Le premier déplacement à l'étranger de la présidente du Venezuela annulé à la dernière minute

Le premier déplacement à l'étranger de la présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodriguez, a été brusquement annulé jeudi, quelques heures seulement avant son arrivée prévue dans une ville frontalière en Colombie.

Le président colombien Gustavo Petro et son homologue vénézuélienne, tous deux sous pression de Washington, devaient discuter vendredi de la lutte contre le trafic de drogue, de l'achat de gaz vénézuélien et d'autres thèmes de coopération.

"Tout est annulé", a déclaré dans l'après-midi à l'AFP un responsable du ministère colombien des Affaires étrangères, sans donner de raisons, tandis que débutait le démontage des installations dans la ville colombienne de Cucuta, où devait se dérouler la rencontre.

"Pour des raisons de force majeure, les deux gouvernements ont décidé de reporter la tenue de la rencontre présidentielle à une date proche", a assuré en soirée le ministère vénézuélien des Affaires étrangères dans un communiqué, soulignant que "le président de la Colombie Gustavo Petro maintient son invitation" à la présidente par intérim.

"Les gouvernements de la Colombie et du Venezuela réitèrent leur volonté de renforcer la confiance, la coopération et les relations bilatérales, en favorisant les opportunités de développement et d'intégration", selon le texte.

Une source au sein de la présidence colombienne a indiqué à l'AFP que l'annulation était liée à des menaces sécuritaires, sans dire de quel côté de la frontière elles se trouvent.

De nombreux groupes armés, actifs dans le narcotrafic, opèrent à la frontière entre les deux pays, notamment la plus ancienne guérilla latino-américaine toujours en activité, l'Armée de libération nationale (ELN).

- L'ombre de Trump -

Mme Rodriguez, ancienne vice-présidente de Nicolas Maduro, capturé par les forces américaines début janvier, et Gustavo Petro, premier président de gauche de l'histoire de la Colombie, ont une relation différente avec Washington, mais tous deux font face à la pression de l'administration Trump.

Delcy Rodriguez a été sommée de redresser l'industrie pétrolière au moyen de réformes favorables aux intérêts américains. Le Venezuela, qui possède les plus importantes réserves de pétrole au monde, et les Etats-Unis viennent de renouer leurs relations diplomatiques, qui étaient rompues depuis 2019.

Washington demande à Gustavo Petro plus de fermeté contre le trafic de cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial et les Etats-Unis le premier consommateur.

Cette réunion était organisé avec en toile de fond l'influence croissante du président américain dans la région, selon plusieurs analystes.

Vicente Torrijos, analyste politique et ex-conseiller présidentiel sur les relations entre la Colombie et le Venezuela, souligne l'intérêt de Donald Trump à "transformer d'anciens adversaires en alliés fonctionnels".

M. Petro, qui ne peut se représenter à la présidentielle de mai mais fait campagne pour le maintien de la gauche au pouvoir, était autrefois allié de Nicolas Maduro et n'avait pas de mots assez durs pour critiquer Donald Trump. Désormais, il tente de se rapprocher du nouveau gouvernement vénézuélien, soutenu par les Etats-Unis.

Après plusieurs passes d'armes sur les réseaux sociaux, les relations exécrables entre MM. Trump et Petro se sont nettement apaisées depuis le début de l'année et la capture de Nicolas Maduro.

Jeudi, les deux dirigeants se sont parlés au téléphone, abordant "des questions énergétiques, des sujets de sécurité, les cultures illégales, le travail conjoint dans la lutte contre le narcotrafic, la relance économique à la frontière", a indiqué sur X le chargé de communication de la présidence colombienne.

Selon ce dernier, M. Trump "a souligné qu'il souhaite entretenir des relations plus étroites avec le chef d'Etat colombien".