Le confinement pour les résidents de la cité Malherbes et ses alentours est vécu comme dans n’importe quelle région de la zone rouge. Mais avec un peu plus d’inquiétude… Quant aux familles squatters du dernier confinement, elles ne dorment pas le ventre vide, nous assure-t-on.

Quatrième cluster de Curepipe avec une quinzaine de cas positifs à la Covid-19, la cité Malherbes, comme toutes les régions de la ville, vit au rythme du confinement, sans pour autant qu’elle soit coupée du centre. Sacs d’achats en mains ou pochettes de ciments sur le dos pour des résidents croisés dans une rue de la cité ; d’autres, debout attendant un transport pour se rendre à Curepipe, les habitants de Malherbes s’acquittent des tâches et des sorties autorisées avant de regagner leur domicile. Un véhicule de la police s’affaire au paiement de la pension pour des bénéficiaires. «Lizinn kot inn gagn Covid-la, lao net sa», nous dit un résident à l’entrée de la cité. Située dans une petite zone, en retrait, mais très habitée, l’usine Creasim est spécialisée dans la confection de décoration alimentaire pour la pâtisserie. Pas de bande jaune pour isoler le foyer de contamination où travaillent environ 200 personnes. François Antonio, travailleur social de Malherbes, est dépité : «Pourquoi les autorités n’ont pas pensé à limiter l’accès au bâtiment ?» se demande-t-il. Qui plus est, l’usine fait face à des habitations et n’importe qui peut s’en approcher.

Dans la cité, on évoque aussi un manque d’information sur l’état de santé des employés de l’usine qui résident dans le quartier, d’autant qu’avant d’être placés en quarantaine, ils avaient eu pour instruction de s’isoler chez eux. Certains auraient fait fi des recommandations pendant plusieurs jours. Dans des maisons, l’inquiétude s’accroît au fur et à mesure que des nouvelles tombent sur les collégiens de la zone rouge testés positifs ou dirigés en quarantaine.

« Lève, fer louvraz, kwi, ekout lamizik… »

Parmi les quelque 1200 familles que compte la cité Malherbes, de nombreux adolescents sont scolarisés dans des collèges dont certains élèves ont été contaminés et voyagent dans les mêmes autobus. «Ma fille est dans la classe d’une élève testée positive et s’assoit devant elle pendant les cours. Ce n’est que mercredi, avant que ne se rende au collège pour prendre son emploi du temps, qu’elle a appris la nouvelle, confirmée par l’école», raconte une habitante qui tient un petit commerce. «Du coup, je ne sais pas si elle va bien ou si moi-même je n’ai pas été contaminée», dit-elle.

Une autre résidente confie: «C’est une situation inquiétante pour nous, car on ne sait pas qui est infecté, alors que nous devons tous à un moment sortir de chez nous.» Une mère de famille raconte: «Dimans tanto ti ena lanbilans dan site. Li ti bien flipan parski lane dernie pa ti ena tou sala isi.» Dans un cluster, la vie en confinement doit suivre son cours, dit-elle, c’est-à-dire, «leve, fer louvraz, kwi, ekout lamizik, fer louvraz ki pa abitie fer, get televizion…» Toutefois, les habitants ne veulent pas que leur cité porte le stigmate de «cluster covid» à l’avenir.

De son côté, François Antonio ne croit pas que le quartier souffrira de préjugés. «Et à leur retour de la quarantaine, les familles non plus ne seront pas stigmatisées par leur voisinage», affirme le bénévole. La région de Malherbes compte aussi une trentaine de foyers qui dépendent de dons pendant ce confinement pour ne pas dormir le ventre vide. Parmi ces foyers, il y a les dix familles de squatters qui se sont installées sur les terres de l’Etat lors du premier confinement en mai dernier. «Ena ramas feray gramatin pou kapav manze tanto», explique François Antonio. Avant que les plus nécessiteux de Malherbes ne se retrouvent en grande difficulté, un élan de solidarité s’est manifesté spontanément.

«Nous avons beaucoup appris du précédent confinement. Un réseau de volontaires s’est constitué, avec notamment des organisations non gouvernementales et des nouveaux partis politiques. Nous avons recueilli des denrées alimentaires, nous avons fait des colis et les avons distribués. Aucune famille en situation de vulnérabilité économique de Malherbes ne passera le confinement sans avoir de repas», assure François Antonio.