Le 29 mai 2020, 137 employés ayant cumulé plus de 400 mois de travail chez Air Mauritius ont reçu une lettre leur proposant de prendre une retraite anticipée dans le cadre d’un plan de restructuration mis en place par les administrateurs de la compagnie. Dans certains cas, ces lettres ont été remises en mains propres aux employés concernés… par les chefs qui faisaient eux-mêmes partie de cette première charrette de sacrifiés avec, à la clef, une clause qui ressemblait étrangement à du chantage : si vous ne signez pas, leur fit-on savoir, “le management se réserve le droit de vous référer au Redundancy Board et vous risquez de ne recevoir tout au plus un mois de votre salaire comme compensation et vous aurez à attendre vos 65 ans pour recevoir votre pension”.

La lettre mentionnait cependant que “necessary action will be initiated with Swan Pension Ltd for the payment of your pension benefits“ et ils étaient invités à “liaise with the Pay Office to this end.” Mais au deuxième paragraphe d’un mail envoyé à tous ceux concernés le 24 juin 2020 par les administrateurs, ces derniers invitaient les retirees (sic) à contacter les Trustees de leurs plans de pension pour savoir quand et comment ils allaient recevoir leurs pensions.

Un mois plus tard, ils ne volaient plus. On poussa même la cruauté jusqu’à leur demander de venir rendre en personne leurs valises et leurs uniformes ! Ce n’était que le début d’un très long calvaire. La majorité d’entre eux s’empressèrent d’apposer leurs signatures au bas de la lettre, d’autant que le 1er juin 2020, l’administrateur avait publiquement laissé entendre que ces employés — déstabilisés par cette soudaine mise à pied déguisée — allaient toucher l’intégralité de leurs pensions.

Mais ils n’étaient pas au bout de leurs peines. Les Trustees du fonds de pension décidèrent alors d’organiser une réunion avec les retirees en présence des représentants de la Swan, les administrateurs du fonds de pension qui se révéla contre toute attente totalement déficitaire. Pour résumer, il y manquait plusieurs milliards…

Full pension au lieu d’une reduced pension

S’ensuivit alors un échange de mails pour essayer de décanter une situation de plus en plus trouble et confuse et, 28 jours plus tard, les Trustees firent une proposition aux retirees en présence des représentants de la Swan Pension : si vous voulez qu’on vous considère comme des pensionables, vous devez accepter une full pension au lieu d’une reduced pension… en attendant la fameuse Watershed Meeting. Mais en prenant soin de préciser, “on ne peut pas garantir que votre lump sum sera payée.”

Entre-temps, les administrateurs annoncent la tenue d’une Watershed Meeting pour décembre 2020, mais en attendant la tenue de celle-ci, “the measures in place are to make monthly pensions to you”, parce que “the company does not have sufficient cash to enable lump sum payments to be made”. Autrement dit, n’espérez pas trop toucher votre lump sum avant la tenue de la Wartershed Meeting, qui fut renvoyée trois fois avant de se tenir le 28 septembre.

Ainsi, d’autres personnes qui prirent leur retraite avant l’âge de 65 ans s’en allèrent avec l’intégralité de ce dont ils avaient droit, les héritiers d’employés décédés en service touchèrent leurs dus… C’était à n’y rien comprendre. Devant de telles incohérences, certains décidèrent de guerre lasse d’écrire au Premier ministre pour essayer de trouver une solution. Peine perdue : leur courrier restera lettre morte.

Résultat des courses : l’opinion publique se réjouit à juste titre depuis quelques jours que de brillants et jeunes pilotes mis violemment au rencart par l’administrateur pour des motifs financiers ont été réintégrés par ce même Premier ministre, mais les “retraités de la première heure” attendront encore. Combien de temps encore ? Il ne savent toujours pas à ce jour. Recevront-ils un jour leur lump sum, voire une fraction ?