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Acte sexuel imposé ou jeu malsain entre enfants, l’agression sexuelle chez les moins de dix ans est un problème de société majeur. Il y a deux semaines, un cas a défrayé la chronique. À Maurice, nombreux sont ceux à avoir subi des agressions sexuelles durant leur enfance, surtout celles qui se déroulent dans l’ombre entre enfants. Voici quelques témoignages.

“Mo frer ti pe tous mwa, li ti pe tir mo ti kilot”, confie Vanessa (prénom fictif). Cette petite fille innocente, alors âgée de 6 ans, n’était pas consciente de ce qu’elle subissait de son frère âgé de 10 ans. Elle a enduré des actes sexuels sans consentement à plusieurs reprises par son frère aîné. “Li ti pe apel mwa pou fer sa kan personn pa ti lakaz ou dan karo kann”, raconte la fillette, aujourd’hui âgée de 11 ans.

Une bande d’amis turbulents.

Comme Vanessa, ils sont nombreux à souffrir en silence. Selon Karina (prénom fictif), une accompagnatrice scolaire, ces enfants viennent d’une famille à problèmes qui ne prend pas le temps de veiller correctement sur eux. Faute d’encadrement, le frère aîné a fini par commettre l’irréparable. “Vanessa a fini par tout me raconter durant la classe alors qu’on discutait des choses à faire et à ne pas faire lorsqu’on est une fille. Elle m’a dit qu’elle savait ce qu’était un acte sexuel”, confie Karina.

“Mon fils a subi un acte sexuel lorsqu’il était en Grade 6. Il avait 10 ans. Je ne me doutais pas de ce qui est arrivé à mon fils jusqu’au jour où on me l’a appris. Ce fut le choc à la maison. J’étais effondrée”, dit Maya (prénom fictif), la voix tremblante. Elle est toujours affectée par ce qui s’est produit, et les images du moment où elle a appris la terrible nouvelle lui reviennent souvent en tête. Elle poursuit : “Il avait une bande d’amis un peu turbulents. Un des gamins avait un téléphone portable qui contenait une vidéo pornographique. Un jour, ils ont décidé d’imiter les scènes. Mon fils était leur victime. Ils étaient à trois dans les toilettes à essayer.” Son fils n’a pas su dire non à ses amis. Pour eux, c’était un jeu. Un jeu malsain qui s’est arrêté lorsque d’autres élèves sont entrés dans les toilettes et ont alerté les enseignants.

Embobiné par le voisin.

Les agressions sexuelles n’ont pas lieu uniquement au sein de la famille mais aussi par les gens qui les entourent. Les auteurs des transgressions sont souvent connus des victimes. Kevin (prénom fictif), 6 ans, a été victime de son voisin de 15 ans. Le mal a été commis lorsque ce dernier lui a proposé de venir chez lui pour jouer après les heures de classe. L’insouciance de l’enfance ne lui a pas permis de comprendre le petit manège de son voisin. “Sa maman a été extrêmement touchée après avoir pris connaissance de ce que son fils a subi. Les faits se sont déroulés lorsque Kevin a été embobiné par son voisin qui lui a dit qu’il pourrait jouer avec son téléphone portable s’il s’adonnait à quelques actes sexuels. Fort heureusement, ce jeu n’a eu lieu qu’une fois. La maman de Kevin a tout de suite compris lorsqu’il a vu un changement de comportement chez son fils”, confie un instituteur. La proximité que cette mère avait avec son fils lui a permis de comprendre ce qui n’allait pas.

Maya (prénom fictif) a également pu déceler le mal qui rongeait son fils. “Au début, mon fils ne nous a rien dit. Ce n’est qu’après qu’il a tout balancé. C’était très dur pour nous. Pendant tout ce temps, notre fils n’a donné aucune indication que cela l’affectait.”

“Ti kouma dir lamor inn pas kot nou”.

Rita (prénom fictif), accompagnatrice scolaire, avoue qu’elle a accompagné plusieurs fois des enfants dont le destin a été chamboulé à la suite d’une agression sexuelle. Elle se souvient de la triste histoire du petit David, (prénom fictif), 4 ans, qui a été forcé à toucher les parties intimes de son voisin de 9 ans. “J’ai constaté que ce sont souvent les enfants en situation de rue qui subissent des agressions sexuelles”, souligne cette accompagnatrice scolaire. Pour sa part, Maya (prénom fictif) ajoute qu’il faut bien voir avec qui les enfants se lient d’amitié. “C’est vrai qu’il ne faut pas juger les autres enfants, mais le mieux est de ne pas faire confiance, surtout à cet âge.”

“Je ne souhaite à aucun parent de vivre ce que j’ai vécu. Cette période reste à jamais gravée dans mon cœur. C’est la pire des souffrances que peut endurer une maman, une famille, un enfant. Ti kouma dir lamor inn pas kot nou, lance Maya, meurtrie. Le temps ne suffit pas pour effacer sa blessure toujours béante.

Ceux qui ont été victimes d’agression sexuelle souffrent. “Vanessa (prénom fictif) n’est toujours pas consciente de tout ce qu’elle a subi. Elle rit, joue, mais elle a du mal à s’intégrer normalement, comme les autres enfants de son âge”, dit Karina. La petite fille s’est perdue à jamais. “Malheureusement, la victime finit par sombrer. Certains ont des difficultés à se relever. Il leur faut énormément de soutien pour aller mieux”, confie un instituteur.