Les Mauriciens auront l’occasion de découvrir ou de redécouvrir une vingtaine de sites de leur patrimoine culturel et naturel ce week-end, à l’occasion du week-end du patrimoine organisé par le National Heritage Fund (NHF), sous l’égide du ministère des Arts et du Patrimoine culturel en collaboration avec la direction de ces sites. Un événement qui marque la célébration de la Journée internationale des sites et des monuments le 18 avril. Cette année, l’ICOMOS (Conseil international des sites et des monuments) a choisi le thème “La sauvegarde des lieux face aux effets du changement climatique”.
Parmi les sites les plus populaires, on retrouve la State House, aussi connue comme le château de Réduit et l’Hôtel du gouvernement. Deux sites qui s’ouvrent au public en des occasions spéciales. À Réduit, le public pourra traverser le salon où ont lieu des cérémonies officielles et solennelles comme la prestation de serment du Premier ministre et des ministres à la suite de la nomination des membres d’un nouveau gouvernement après les élections législatives tous les cinq ans. Il pourra ensuite visiter le jardin qui se trouve dans un cadre exceptionnel et se promener jusqu’au lieu-dit Le bout du monde, qui donne sur une magnifique vallée verdoyante.
Autre temps fort de ce week-end, la visite de l’Hôtel du gouvernement. La construction de ce bâtiment, considéré comme l’un des plus beaux de Maurice, a démarré en 1729 sous le gouverneur français Nicolas Maupin. En 1735, Mahé de Labourdonnais décide de l’agrandir en y ajoutant le premier étage. Cependant, c’est en 1863, à la suite de six années de travaux entrepris par le gouverneur anglais Robert Townsend, que le bâtiment prend sa forme actuelle.
En 2010, le gouvernement d’alors décide d’entreprendre des travaux de rénovation qui dure deux ans. Si au départ, le projet concernait environ 35% de l’ensemble de l’édifice avec la rénovation et le remplacement de quelques planches, le Resident Project Manager, Dharam Bunjun, devait affirmer au Mauricien, qu’une fois les travaux commencés, « on s’est rendu compte très vite de la nécessité de remplacer toute la structure en bois qui s’est avérée être dans un très mauvais état ». Ainsi, à ce jour, « seules les colonnades en pierre sont d’origine puisque tous les bois du bâtiment ont été remplacés ». Ce week-end, le public pourra marcher dans la cour de ce bâtiment, découvrir le ballroom et le Parlement.
Tous les musées nationaux, qui d’habitude sont fermés le week-end, seront ouverts : le National History Museum au Mauritius Institute à Port-Louis, le SSR Memorial Centre, rue Desforges à Port-Louis (l’ancienne résidence de Sir Seewoosagur Ramgoolam), le musée postal à Port-Louis (ouvert jusqu’à midi, dimanche), le National History Museum de Mahébourg, le musée Frederik Hendrik, à Vieux-Grand-Port, le musée Robert Edward Hart à Souillac, le musée Sookdeo Bissoondoyal à Tyack et l’International Slavery Museum abrité par l’ex-hôpital Militaire, à proximité de l’Aapravasi Ghat. Quand au musée privé de l’Aventure du Sucre, il offre des tarifs spéciaux aux adultes, aux enfants et aux personnes âgées durant ce week-end spécial.
Les deux sites du patrimoine mondial de l’Unesco, soit l’Aapravasi Ghat et Le Morne, l’International Slave Route Monument, seront aussi ouverts au public. L’Aapravasi Ghat Trust Fund propose, quant à lui, différentes activités pendant ces deux jours. Les autres sites qui seront ouverts sont : La Citadelle, la Tour Koenig, qui a récemment été rénovée et qui accueille régulièrement des expositions temporaires, les ruines de l’usine sucrière de Belle-Mare, les ruines de la prison de Belle-Mare, les Old Labourers Quarters de Trianon, qui accueillent en ce moment une exposition de l’artiste Ismet Ganti intitulé Heaps and stacks et la Tour Martello, à La Preneuse. Celle-ci sera ouverte ce samedi de 9h à 14h et dimanche jusqu’à 13h.
Le public pourra également se promener au parc national de Bras-d’Eau et au jardin botanique de Pamplemousses où il aura l’occasion d’admirer un talipot en floraison. Ce palmier fleurit une fois dans sa vie et meurt par la suite. Connu comme un palmier centenaire, le talipot vit entre 30 et 80 ans. Les sites seront ouverts de 9h à 16h, sauf indication contraire et l’entrée est gratuite.
