La Crimée placée en "situation d'urgence" après les attaques ukrainiennes

La Crimée annexée a été placée en "situation d'urgence" au niveau régional, ont annoncé vendredi les responsables russes locaux, un régime visant à faire face aux conséquences des récentes frappes ukrainiennes ayant causé de graves pénuries de carburant et d'électricité.

Depuis plusieurs semaines, l'armée ukrainienne a entrepris un blocus énergétique de la Crimée - conquise par les forces russes en 2014 - en frappant des infrastructures et des camions citernes approvisionnant la péninsule.

Ces bombardements ont contraint les autorités à suspendre la vente de carburant aux particuliers en Crimée, à instaurer des coupures d'électricité, mais également à annuler toutes les colonies de vacances qui y étaient prévues cet été.

La mise en place du régime de "situation d'urgence" doit permettre de débloquer plus de moyens et prévoit théoriquement aussi la possibilité de mettre en place des restrictions visant la population locale.

"Le cadre juridique de la situation d'urgence permet de régler avec une rapidité maximale les questions liées au maintien du fonctionnement de tous les secteurs essentiels", a assuré vendredi le gouverneur nommé par Moscou, Sergueï Aksionov, sur Telegram.

Dans un autre communiqué, publié jeudi, il a également reconnu que la Crimée traversait "une période difficile" et que "la situation concernant le carburant est la plus critique", des propos contrastant avec l'assurance habituelle des autorités.

"Je ne peux dire exactement combien de temps cela prendra, ni divulguer publiquement le plan d'action spécifique. Toutefois, nous agissons", a-t-il assuré. "Malheureusement (...) il n'existe aucun système de défense aérienne au monde qui soit absolument parfait", a-t-il ajouté.

Les services de sécurité ukrainiens (SBU) ont affirmé vendredi avoir frappé deux navires russes de soutien logistique à l'armée et des systèmes de défense aérienne à Kertch.

"La destruction des systèmes de défense aérienne ouvre la voie à de nouvelles frappes de précision tandis que la neutralisation des infrastructures portuaires compromet la capacité des occupants à ravitailler leurs troupes", a affirmé le SBU.

- "Pas habituel" -

Depuis le lancement de l'offensive à grande échelle contre l'Ukraine, en février 2022, la péninsule de Crimée, située dans le sud du territoire ukrainien et bordée par la mer Noire, est l'une des zones de combat entre les deux camps.

La péninsule, qui abrite de nombreuses bases militaires russes, est régulièrement visée par des attaques ukrainiennes, notamment des attaques navales qui ont contraint Moscou à retirer une partie de sa flotte stationnée en Crimée.

Mais c'est la première fois depuis 2022 que la péninsule est confrontée à de telles pénuries d'énergie.

"Il n'y a jamais eu une chose pareille, c'est pas une saison ordinaire", s'étonne Alexandre, un Moscovite de 72 ans vivant actuellement à Féodossia, dans le sud-est de la Crimée, joint à distance par l'AFP.

Cet homme, qui ne souhaite pas donner son nom de famille, raconte que des explosions et des tirs ont résonné, ces derniers jours, pendant la nuit.

Annexée en 2014 par la Russie, la péninsule constitue une important symbole politique pour le président Vladimir Poutine.

C'est notamment de Crimée que des troupes russes s'étaient élancées en février 2022 au début de l'attaque massive contre l'Ukraine.

Ces derniers mois, grâce à une évolution technologique de sa production de drones, Kiev a intensifié sa campagne de frappes en Russie et dans les régions d'Ukraine sous contrôle russe.

La défense anti-aérienne russe a ainsi abattu 660 drones ukrainiens dans la nuit de jeudi à vendredi, a annoncé le ministère de la Défense à Moscou, un des nombres les plus élevés depuis le début du conflit.

Ces drones ont notamment été détruits au-dessus de plus d'une dizaine de régions dont celle de Moscou, ainsi que dans la péninsule de Crimée annexée, en mer Noire et en mer d'Azov, a indiqué le ministère.

Kiev vise en particulier les infrastructures énergétiques, afin de tarir la manne des hydrocarbures qui permet au Kremlin de financer son effort de guerre.

La semaine dernière, une attaque ukrainienne avait entraîné un impressionnant incendie dans une raffinerie dans le sud-est de Moscou.

Parallèlement, l'Ukraine et la Russie ont procédé vendredi à un nouvel échange de prisonniers de guerre impliquant 160 personnes dans chaque camp, a annoncé le ministère russe de la Défense. Les échanges de prisonniers sont l'un des derniers domaines de coopération entre Kiev et Moscou.