La case de Bob a résisté au temps, au développement, aux cyclones et à l’adversité. En bordure de la route principale, cette maison en tôles et en bois recouverte d’une toiture en pailles de canne est enclavée au milieu des symboles de la modernisation de Tamarin. Dans la cour où gambadent de la volaille, des chiens, des oiseaux et aussi les fameux cabris de Tamarin les occupants racontent des souvenirs qui datent des années 30 tout en pensant à l’avenir. Occupant la dernière demeure traditionnelle du genre dans la région Neha et Bob Koobah y élèvent leurs trois enfants en aspirant à un bonheur simple et vrai. Ils nous sont ouverts les portes de leur case pour remonter le temps et parler du futur.

La maison n’est pas dotée de vitre

En bordure de la route côtière de Tamarin, après les premières salines, cette maison en tôles et en bois recouverte d’une toiture en pailles détonne avec le développement qui transforme le village depuis quelques années. Initialement entourée de légumes et de végétation sauvage, telle une oasis d’authenticité, la maison se retrouve désormais enclavée dans son nouveau voisinage luxueux. Mais peu importe, cette nouvelle configuration n’a pas impacté sur le mode de vie de la famille Koobah, dont le père, Bob est une figure très connue dans le village. Pêcheur, éleveur de cabris et de volaille, cet amoureux de la nature et des choses simples est fier d’être le dernier gardien de l’authenticité de Tamarin. D’antan une telle maison était loin d’être unique dans ce village de pêcheur. Désormais, les visiteurs venant d’autres parties de Maurice de même que des touristes s’y arrêtent régulièrement pour faire connaissance avec la famille et photographier ce dernier symbole d’une autre époque qui a résisté à bien des coups.

La paille protège.

Il y a eu les intempéries, les cyclones, la détérioration du matériel, des affaires portées en Cour et bien d’autres rafales qui se sont abattues sur la case de Bob. Mais : “Pour rien au monde je ne quitterai ma maison”, affirme l’homme qui nous reçoit dans l’une des pièces de sa demeure. Pas de vitres aux fenêtres et aux portes traditionnelles en bois; l’air y circule librement et la pesante chaleur ressentie à l’extérieur s’en retrouve neutralisée. Les feuilles de tôles ont été solidement coulées à des troncs d’arbre naturels récupérés des bois et offerts par le propriétaire des salines. Sur nos têtes une charpente en poutre et en bois maintient une nouvelle toiture installée il y a quelques semaines composée de plusieurs couches de pailles de cannes étroitement nattée. “Les ouvriers nous ont dits que cela tiendra encore 15 ans”, affirme Bob Koobah. Juste à côté son épouse Neha rassure : “Non, la maison ne coule pas. La paille nous protège de la pluie et de la chaleur.”

Neha Koobah nourrissant ses animaux

C’est la toute première fois que ces matériaux ont été utilisés pour la rénovation de cette maison qui a fait peau neuve à plusieurs reprises. “Les herbes et le bois qui étaient utilisés initialement ne sont plus disponibles. Auparavant, on en trouvait partout. Mon père, lui, savait comment natter cette paille et il refaisait lui-même la toiture.” C’est d’ailleurs avec cet homme que débute l’histoire de cette case encastrée dans le panorama de tamarin.
Une case construite dans les années 30.

Dans les années 30, M. Koobah avait quitté le nord à vélo pour tenter de trouver du travail dans cette partie de l’île. La propriétaire du terrain lui avait offert un poste comme jardinier, tout en lui cédant un beau morceau de terrain pour cultiver des légumes, élever des animaux et construire une maison. La maison avait alors été construite tel qu’on la connaît depuis et M. Koobah avait aussi débuté un élevage de cabris. C’est là qu’il décida de poursuivre sa vie.

La toiture vue de l’intérieur

Quatre fils naquirent dans cette maison après son mariage. Bob était le troisième fils. En ces temps de vaches maigres, dans un village tel que Tamarin, toute la famille devait souvent s’y mettre pour ramener quelques sous et du kari dans la marmite. À 8 ans, tout en poursuivant ses classes dans l’école du village Bob commença à pêcher et ramenait poissons et ourites à la maison. Ses frères avaient aussi pris de l’emploi tôt tandis que le père avait trouvé du travail dans le Village Hall. Ce centre, où l’une des rares télé du village était disponible, était au coeur des activités de rencontres et de loisirs. Parfois aussi, se souvient Bob, certains payaient un sou au Cheshire Home pour y aller visionner un film. L’homme se souvient aussi de la route abîmée, des activités intenses dans les salines, de l’eau portée aux maisons depuis la fontaine publique. Mais la vie n’était pas pour autant amère à Tamarin.

Les derniers tamariniers.

“Connaissez-vous le symbole du village?” demande Bob à sa nouvelle voisine qui vit dans un nouvel appartement chic du village. “C’est le tamarin”, explique-t-il en racontant que les tamariniers étaient nombreux ici auparavant. Il n’en existe plus que deux ou trois, l’un se trouvant précisant dans la cour à côté de la maison. Rentrés de leur balade quotidienne quelques cabris ont trouvé refuge à l’ombre du vieil arbre. Les poules et les coqs se sont installés en hauteur sur une structure de fer et les chiens reniflent les visiteurs. Neha et Bob ont conservé la tradition d’une cuisine externe dotée d’un foyer et d’un ros kari. C’est là que Neha prépare ses épices et que Bob fait frire les poissons qu’il rapporte. Il y a, certes, une plaque à gaz à côté du réfrigérateur à l’intérieur de la maison : “Mais nous aimons préparer au moins un kari au feu de bois. Inévitablement le goût est meilleur.”
Neha Koobah le précise : “Ce n’est pas que nous sommes contre la modernité. Nous avions le choix de vivre autrement. Mais, c’est ce style de vie qui nous plait.” Venant du nord, elle avait rapidement pris plaisir dans cette maison où Bob était resté vivre avec ses parents. Trois enfants sont nés de leur union. Les aînés sont au collège et la benjamine est toujours en primaire. Neha et Bob espèrent que les études aideront leurs enfants à avoir un bel avenir. Ils ne seront pas forcément pêcheurs et éleveurs comme lui, ou ne travailleront pas dan lacour comme elle. Et non plus ne seront-ils obligés de rester dans la maison familiale : “J’espère leur construire une maison en béton” dit Bob. Et même si ce projet se concrétise : “Mwa, mo pou res isi mem.”