Les victimes de l'incendie de Hong Kong à la recherche des reliques de leur vie d'avant

Ses photos de mariage, les urnes funéraires de ses chats... Bowie Chan a pu récupérer jeudi quelques vestiges de son ancien chez-lui, victime du gigantesque incendie qui a tué 168 personnes fin novembre à Hong Kong.

Ce feu, le plus meurtrier au monde dans un complexe d'habitation depuis 1980, a ravagé sept des huit immeubles de la résidence Wang Fuk Court du district de Tai Po, dans le nord du territoire.

Depuis lundi, près de 7.000 personnes bénéficient d'une fenêtre de trois heures pour retourner dans ce qu'il reste des logements et recouvrer des effets personnels, ont annoncé les autorités.

Parmi eux, Bowie Chan et son épouse Annie Tse ont revêtu casque, masque et gants, et été accompagnés sur les lieux par des travailleurs sociaux, avant de raconter à leur sortie leur visite à la presse, images à l'appui.

"L'émotion était très forte, parce que les lieux par lesquels je suis descendue ce jour-là sont tout noirs ", relate Mme Tse, qui, le jour de l'incendie, avait réussi à fuir leur appartement du troisième étage.

Sur des photos et vidéos envoyées à l'AFP par M. Chan, de la suie recouvre les murs et plafonds de l'appartement, la machine à laver et d'autres appareils électroménagers sont carbonisés. La porte en plastique de la douche pend en lambeaux, fondue, l'hélice d'un ventilateur a, elle, été remodelée par la chaleur.

Mais, ici ou là, des objets semblent intacts, comme une photo encadrée du couple et de leurs quatre chats, ou celle de leurs noces, restée accrochée au mur du salon.

"(Je suis retourné chercher) quelques bijoux, des accessoires, un peu d'argent liquide, mais surtout les urnes de mes deux chats (...) Et aussi mes photos de mariage, principalement ces objets-là", raconte M. Chan à des journalistes.

- "Beaucoup n'ont pas su" -

La visite a été un choc pour Mme Tse. "J'ai repensé à ce jour", dit-elle, fondant en larmes.

Le jour de l'incendie, "j'ai pensé que je pouvais descendre pour comprendre ce qui se passait et remonter pour avertir les voisins, mais l'incendie était déjà très important", relate-t-elle. "Il n'y a pas eu d'alarme incendie, beaucoup de gens n'ont pas su" ce qu'il se passait.

D'après les informations recueillies par un comité d'enquête indépendant, les alarmes incendie de sept des huit immeubles du complexe étaient désactivées lorsque le feu est survenu.

"J'ai vu que les appartements des voisins étaient tous gravement brûlés à l'intérieur", dit-elle. A 41 ans, Mme Tse souffre d'une dépression depuis l'incendie et culpabilise de ne pas avoir pu prévenir ses voisins, confie à l'AFP son époux.

Plus de 920 logements ont été endommagés et pour certains complètement détruits par le brasier, selon les pompiers.

- "Dire au revoir" -

Les autorités ont proposé de racheter les logements à un prix avoisinant celui d'avant l'incendie mais ont exclu de reconstruire le complexe.

Un habitant, Jason Kong, 65 ans, estime insuffisantes les trois heures accordées aux résidents. Il dit n'avoir récupéré que quelques affaires.

Son appartement et ses effets personnels sont en grande partie intacts, selon des images partagées avec la presse.

"Je ne veux pas dire au revoir (à mon appartement). Ce serait mieux s'ils pouvaient le rénover pour moi", dit-il à des journalistes, affirmant avoir pu emporter avec sa famille des diplômes, photos de famille et actes de naissance.

Mais M. Kong est hanté par le regret: ce jour de novembre, il n'a pas pu sauver son chien, Bear Bear. Bien qu'évacué par les pompiers, le caniche est mort quelques heures plus tard, intoxiqué par la fumée.

"Mon fils était particulièrement ému lorsqu'il a vu la nourriture du chien et sa gamelle", et a emporté avec lui, en souvenir, des affaires de Bear Bear, raconte Jason Kong.

Bowie Chan, lui, a présenté à la presse les urnes contenant les cendres de ses chats, Billy et Charlie, morts de vieillesse avant l'incendie et qui reposaient dans son appartement.

"Je voulais vraiment les emmener avec moi, parce que nous formons une famille", explique-t-il. "Ma femme s'est échappée avec nos deux (autres) chats, c'est déjà le plus important. Tout ce qu'on peut sauver aujourd'hui, c'est du bonus."

Les sept tours incendiées dans le complexe en cours de rénovation abritaient plus de 1.700 appartements avec de nombreuses personnes âgées. Le sinistre a fait au total 168 morts, dont 110 femmes et 58 hommes, âgés de six mois à 98 ans.