Plus de 370 civils tués en Afghanistan en trois mois de conflit avec le Pakistan

Le conflit entre le Pakistan et l'Afghanistan a provoqué la mort de 372 civils afghans de janvier à fin mars, un bilan particulièrement meurtrier lié à un bombardement pakistanais sur Kaboul, selon un rapport de l'ONU publié mardi.

"Plus de la moitié" des décès sont dus "aux frappes des forces militaires pakistanaises ayant touché l'hôpital Omid" pour le traitement de personnes toxicomanes dans la capitale afghane le 16 mars, a souligné la mission de l'ONU en Afghanistan (Unama).

En conflit depuis des années autour de leur frontière commune, dont l'Afghanistan ne reconnaît pas le tracé, les deux pays entretiennent des relations particulièrement tendues depuis le retour du gouvernement taliban en 2021.

Islamabad accuse son voisin d'abriter des groupes armés commettant des attaques meurtrières sur son sol, ce que l'Afghanistan dément.

Dans le rapport de l'Unama, le ministère des Affaires étrangères pakistanais affirme que 130 civils et membres des forces de sécurité sont morts au Pakistan depuis début janvier. Lundi, il a convoqué le chargé d'affaires afghan en estimant qu'une attaque suicide ayant tué 15 policiers avait été "planifiée par des terroristes résidant en Afghanistan".

Les affrontements sporadiques se sont transformés en guerre ouverte fin février, le Pakistan menant des bombardements aériens y compris sur Kaboul.

En Afghanistan, "entre le 1er janvier et le 31 mars 2026, l'Unama a documenté 372 civils tués et 397 blessés", précise la mission de l'ONU sur la base d'au moins trois types de sources indépendantes. Elle n'a mandat pour enquêter que sur les victimes civiles en Afghanistan.

Ce chiffre sur trois mois est largement supérieur à tous les bilans enregistrés depuis 2011. Même en 2025, où le conflit s'était intensifié en octobre, 87 civils avaient été tués au total sur l'année.

- Employée d'une ONG tuée -

Treize femmes, 46 enfants (31 garçons, 15 filles) et 313 hommes ont été tués en Afghanistan du 1er janvier au 31 mars.

La proportion d'hommes s'explique par le lourd bilan des frappes du 16 mars sur l'hôpital de Kaboul qui n'accueillait que des patients masculins.

Dans ses réponses écrites, le Pakistan soutient "qu'aucun hôpital ou centre de réhabilitation pour toxicomanes n'a été visé" et répète que ses actions "étaient dirigées seulement contre des infrastructures terroristes et militaires".

L'Unama souligne être allée sur le site de l'hôpital et "avoir observé l'impact des frappes aériennes pakistanaises".

Le gouvernement taliban avait fait état de plus de 400 morts.

"Si l'Unama a pu vérifier de manière indépendante au moins 269 morts civils et 122 blessés, le bilan réel pourrait être bien plus haut", souligne le rapport.

En effet, de nombreux corps de patients "n'ont pas pu être identifiés car ils étaient réduits à des morceaux" et certains étaient méconnaissables "en raison de larges brûlures".

La mission de l'ONU recommande aux autorités afghanes "d'établir un registre des personnes toujours portées disparues" pour tenter de répondre aux questions des familles en détresse.

Elle appelle les belligérants à éviter de viser des établissements de santé et de tirer vers des zones peuplées de civils, mais aussi à enquêter sur les accusations de violations du droit humanitaire.

Le rapport relate notamment la mort d'une employée afghane d'une ONG le 19 mars au Nouristan (est), alors que Pakistan et Afghanistan avaient décrété un cessez-le-feu pour la fin du ramadan.

Alors qu'elle tentait de rejoindre son domicile avec son mari et ses trois enfants, "les forces pakistanaises ont tiré sur leur véhicule", selon l'Unama.

La famille a tenté de traverser à pied la rivière pour se protéger, mais l'employée "a été touchée par un tir, est tombée dans l'eau et s'est noyée avec son fils de trois ans", poursuit le rapport, ce qui équivaut à une "exécution ciblée".

Depuis des pourparlers début avril en Chine, les parties se sont engagées à éviter toute escalade, selon Pékin. Les incidents ont diminué sans cesser complètement. Le 27 avril, plusieurs civils afghans ont été tués et blessés dans des frappes ayant touché entre autres une université à Asadabad (est), ville frontalière du Pakistan, selon l'ONU.