Les travaux de la Court of Investigation pour faire lumière sur le naufrage du MV Wakashio se sont poursuivis hier avec l’audition de Mono Bunwaree, ex-Senior Lecturer en Mathematical Physics a l’Université de Maurice. Se basant sur les faits et la position du vraquier au moment de l’échouage, Mono Bunwaree estime que la thèse que « le naufrage ait été délibéré » ne doit pas être écartée, impliquant dès lors qu’il pourrait ne pas s’agir d’un accident. « Si le navire était vraiment à la recherche de Wi-Fi, il aurait longé la côte pour chercher le réseau, et ne se serait pas dirigé directement sur les récifs dans une direction de 90° », a-t-il déclaré.

Mono Bunwaree, déposant en tant que simple citoyen, a expliqué que quelques jours après le naufrage, il s’était rendu à Pointe-D’Esny pour « voir le navire » en compagnie de quelques amis. Et c’est la position de l’embarcation qui avait tout d’abord attiré son attention. Le navire, dit-il, était à 90 degrés. « Ce qui m’a frappé, c’est la façon dont le navire avait touché les récifs. It was head in the reefs », soutient l’ancien Senior Lecturer. Plus tard en lisant certaines publications sur le trafic maritime, il en est arrivé à la conclusion que le naufrage aurait pu avoir été causé « de manière délibérée ».

Mono Bunwaree a alors expliqué, pour soutenir sa thèse, que plusieurs faits et événements ont tendance à démontrer que le naufrage n’était pas un accident. Il souligne ainsi que le navire avait dévié de sa trajectoire initiale « depuis le début », ajoutant que jusqu’à l’heure, on aura eu droit à plusieurs versions contradictoires sur le fil des événements. « Au début, on voulait faire croire que le bateau avait changé de direction en raison du mauvais temps. Par la suite, c’était devenu une “mechanical failure”. Après, on est venu faire croire que le naufrage résultait de la négligence du capitaine. Et là, on essaie d’établir les causes justifiant un accident », dit-il.

Mono Bunwaree rappelle que « la mer est vaste », et que par conséquent, il est difficile pour un navire de se diriger tout droit sur des récifs dans un angle de 90°. Sans compter, dit-il, que si le capitaine était vraiment à la recherche de Wi-Fi, comme il l’a avancé, « il aurait longé la côte pour capter le réseau, et ne se serait certainement pas dirigé directement sur les récifs ».

Code Wi-Fi

Un autre aspect qui, selon lui, devrait intéresser les enquêteurs est le fait que pour avoir accès au Wi-Fi, il aurait fallu en avoir le code. « Le Wi-Fi n’est pas accessible sans un code, à ce que je sache. Même si des navires se servent de Maurice comme relais, il faudrait peut-être enquêter pour savoir si l’Internet est accessible gratuitement en mer. D’ailleurs, j’avais lu dans un article que le gérant du MV Wakashio fournissait l’Internet gratuit à bord. La cour devrait vérifier ces informations », poursuit-il.

Mono Bunwaree est de fait d’avis que l’on devrait vérifier certaines informations données par l’équipage, car nombre d’entre elles, dit-il, « semblent être des histoires montées de toutes pièces ». Il fait notamment allusion au fait que le jour du drame, « il n’y avait pas de “look-out” pour veiller, alors que le navire s’approchait des récifs ». Chose qui aurait dû être « primordiale pour un capitaine en train d’approcher de nos côtes à la recherche d’un réseau » de communication, estime-t-il. « Étrangement, ce jour-là, ils ont décidé de dire au “look” de descendre et de quitter son poste pour se joindre à la fête. »

L’ancien Senior Lecturer a également attiré l’attention de la cour sur le fait que le capitaine n’avait pas contacté les autorités pour demander l’autorisation avant d’entrer dans nos eaux territoriales. Et de poursuivre : « Puisque nous ne savons pas quelles étaient les motivations du capitaine, nous cherchons à trouver les causes de l’accident. But we should not jump to conclusions. Pour moi, c’était délibéré ! »

Mono Bunwaree a par ailleurs fait allusion au fait que malgré le fait que la National Coast Guard ait affirmé avoir effectué plusieurs appels, il n’y avait aucun appel traçable sur la boîte noire ni le système satellitaire. Tenant compte que le bateau a changé de direction, il est de fait d’avis que le navire a foncé directement sur les récifs de manière délibérée. « Même avec un “set square”, on n’aurait pas pu avoir un angle de 90° comme l’a fait navire », dit-il. Aussi il ne peut s’agir, selon lui, d’un accident. D’après les faits, souligne-t-il, « la logique tend à démontrer une manœuvre délibérée ».

Covid Safe

À une question du panel, qui cherchait à savoir quelles auraient alors pu être les motivations d’une action délibérée, Mono Bunwaree a dit ne pas vouloir faire de spéculations, indiquant malgré tout la possibilité qu’un tel acte pourrait être lié aux conditions de membres de l’équipage. « Beaucoup d’entre eux ont passé presque un an sur ce navire. Sur leur trajet, il n’y avait aucun pays où il pouvait avoir accès en raison de la situation sanitaire due à la pandémie. Le Brésil et l’Afrique du Sud étaient alors complètement fermés. Ces personnes auraient eu à passer encore plusieurs mois à bord. Et Maurice, qui était sur leur trajet, était alors le seul pays Covid-Safe », souligne Mono Bunwaree.

« Pensez-vous que le capitaine, qui gagne USD 10 000 par mois et compte 25 ans de carrière, aurait mis sa licence en péril pour ces raisons ? » lui ont alors demandé les assesseurs. « S’il avait eu USD 10 millions pour le faire, peut-être que oui », a répliqué l’ancien Senior Lecturer.