Le procès de trois militants de Tiananmen s'ouvre à Hong Kong

Le procès pour atteinte à la sécurité nationale de trois militants qui organisaient chaque année des commémorations à Hong Kong de la répression de Tiananmen s'est ouvert jeudi.
Hong Kong, "région administrative spéciale" de Chine, a longtemps été le seul endroit du territoire chinois où il était possible de commémorer publiquement la répression sanglante, le 4 juin 1989, des manifestations pro-démocratie de la place Tiananmen, à Pékin.
Mais les autorités ont interdit les veillées depuis 2020, date à laquelle Pékin a imposé à l'ancienne colonie britannique une législation drastique sur la sécurité nationale, après les manifestations pro-démocratie massives, parfois violentes, de l'année précédente.
Les trois ex-dirigeants de l'Alliance de Hong Kong, organisation désormais dissoute, sont poursuivis pour "incitation à la subversion", et passibles d'une peine pouvant aller jusqu'à 10 ans de prison.
Quelque 70 personnes ont fait la queue jeudi matin pour entrer au tribunal de première instance de West Kowloon où des dizaines de policiers étaient déployés.

Simon Ng, un retraité, a noté que les veillées organisées par l'Alliance montraient à quel point le système politique de la ville était "fondamentalement différent de celui de la Chine continentale".
Le procès qui devrait durer quelque 75 jours se déroulera sans jury.
Les accusés Chow Hang-tung et Lee Cheuk-yan, détenus depuis leur arrestation en 2021, ont plaidé non coupable au début de l'audience. Le troisième, Albert Ho, a plaidé coupable.
L'Alliance avait à plusieurs reprises appelé à "mettre fin au régime de parti unique" en Chine, ce que les procureurs considèrent comme de la subversion, selon un document judiciaire publié mercredi.
Zhou Fengsuo, leader étudiant durant les manifestations de Tiananmen et qui vit désormais aux Etats-Unis, s'est dit "profondément inquiet" pour les trois militants, soulignant que les veillées de Hong Kong ont longtemps représenté "une source d'espoir, de justice (et) de réconfort".

"Ils ne font que défendre la vérité historique (...) ils représentent la conscience d'un Hong Kong libre qui a été supprimée", a-t-il déclaré à l'AFP.
Amnesty International a souligné jeudi que le procès constituait une nouvelle mesure pour réduire au silence la dissidence à Hong Kong.
"Cette affaire ne concerne pas la sécurité nationale — il s'agit de réécrire l'histoire et de punir ceux qui refusent d'oublier les victimes de la répression de Tiananmen", a déclaré Sarah Brooks, directrice régionale adjointe de l'organisation de défense des droits de l'homme.
Le juge hongkongais Andrew Cheung a affirmé lundi que la justice de Hong Kong ne traite "que le droit et les éléments de preuve, et non les questions sous-jacentes de politique".
- Trois décennies de veillées -
L'Alliance de Hong Kong a été fondée en mai 1989 pour soutenir les étudiants qui organisaient alors des rassemblements en faveur de la démocratie et contre la corruption à Pékin.
Le mois suivant, le gouvernement a envoyé des chars et des soldats pour écraser le mouvement de contestation du pouvoir sur la place Tiananmen. Cette répression sanglante est à présent strictement censurée par les autorités.
Au cours des trois décennies suivantes, l'Alliance a exhorté Pékin à reconnaître sa responsabilité dans ces événements, à libérer les dissidents et à adopter des réformes démocratiques.

L'organisation organisait chaque année, le 4 juin, des veillées aux chandelles qui rassemblaient des milliers de personnes dans le parc Victoria de Hong Kong, faisant office de baromètre des libertés politiques de la ville.
En 2021, l'Alliance a refusé de remettre aux policiers de la sécurité nationale de Hong Kong des informations sur les membres du groupe et ses finances, ce qui a déclenché des poursuites pénales à son égard.
Tang Ngok-kwan, un ancien membre de l'Alliance a indiqué à l'AFP espérer que le procès qui s'ouvre sera l'occasion de revisiter l'histoire.
"En disposant d'un espace pour débattre du développement constitutionnel de la Chine, j'espère que l'affaire aura un impact sur l'avenir", a-t-il déclaré.
Le procès de Tiananmen suit la condamnation le mois dernier du magnat des médias pro-démocratie Jimmy Lai.
Jimmy Lai a été reconnu coupable de complot en vue de collusion avec des forces étrangères, mais sa peine n'a pas encore été déterminée.


