Les Djiboutiens votent pour une présidentielle sans vrai suspense

Le président Ismaïl Omar Guelleh s'achemine, sauf énorme surprise, vers un sixième mandat à la tête de Djibouti, lors de la présidentielle organisée vendredi dans ce petit territoire stratégiquement situé, face à un unique adversaire peu connu.
A la tête depuis 1999 de l'un des pays les moins peuplés du continent (un peu plus d'un million d'habitants), celui que tout le monde appelle par ses initiales IOG a su faire fructifier cette position géographique, dans une Corne de l'Afrique par ailleurs troublée et théâtre de luttes d'influences étrangères.
Sur ses seulement 23.000 km2, Djibouti accueille des bases militaires et des contingents de cinq puissances (France, Etats-Unis, Chine, Japon, Italie), engendrant d'importants bénéfices financiers, mais aussi sécuritaires et politiques.

Cette ancienne colonie française où l'islam est religion d'Etat borde le détroit de Bab-el-Mandeb donnant accès à la mer Rouge depuis le golfe d'Aden et par lequel transite une grande part du commerce entre Asie et Occident.
Un peu plus de 256.000 électeurs sont appelés aux urnes, à partir de 06H00 (03H00 GMT), pour départager IOG et son unique adversaire, Mohamed Farah Samatar, président du Centre démocrate unifié (CDU) - parti sans élu au Parlement - et personnalité peu connue de ses concitoyens.
Les bureaux fermeront à 18H00 et les premiers résultats sont attendus dans la soirée.
Lors de la précédente présidentielle en 2021, largement boycottée par l'opposition, le chef de l'Etat a été réélu avec plus de 97% des voix.
Dans les rues de la capitale Djibouti-Ville, les affiches électorales vantent toutes les mérites d'IOG. Le visage de son adversaire est invisible.
"Je vais voter pour Ismaël Omar Guelleh, car il a un bon programme pour les jeunes, je ne connais même pas le visage" de son adversaire, indique Deka Aden Mohamed, chômeuse de 38 ans.
"Samatar, je ne l'aime pas", affirme de son côté Mohamed Ali, 51 ans, chauffeur à la compagnie nationale de traitement de l'eau, seul Djiboutien rencontré par l'AFP qui dit connaître l'adversaire du président.
- Chômage et dette -
Alors qu'IOG a multiplié les déplacements dans le pays, réunissant des milliers de personnes, M. Samatar a peiné à mobiliser. La TV nationale a diffusé des images d'un de ses meetings réunissant péniblement quelques dizaines de personnes.

Même si le scrutin semble acquis, aucun Djiboutien rencontré n'entend s'abstenir. "C'est un devoir d'aller voter", explique Yussuf Mohamed Hussein, ajoutant lui aussi: "Je vais voter pour le président, Samatar, je ne le connais même pas".
Les autorités djiboutiennes sont régulièrement pointées du doigt pour la répression des voix dissidentes. L'opposition, fragmentée et "muselée" selon la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), est inaudible.
Djibouti pointe au 168e rang sur 180 du classement 2025 sur la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), qui décrit un "paysage médiatique (...) complètement verrouillé" et se limitant "presque exclusivement aux médias d'Etat".
Ismaïl Omar Guelleh avait annoncé qu'il passerait la main en 2026, mais une révision constitutionnelle en novembre a levé la limitation d'âge des candidats à la présidentielle, lui permettant de se représenter.
Son entourage présente cette nouvelle candidature comme justifiée par une nécessaire "stabilité" dans une région troublée, mais des analystes estiment qu'elle est surtout motivée par les risques de fracturation du régime que fait peser l'absence de successeur faisant l'unanimité.

Diplomates et analystes s'interrogent néanmoins sur l'état de santé du président, âgé de 78 ans.
Pénalisé par un climat aride peu propice à l'agriculture (environ 1% du PIB), Djibouti a misé sur le développement des activités portuaires qui assurent désormais 70% de son PIB, mais le rendent dépendant des soubresauts régionaux, notamment de la situation en Ethiopie dont les marchandises représentent l'écrasante majorité du trafic.
Quelque 70% des jeunes sont au chômage et le développement des infrastructures du pays s'est fait au prix d'une importante dette, surtout vis-à-vis de la Chine.
Le chef de l'Etat est également accusé de favoriser sa communauté, les Issa, majoritaires, au détriment de la minorité afar qui s'estime marginalisée.


