Risques de pandémie: Ebola et l'hantavirus montrent que le monde demeure mal préparé, selon une experte

Les flambées meurtrières d'Ebola et d'hantavirus montrent que, si la réponse aux crises sanitaires s'est améliorée, la prise de conscience des risques pandémiques demeure insuffisante, avertit une experte des pandémies.

Plus de six ans après que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré la pandémie de Covid-19, les efforts mondiaux visant à réformer la réponse aux crises de santé publique ont eu un impact positif sur la réaction face aux flambées récentes d'hantavirus et d'Ebola, a estimé Helen Clark, ex-Première ministre néo-zélandaise et coprésidente du Panel indépendant sur la préparation et la réponse aux pandémies.

"Les nouveaux règlements sanitaires internationaux fonctionnent", a-t-elle déclaré lors d'un entretien avec l'AFP à Genève.

Dès le déclenchement de l'alerte le 15 mai sur une nouvelle flambée d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC), et après la découverte il y a quelques semaines de la rare épidémie d'hantavirus à bord du navire de croisière MV Hondius dans l'Atlantique, "la réponse s'est plutôt bien déroulée", a-t-elle estimé.

"Notre problème se situe désormais vraiment en amont", a-t-elle ajouté, soulignant qu'il fallait en faire beaucoup plus pour identifier les risques et comprendre comment "ces flambées échappent au contrôle".

"Je pense qu'il nous faut beaucoup plus de connaissances autour d'une préparation fondée sur l'évaluation des risques", a-t-elle déclaré, appelant à mettre davantage l'accent sur l'identification des menaces potentielles, "ce qui pourrait surgir", et à être "prêts à y faire face".

"Ces questions fondamentales de surveillance, de détection précoce... nous n'y sommes pas encore".

Helen Clark a notamment souligné que le variant de l'hantavirus détecté sur le bateau de croisière, qui a provoqué une alerte sanitaire mondiale après la mort de trois personnes, était connu comme endémique dans la région d'Argentine d'où le navire était parti.

"Mais nous ne savons pas clairement dans quelle mesure cela était connu des navires qui partent régulièrement de là-bas", a-t-elle noté.

- "Tempête parfaite" -

Dans le même temps, la flambée de la souche Bundibugyo du virus Ebola, déjà suspectée d'avoir fait plus de 130 morts dans une province reculée de RDC, semble avoir progressé pendant des semaines sans être détectée, les tests effectués sur une autre souche ayant été négatifs.

"Comment cela a-t-il pu durer quatre à six semaines (...) en se propageant sans que nous obtenions les résultats de tests nécessaires pour montrer qu'il s'agissait d'un variant particulier ?", s'est interrogée Helen Clark.

Elle a appelé à une enquête approfondie sur "la chaîne des événements, ce que nous pouvons en apprendre, et ce que cela révèle des capacités dont nous avons besoin".

Helen Clark a également insisté sur le fait que la flambée d'Ebola révélait particulièrement les conséquences dramatiques des coupes mondiales dans l'aide internationale sur les efforts de prévention sanitaire.

"On est dans une tempête parfaite", a-t-elle averti, expliquant que les pays avaient été "soudainement contraints de compenser d'énormes investissements dans leurs systèmes de santé auparavant financés par les donateurs".

"Avec toute la bonne volonté du monde, les pays les plus pauvres et les plus fragiles n'ont tout simplement pas l'argent disponible pour faire cela, et certaines choses vont être négligées dans de nombreux domaines".

Helen Clark a rappelé que "la solidarité mondiale reste extrêmement importante", évoquant un cas confirmé d'Ebola chez un ressortissant américain ainsi que le fait que l'hantavirus était apparu "dans des endroits où des passagers du navire avaient débarqué".

"Nous sommes tous dans le même bateau et nous devons donc trouver des moyens de financer la préparation ou la réponse qui reflètent nos intérêts communs".