ll existe un document à usage interne au ministère de l’Éducation qui traite spécifiquement de la question de l’absentéisme des élèves au secondaire, sous tous ses angles et selon une analyse honnête. Ce document pourrait prendre une tournure officielle avec l’élaboration d’une stratégie pour contrer le problème. Les participants à la réunion de haut niveau au ministère lundi dernier, et qu’a présidée le ministre de l’Éducation, auraient pris connaissance des points saillants de ce document. Les maux y ont été identifiés, tels l’étendue de la pratique des leçons particulières, la pédagogie et le “working plan” à l’école qualifiés de « poor ».
Dans ce document, préparé par les cadres ayant la charge du dossier secondaire, on reconnaît que les dernières mesures pour un renforcement du contrôle de présence des élèves à l’école se sont révélées insuffisantes pour combattre l’absentéisme. Le e-register a été jusqu’ici un outil efficace dans la lutte contre l’école buissonnière, mais n’a eu aucune influence dans le combat contre l’absentéisme. La situation ne s’est guère améliorée, elle se serait même détériorée. Selon ce document, le problème « a augmenté considérablement », et particulièrement dans les “higher classes”.
L’analyse du problème au niveau du ministère, dans ce document, confirme celle des professionnels du secondaire d’État et du privé, qui ont à plusieurs reprises ces dernières années tirées la sonnette d’alarme sur cette question. Pas plus tard que dans l’édition du Mauricien de samedi dernier, Ally Yearoo, enseignant de collège d’État et président de l’Education Officers Union, avait d’ailleurs livré un constat similaire.
Le volet faisant état des « observations » des officiers est une des parties saillantes de ce document. Ils n’hésitent pas à dire que la pratique des leçons particulières pèse lourd dans le problème : « Private tuition contributes to a large extent to exacerbating the problem, just as poor pedagogy and work planning. » Ils y confirment aussi les faits suivants : la tendance à s’absenter commence à partir du deuxième trimestre et devient nettement plus prononcée au troisième trimestre; le phénomène est beaucoup plus courant parmi les élèves de Form V et VI et cette pratique débute bien avant la tenue des SC/HSC mock exams, qui ont lieu en juillet; le problème touche aussi les élèves des Lower Forms, qui s’absentent particulièrement avant un contrôle continu ou un examen; le problème affecte les collèges d’État et ceux du privé de la même manière, mais avec des variances d’un collège à l’autre, et d’un enseignant à l’autre. On y fait mention aussi de « l’accord tacite » des parents et de quelques enseignants, qui transmettraient de manière implicite aux élèves un mauvais signal, encourageant ces derniers à rester à la maison. Le document souligne qu’il n’existe aucun règlement donnant droit à un chef d’établissement d’interdire un candidat ayant déjà payé les frais d’examen de SC/HSC de participer à ces épreuves pour cause d’absence fréquente. Ce manque de mesures punitives peut encourager l’élève à s’absenter davantage de l’école.
Les méthodes traditionnelles de l’enseignement et l’absence d’interaction, qui donnent lieu à une situation ennuyeuse en classe, pourraient aussi être des facteurs de démotivation chez les élèves pour se rendre à l’école. Le “bullying”, la faible performance académique, les punitions sévères, les problèmes d’adaptation à l’environnement de l’école et de la classe sont les autres éléments signalés dans ce document comme étant des facteurs qui pourraient amener certains élèves à détester l’école, engendrant par là même des absences fréquentes.
Par ailleurs, les responsables du ministère comptent  proposer une série de nouvelles mesures à plusieurs niveaux pour freiner l’absentéisme des collégiens. Selon nos informations, il serait question de classer à l’avenir les absences en deux catégories, les  « authorised » et les « unauthorised ». Mais les discussions se poursuivent encore sur la définition de ces deux types de congés et par rapport au nombre de jours autorisés par an pour les “authorised absence”. Ce type de congés pourrrait inclure, à titre d’exemples, la maladie, le voyage à l’étranger, les cérémonies religieuses, les situations d’urgence (mortalité) et les raisons personnelles. S’agissant d’absences non autorisées, on fait état, par exemple, de  l’école buissonnière, du shopping, des fêtes d’anniversaire et de toute autre absence inexpliquée  par les parents, ainsi que de la révision à la maison. Dans la même foulée, le ministère compte définir les termes de “persistent absenteisme” et de “absence prolongée” et élaborer les procédures à suivre par les chefs d’établissements pour les différents types d’absences.
Selon nos sources, le ministère souhaiterait que le taux de présence durant l’année scolaire figure parmi  les critères de promotion en “Upper Class”. Le ministère envisage aussi de réglementer la date de départ des élèves de Form V et de Form VI en troisième trimestre pour la période de révision avant les examens. Il pourrait y avoir aussi, à l’avenir, des changements dans le calendrier des trois trimestres.
On évoque aussi au ministère la nécessité d’amender  la législation qui vise les candidats du HSC concourant pour les bourses d’État afin que tous les candidats du HSC, indistinctement, soient à l’avenir concernés par ce règlement. En effet, selon le  Education Regulations 1957, le candidat qui concoure pour la bourse « shall not have been absent from school for more than ten school days in either of the two school years immediately preceding the first day on which is held the State of Mauritius Scholarship examination for which he sits, exclusive of absences which the Principal of his school is satisfied are due to illness, absence from Mauritius approved by the Minister or other reasonable cause ». Ce changement serait accompagné d’un “close monitoring” des jours de présence de tous les élèves de Upper VI et de HSC. Certains suggèrent que ceux qui enfreindraient ce règlement ne pourraient plus prendre part aux examens en tant que candidat de l’école mais le feraient à titre privé et perdraient alors automatiquement leurs chances d’obtenir une bourse.
Le document relève aussi les requêtes de directeurs de collèges concernant un cadre légal précis dédié exclusivement à la question de l’absentéisme et aux sanctions qui doivent en découler. Cependant, il note dans le même temps qu’une telle législation existe déjà, en l’occurrence la Section 37 (3) de l’Education Act, qui fait provision de telles clauses.