Le lagon se serait vidé de toute vie
  • Atma Shanto : « Nous demandons l’arrêt immédiat des travaux »

Du béton armé sur près de 500 mètres de plage. Plusieurs pêcheurs des régions de Baie-du-Tombeau et de Roche-Bois accompagnés du syndicaliste Atma Shanto se sont rendus sur la jetée de Baie-du-Tombeau, en face du bungalow de Sir Anerood Jugnauth (SAJ), hier après-midi. Une première visite de site qui s’est tenue dans le calme, contrairement à un premier rassemblement de pêcheurs en début d’année avec la présence musclée de policiers.

« Nou ti fer enn premye rasanbleman me lapolis finn vinn menas pou aret nou », lance un des pêcheurs présents sur place. Un rassemblement vite désamorcé par la présence musclée de policiers. Un même scénario que le syndicaliste Atma Shanto avait prévu pour cette visite in situ, sauf que cette fois, les policiers n’y étaient pas. Désemparés face au paysage bétonné de cette partie du lagon de Baie-du-Tombeau, jadis recouvert de sable, les pêcheurs de la région ont décidé de hausser le ton et de faire entendre leur voix. « Avant, ce lagon était rempli de poissons, de coraux. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. Tout est mort », regrette Kong, pêcheur de Baie-du-Tombeau.

Cela fait un an depuis que les constructions ont commencé, sans crier gare, sans que personne ne soit mis au courant. Des travaux de remplissage, de comblement et de bétonnage que les pêcheurs peinent à comprendre. « On ne sait rien de ce projet. On a entendu dire que cela faisait partie du projet d’extension du port. Etait-il vraiment nécessaire de détruire ce petit bout de plage très fréquenté par les habitants de la région ? » s’interroge Atma Shanto.

Des pierres et du béton

En effet, le paysage qui se dresse devant nos yeux est surprenant. Week-End a accompagné les pêcheurs lors de la visite du site. En face du bungalow de SAJ, là où il y avait quelques mètres de sable, il y a maintenant des pierres et du béton. Un « pied dans l’eau » devenu béton. « L’on parle de prévention d’érosion, mais ces constructions ce sont pas des ‘gabions’ qui sont couramment utilisés pour justement empêcher une quelconque érosion. Là c’est du béton », martèle Atma Shanto. Au loin, deux gros navires remplis de conteneurs, plus près deux pirogues tentent désespérément de ramener quelques poissons. Un spectacle désolant où le gravier a remplacé le sable.

« Avant, nous pouvions passer avec nos bateaux tôt le matin, mais avec ce barrage en béton, l’on ne peut rien faire et l’on doit s’entasser un peu plus loin sur quelques mètres de sable encore intacts », explique Kong. Las de voir leur gagne-pain glisser entre les doigts, mais surtout dépités de voir leur lagon s’effriter, les pêcheurs de la région ont décidé de parler avec l’espoir d’alerter les autorités. « On n’est pas contre le développement, mais on doit au moins savoir ce qui se trame dans notre région. Il s’agit aussi de notre métier ! »

Par ailleurs, c’est suite à leurs nombreuses doléances qu’Atma Shanto a décidé de les rejoindre dans ce combat. « C’est la première fois que je vois le site et je trouve cela effrayant ! », s’exclame ce dernier. « Ce n’est pas normal, les pêcheurs ne peuvent pas pêcher ou chercher leurs appâts. Où vont-ils aller travailler ? D’ailleurs, ces constructeurs ont-il un EIA certificate pour faire de tels travaux ? La question se pose », regrette le syndicaliste. Après cette première visite à Baie-du-Tombeau, les protestataires iront à Tamarin où des travaux similaires ont commencé, là encore sans consulter les pêcheurs. « Les autorités doivent être à l’écoute des pêcheurs qui souffrent », dit Atma Shanto.

Une conférence de presse aura lieu vendredi prochain. « Les ministères de la Pêche, de l’Environnement et le Premier ministre doivent assumer leurs responsabilités. Nous demandons l’arrêt immédiat de ce projet qui nuit aux pêcheurs, mais aussi à l’environnement », avance Atma Shanto.