La Gambling Regulatory Authority (GRA) a finalement totalement capitulé concernant son interdiction aux bookmakers d’opérer off-course puisque son nouvel avocat, Ravi Yerrigadoo, est venu, lundi dernier, confirmer en cour, dans un statement purement technique, que la GRA allait délivrer les licences off-course demandées, moyennant les paiements prévus par la loi. Une volte-face contrainte et humiliante de l’organisme de contrôle de l’Etat dont la crédibilité a encore été entamée par ce nouveau revers judiciaire. Pour rappel, la GRA a subi des humiliations judiciaires en série qui ont mis à mal son impartialité, son indépendance et son bon sens au point où le parquet qui le défendait, gratuitement jusqu’ici, a dû se retirer pour être remplacé par l’ex-ministre de la justice démissionnaire, dont les services vont singulièrement gonfler le budget de l’autorité.
Cette position de recul obligé, après avoir joué au matamore pendant plusieurs mois, vient démontrer, s’il le fallait, les incohérences de cet organisme, censé, entre autres, réguler les paris mais, qui en vérité, agit avec un parti-pris dont la finalité est de permettre à une organisation de paris proche du pouvoir de bénéficier d’un avantage qui lui aurait permis, dans ce cas, de se positionner seul, pour s’octroyer de la manne des paris off-course, estimé à environ 27 millions hebdomadairement. Les bookmakers, tout heureux de ce dénouement qui leur a coûté de rater tout le début de la saison, sans compensation aucune après une bataille de plusieurs mois, sont tout heureux de réintégrer leurs bases d’opération pour cette première partie de la saison, mais s’attendent à un coup de Jarnac dans le prochain budget où leurs redevances pourraient être majorées, au point de rendre leur activité invivable financièrement. Ils promettent déjà pour cela une bagarre légale tous azimuts, car ils ont décidé de ne plus se laisser marcher sur les pieds.
La GRA était cette semaine au centre d’une question parlementaire de l’opposition où des allégations de fréquentation de jockeys et autres ont été faites à l’encontre du board, membre le plus influent de cet organisme. Le Premier ministre Pravind Jugnauth a été sans équivoque dans son soutien à l’organisme d’état de contrôle des paris et de ses principaux animateurs : « Let me say that I am satisfied that the work that is being done by the authority is putting order in that sector. A number of decisions have been taken and we see what is happening, what has been the reactions of some operators in that sector. But the house can rest assured that order is being put in that sector».

Il aurait été intéressant que le PM nous éclaire avec des exemples précis de tout le bon travail qui est fait par l’autorité des paris et où est l’ordre est en train d’être mis. Pour l’heure, les principales décisions prises par son gouvernement à l’encontre de Lottotech et de l’autorité hippique contre les opérateurs comme la réduction des outlets de paris sur les courses et le football, interdiction d’organiser les paris hors du Champ de courses, les directives qui empiètent sur les prérogatives de l’organisateur des courses ont pour la plupart étaient condamnés sévèrement par les instances judiciaires.
Le seul ‘achievement’ majeur réussi par le triumvirat Bheekary/Dabiddin/MmeRingadoo, auquel il faut ajouter la fonctionnaire, la DPS Kautick du PMO — qui prend des galons, en étant l’exécutrice des directives discutables de sa hiérarchie — c’est d’avoir permis l’extension de la galaxie des compagnies associées à Michel Lee Shim, un proche du gouvernement. Il y a, à travers l’île aujourd’hui, plus de 70 facility centers, pour ouvrir des comptes de paris —dans lesquels ont été installés ou sont en passe de l’être, les fameuses machines à sous à paiement limité — et environ 500 pools collectors où figurent les logos de références incontournables de PMU Moris, SMSPariaz, Bet-On-Line, Booksystems etc…Dire que dans le même souffle, on voulait limiter la concurrence à 10 officines de paris ! Heureusement qu’il y a encore un pan crédible et ‘pas peur ditout’ de la justice mauricienne.
En tout cas, tout cela tranche singulièrement avec la politique ‘anti zougader’ annoncée en début de cette législature. Si c’est cette mission accomplie qui est considérée comme du bon travail par le pouvoir exécutif, on comprend tout le soutien donné au conseiller Dev Bheekary dont on se souviendra avait nié avoir en sa possession le rapport préliminaire de la commission d’enquête Parry, sur les courses hippiques, que les britanniques affirmaient lui avoir remis, qui avait épinglé des proches du pouvoir travailliste de l’époque et qui se retrouvent aujourd’hui, en odeur de sainteté pour s’être convertie à la doctrine londonienne.
Du côté du MTC, qui se lamente justement de ses déboires financiers avec le retard de l’entrée en opération des bookmakers off-course et d’autres contretemps, et qui a toutes les peines du monde à faire signer des contrats par les organisateurs de paris, la direction s’est engagée dans une coûteuse étude, faite par une compagnie d’experts-comptables de la capitale sur le ‘economic and social impact of horse racing in Mauritius’ qui devrait être co-financé par les compagnies de paris sur le Tote même si, l’une d’entre elles n’est pas très chaude à ce stade. On ne sait si on en saura plus que les conclusions du rapport Gunn et Scotney qui n’ont malheureusement jamais connues un écho favorable tant il était criant de vérité, mais il faut espérer qu’il ne croupira pas dans les tiroirs comme bon nombre d’autres rapports sur les courses hippiques, dont les recommandations des Sud-africains, après la conférence de La Pirogue, que s’il avait été mis en pratique, aurait déjà plongé l’hippisme mauricien dans la modernité qui lui fait tant défaut aujourd’hui.
Il faut reconnaître que dans une adversité étatique extrême aidée en cela, par une GRA et un PMO souvent déraisonnables quant il s’agit de recrutement de jockeys étrangers— comment a-t-on pu refuser Piere Strydom et Oliver Doleuze à venir monter chez nous — , le MTC arrive quand même, à présenter un produit de course de bonne facture et qui, jusqu’à ce stade de la saison, n’a pas encore été accaparée par la mafia hippique. Tant mieux et pourvu que ça dure. Il faut dire que la multiplication des écuries tant redoutée par ceux qui étaient en place, depuis belle lurette, y est pour quelque chose, car la compétition est plus ardue et la finalité plus incertaine que jamais. Les nouveaux venus Narang, Daby, Henry, Nagadoo, Sewdyal et autres Hurchund ont accru la compétitivité des courses qui nous offrent des épreuves fournies en concurrents et des arrivées disputées et incertaines. Le public en redemande. Dans cette conjoncture il faut aussi que les commissaires de courses soient irréprochables et nous devons dire qu’à ce stade, le nouveau board de Stephane de Chalain désormais épaulée par la sud-africaine Julia Keevey et le Britannique Michael Jones « is delivering the goods ».
Il reste néanmoins une petite interrogation qui ne devrait pas être à l’ordre du jour pour un sans faute, mais à laquelle nous devons tout de même avoir des explications : Est-il acceptable qu’un jockey étranger ait dans le cadre d’une enquête, un autre jockey étranger concurrent devienne son interprète ?
Cette question peut paraître anodine, mais elle est de celles qui démontrent que le respect d’une instance et son attachement aux respects de ses propres règles peuvent faire la grandeur d’une institution.