. Quelle importance le 12-Mars revêt-il pour vous depuis votre enfance jusqu’aujourd’hui ?

Le 12-Mars est vraiment une date très importante dans le calendrier des festivités. Si nous analysons la liste officielle des congés publics, mis à part la fête du Travail, et peut-être, le Nouvel An, toutes les autres fêtes ont trait à une religion ou une communauté.
En ce sens, le jour de l’Indépendance est vraiment la fête nationale par excellence qui offre une opportunité pour la convergence des énergies positives vers l’édification graduelle mais inéluctable de la nation mauricienne. Pour illustrer cette évolution, je me rappelle que dans mon enfance, mon père disait que la Chine est sa patrie paternelle, alors que Maurice est sa patrie maternelle.

A mon tour, la Chine est mon pays ancestral et Maurice est mon pays natal. Quand je parle aux jeunes, ils se considèrent primo comme Mauriciens, ensuite ils évoquent leur identité ancestrale, leur héritage linguistique ou autre.

Comment vivez-vous votre identité de citoyen mauricien et quels sentiments cette citoyenneté suscite-t-elle chez vous ?

Je note que le concept de l’identité mauricienne n’est pas une idée figée mais qui évolue avec le temps. Je suis très reconnaissant envers ma patrie pour m’avoir éduqué et m’avoir offert les opportunités qui ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui.
En même temps, je suis fier de ce que ma patrie a pu accomplir en un si court laps de temps, quoiqu’il ne faut certainement pas se reposer sur ses lauriers. Rappelons que des experts étrangers – détenant des Prix Nobel – ne vendaient pas cher notre peau à l’aube de notre indépendance. Il faut retracer le chemin accompli afin de baliser un avenir prospère tout en tenant compte du nouvel ordre mondial qui se profile à l’horizon.
Étant un petit État insulaire, Maurice se doit d’entretenir et de maintenir de bonnes relations avec les puissances historiques et émergentes.

Notre pays est souvent vanté pour son multiculturalisme. Qu’est-ce qui vous émerveille avec ce multiculturalisme mauricien ?

En tant que Mauricien, nous vivons le multiculturalisme dans notre quotidien. Cependant, beaucoup d’étrangers en visite à Maurice notent avec émerveillement cette cohabitation harmonieuse qui paraît aussi naturelle que surprenante. Cela dit, j’ai noté que notre multiculturalisme fluctue à un niveau superficiel.
Si vous me permettez une analogie culinaire, la nation mauricienne est comme une salade polychromatique de fruits. Mais ces fruits se juxtaposent sans fusionner.
Pour appliquer une métaphore artistique, la nation mauricienne est souvent décrite comme la nation arc-en-ciel. Mais là encore, les couleurs se côtoient mais demeurent une mosaïque. J’ai donc émis une nouvelle métaphore pour parler de la nation briyani. En effet, dans ce fameux plat tant apprécié des Mauriciens, les épices sont combinées pour donner au plat cette saveur riche et complexe qui fait du biryani, le briyani !
Si j’ose pousser cette analogie culinaire plus loin, je dirais que le mauricianisme serait ce nouveau chef d’œuvre qui saura emprunter allègrement et combiner savamment les meilleures propriétés de chacun de ses composants.

Les spécialistes invitent à dépasser le multiculturalisme, à ne pas se contenter de vivre l’un à côté de l’autre, mais d’embrasser vraiment l’interculturel, soit partager ce que l’on vit et vivre ce que l’autre vit ; entrer dans les chaussures de l’autre … Voyez-vous des expériences telles autour de vous ?

Le terme multiculturalisme met l’accent sur nos origines diverses, notre multitude de langues, de religions, et autres traditions. Encore une fois, si nous restons dans la cuisine, je dirais qu’au niveau culinaire, le multiculturalisme a déjà fait place à l’interculturel.
Pour illustrer mes dires, le mine bouilli gros pois ou le riz frit poisson salé, seraient le résultat de cette joyeuse expérimentation avec les recettes traditionnelles pour arriver à cette nouvelle cuisine fusion, donc mauricienne.
Au niveau musical, il y a bien eu l’émergence du seggae qui est la fusion du séga avec le reggae.
Je note donc que le mauricianisme semble se frayer un chemin dans la direction générale de l’interculturalisme. N’oublions pas que la langue kreol, même si étant largement basée sur le français, a su enrichir son vocabulaire en empruntant des mots et expressions d’autres langues.

Que gagne-t-on à faire immersion dans la culture de l’autre ?

A priori, aller vers l’autre requiert une certaine ouverture d’esprit tout en respectant autrui. En se mettant dans les souliers de l’autre, on fait l’expérience d’une autre culture et cela nous permet d’enrichir notre vécu et d’apprécier les différentes approches dans les pratiques et rituels. Cela nous force à développer une perspective moins étroite et permet d’éviter l’ethnocentrisme qui peut mener à des préjugés et autres idées malsaines.
Aussi, cela permet une certaine osmose d’idées ou échange culturel qui nous enrichit invariablement. La East Meets West Association dont je suis le fondateur œuvre d’ailleurs en ce sens.

Par temps de tensions sociales où notre vivre-ensemble est mis à l’épreuve, qu’est-ce qui peut nous ramener ensemble dans l’unité ?

Notre vivre-ensemble serait une stratégie de survie dans une société pluriethnique afin de garantir une certaine harmonie et stabilité sans lesquelles aucun développement socio-économique ne serait possible.
C’est pourquoi il faut à tout prix préserver ce fragile tissu social qui ressent parfois des tensions ou qui doit traverser des cyclones. À ce sujet, nous nous approchons d’une échéance électorale et il faut rester vigilant quant à certaines dérives communales. Là encore, il faut faire confiance au ‘peuple admirable’ qui ne tombera pas dans le piège des pyromanes.
Restons dans la logique électorale, il semblerait que les Millenials et la Gen Y ne se retrouvent pas dans les discours castéo-communalistes. Une approche de Sak zako protez so montagn aurait du mal à séduire cette frange de la population qui comprend une part non négligeable de l’électorat.

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