Incendie de Crans-Montana en Suisse: audition confrontation des propriétaires du bar

Le couple français propriétaire du bar incendié la nuit du Nouvel An dans la station de ski de Crans-Montana est arrivé vendredi à Sion, dans le sud-ouest de la Suisse, pour être entendu sous le format de la confrontation par les procureures en charge du dossier.

Arrivés à 08H00 (06H00 GMT) à bord d'un véhicule de police banalisé, Jacques et Jessica Moretti ont gagné le bâtiment universitaire où se tiennent les audiences. Coiffé d'une casquette, M. Moretti arborait un visage plus fermé que son épouse. Ni eux ni leurs avocats, entrés par une porte distincte, n'ont répondu aux journalistes.

Cette audition sous le format de la confrontation des principaux mis en cause dans l'enquête se tient en présence des avocats des différentes parties. Les familles des victimes et les rescapés peuvent y assister.

Parmi eux, Laetitia Brodard-Sitre, dont le fils âgé de 16 ans est décédé dans le drame, est arrivée peu avant le début de l'audience, qui devait démarrer à 08H30.

"J'ai perdu mon fils Arthur dans cette tragédie. C'est pour ça que je suis habillée en blanc aujourd'hui et que j'ai sa photo sur mon coeur à gauche. Il y a 40 autres anges qui sont partis. Il y a 115 blessés, dont encore (certains) qui sont à l'hôpital aux soins intensifs, qui sont gravement brûlés, qui sont encore en choc septique, certains qu'on ne reconnaît plus", a-t-elle déclaré, émue.

"J'ai besoin de réponses. Nous avons besoin de réponses", a-t-elle dit, avant d'entrer dans le bâtiment.

- "Everest de la collusion" -

A son côté, son avocat Me Romain Jordan a affirmé que "c'est la dernière occasion que les époux Moretti auront pour démontrer qu'ils veulent participer activement à l'instruction et donner des réponses aux victimes sur tous les points qui demeurent obscurs ou nébuleux".

Entendus séparément en février, les Moretti comparaissent pour la première fois depuis cette date. La dernière audition de M. Moretti, prévue le 7 avril, avait été reportée après le dépôt de certificats médicaux par ses avocats.

Cette fois, "c'est une audience de confrontation. Cinq mois après la tragédie, je ne suis pas sûr que ce sera le lieu de la spontanéité", a déclaré en arrivant Me Gilles-Antoine Hofstetter, un des nombreux avocats des parties civiles.

"C'est un couple qui fait ménage commun, on est à l'Everest de la collusion. Mais c'est tout à fait légitime de partir de l'idée que les deux parties impliquées échangent, compte tenu de leurs relations personnelles. Maintenant, évidemment, il y a de fortes chances que le récit soit accordé", a-t-il considéré.

Le drame survenu en pleine célébration de la Saint-Sylvestre dans le bar Le Constellation a principalement frappé des adolescents et de jeunes adultes, dont de nombreux étrangers, en particulier des Italiens et des Français.

- "Bien tard" -

Les deux propriétaires ont déjà été entendus à deux reprises depuis l'ouverture de l'enquête pénale les visant et M. Moretti avait été placé en détention provisoire le 9 janvier, puis libéré le 23 après le paiement d'une caution de 200.000 francs suisses (220.000 euros). Il a ensuite fait l'objet comme son épouse de "mesures de contrainte".

Au total, 14 personnes sont visées par l'instruction pénale, pour "homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence". Parmi ces personnes figurent plusieurs actuels et anciens élus et employés de la commune, dont les responsables ont reconnu juste après le drame l'absence de contrôles sécurité et incendie dans le bar depuis 2019.

Les premiers éléments de l'enquête font apparaître que l'incendie a été déclenché par les étincelles de bougies "fontaine" qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol du bar Le Constellation.

En plus d'établir les éventuelles responsabilités de la commune, l'enquête doit aussi examiner les mesures de prévention incendie adoptées par les propriétaires et reconstituer le déroulement exact du sinistre.

Les familles des victimes veulent "surtout que les Moretti arrêtent de se défausser de leurs responsabilités sur d'autres personnes, que ce soit le mystérieux vendeur de mousse, l'invisible contrôleur communal ou leurs fidèles employés", a fait valoir Me Didier Elsig, un autre avocat des parties civiles vendredi.

"On veut qu'ils reconnaissent leurs torts, leurs erreurs", a-t-il dit, tout en estimant que cette confrontation arrive "bien tard".