Si les meetings du 1er mai font l’actualité en ce moment, entre « invité surprise » et révélations promises, la fête du travail semble passer au second plan. À l’heure où les partis politiques fourbissent leurs armes en vue de la bataille des foules, Le Mauricien est allé à la rencontre de la classe ouvrière, histoire de voir comment elle perçoit cette fête et comment elle compte en profiter. Si les avis divergent sur la meilleure façon de célébrer cette fête, sa politisation est unanimement dénoncée.
Si la fête du travail n’est célébrée que depuis 1950 à Maurice, cette journée dédiée à la classe des travailleurs est observée depuis bien plus longtemps dans d’autres pays, à l’instar de la France qui l’observe depuis le XVIIIe siècle. Elle est décrite comme la journée « d’importantes manifestations du mouvement ouvrier ». Mais à Maurice, le 1er mai est quasi monopolisé par les traditionnels meetings des principaux partis politiques. C’est l’occasion pour eux d’évaluer leur popularité aux yeux de la population – une évaluation trompeuse car les incitations à venir, entre bus gratuits, briani et sorties post-meeting à la mer, faussent largement la donne.
Rita Nenkatasamy, marchande de gâteaux, témoigne que dans sa région les familles sont « invitées » à venir aux meetings, et que les organisateurs insistent par ailleurs sur la présence d’enfants et de personnes âgées. « Zot ziss anvi grossi la foul me kot pou met nou bann vie dimounn asize. Mem si ena enn-de kontan politik, ou panse ki enn gran dimounn kapav diboute pendant de zer de tan anba soley ? » s’interroge-t-elle. Pour les plus jeunes, les meetings du 1er mai représentent une « occasion de s’amuser avec les amis ». Émilie, 19 ans, raconte avoir profité des bus gratuits pour les meetings. Employée dans un commerce à Curepipe, elle explique qu’avec ses amis, « seki ti interes nou se bus gratwi. Nou nek met nou nom pou rantr dan bus. Letan nounn ariv destination o lie al meeting nou al promne dan bann magazin, fer shopping apre nou rerantr dan bus nou al lamer. Gagn manze bwar kado. Bann lokazion koumsa pa prezante souvan ». La jeune femme soutient d’ailleurs qu’elle ne s’intéresse guère à la politique. Elle souligne également que le 1er mai n’est pas férié pour tous les Mauriciens. « Si les commerces ferment à midi, les employés des compagnies d’autobus travaillent, les hôtels fonctionnent toujours… ». Pour Émilie, la fête du travail devrait être célébrée dans les quartiers ou les villes et villages. Des causeries sur les droits des travailleurs pourraient être organisées, ou pourquoi pas une campagne de sensibilisation nationale… Pour elle, il ne s’agit pas uniquement de l’avenir du « ti travayer » mais également des chefs d’entreprises. « Mentalite patron ek employe bizin sanze ».