Aapravasi Ghat : des activités pendant le week-end
L’Aapravasi Ghat, site mauricien classé patrimoine mondial de l’Unesco pour sa valeur universelle exceptionnelle d’avoir servi à la « grande expérience », du gouvernement britannique qui y emmena presque un demi-million de travailleurs sous contrat entre 1834 et 1920, accueillera le public pendant tout le week-end. Outre la visite du centre Bikramsingh Ramlallah, il organisera des ateliers de construction, à la manière dont cela se faisait dans le temps, à l’intention des enfants de 7 à 14 ans.
Dans l’idée de sensibiliser les enfants de trois à cinq ans à cette période de l’histoire mauricienne, des ateliers de lecture de l’album Rajah à l’Aapravasi Ghat, signé Annouchka Ramchurrun, auront également lieu. Dimanche, ceux qui souhaitent faire l’expérience du Heritage walk pourront s’y adonner. Rendez-vous est donné à l’Aapravasi Ghat. Ils marcheront jusqu’au Caudan.
L’Aapravasi Ghat Trust Fund accueille également deux expositions ces jours-ci. La première au siège de l’Aapravasi Ghat à Trou-Fanfaron et l’autre au Labourers’ Barracks, à Trianon. À Trou-Fanfaron, les visiteurs pourront se familiariser avec l’histoire des Tamouls à Maurice à travers une exposition de photos et de peintures intitulée Tamil cultural heritage in Mauritius : 1735-2023. Les 26 tableaux montrent tout l’art folklorique tamoul, la musique, la langue, la littérature, la peinture, la cuisine, les traditions et la philosophie. Cette exposition a été inaugurée le 8 avril à l’occasion du Nouvel An tamoul et des 55 ans de l’indépendance de Maurice et prend fin ce dimanche. Il s’agit d’une collaboration de l’Aapravasi Ghat Trust Fund et du Mauritius Tamil Cultural Centre Trust.
À TRIANON | Heaps and stacks
Ismet Ganti : « Pas des œuvres d’art mais des manifestes »
Heaps and stacks est l’intitulé de l’exposition que propose l’artiste Ismet Ganti depuis mercredi aux Old Labourers’ Quarters à Trianon. D’emblée, il précise : « Les choses exposées, je ne les appelle pas des œuvres d’art mais des manifestes ». C’était dans une déclaration au Mauricien, à l’occasion de l’ouverture de l’événement dans ce cadre historique exceptionnel, mercredi dernier.
Frôlant le radical art, comme il le souligne, Ismet Ganti dira qu’il ne fait pas de l’art avec Heaps and stacks mais que « chaque pièce relève d’une investigation, pose des questions, et interpelle celui que la regarde ». Il poursuit que son action artistique a un but philosophique, sociétal ou politique et que cette manifestation comporte trois éléments : un lieu qui interpelle car méconnu de la majorité des Mauriciens ; un texte qu’il diffuse et les choses exposées.
Ismet Ganti qui est en réflexion permanente concernant la société et le système actuel veut à travers cette exposition, qui est une continuité de ses actions, dénoncer « un système qu’il trouve aberrant », car l’économie telle qu’elle est « amène la destruction ». Il déplore qu’aujourd’hui, « l’école forme les jeunes au monde du travail pour répondre aux besoins économiques et non pour le savoir et la connaissance ».
À travers cette exposition, Ismet Ganti tente d’amener les visiteurs à une réflexion, parfois à un voyage, notamment avec l’exposition de ses billets d’avion et des lieux qu’il a visités. Il affirme n’avoir jamais voyagé pour faire du tourisme mais seulement pour des expositions et pour découvrir des peuples.
Cependant, concède-t-il, il fait partie du système et le dénoncer ne le dédouane pas. Idem pour son questionnement sur la consommation. Et du coup, il estime que « cela ne devrait pas être le cas ». Il donne l’exemple : « J’achetais des petites bougies, mais après j’ai vu que c’était une connerie, car en les achetant, je perpétuais un système que je dénonçais et j’ai arrêté ». “The world is not a market place”, écrit-il sur une des pièces installées. « Le monde est devenu un marché et c’est aberrant », dit-il. Ismet Ganti se réjouit que, par le plus pur des hasards, son exposition coïncide avec la tenue du week-end du patrimoine.

