Une « significant part of fraud » est constatée dans la commercialisation du miel produit localement. C’est ce qui ressort d’un rapport d’évaluation du secteur apicole, préparé pour le compte du gouvernement mauricien par une équipe de consultants d’EDES, un Programme ACP-EU financé à partir des ressources du 9e Fonds Européen de Développement dans un cadre global d’appui à la réduction de la pauvreté par le développement économique. L’espoir en revanche vient de Rodrigues qui posséderait un fort potentiel de production apicole organique.
Alors que Maurice compte une population de diabétiques parmi les plus élevées au monde, certains producteurs n’hésitent pas à mélanger du sucre, voire du sirop de canne à leur miel. « You can find fraudulent honey in local markets, and people have difficulty in trusting the quality of the products », écrivent les auteurs du rapport, le Dr François Gary, chef d’équipe, et le Dr Mathilde Saulnier, experte en sécurité alimentaire. Ils étaient à Maurice l’année dernière pour une évaluation des forces et des faiblesses de l’apiculture à Maurice et des possibilités d’accès au marché européen.
Le pays importe quelque 100 tonnes de miel par an, et en exporte entre 1 et 3 tonnes annuellement. Parmi les forces du secteur, les experts d’EDES relèvent une situation sanitaire qui peut être un atout pour l’exportation. Un bémol toutefois : si le pays est « free from the main bee diseases and pests », il n’y a pas de « notifiable diseases ». « There are some official bee officers in Mauritius who are in charge of providing advices and training to beekeepers and ensure surveillance… » Les abeilles reines importées principalement d’Australie font l’objet de quarantaine stricte avant d’être lâchées dans la nature.
Autre force du secteur : une riche variété de plantes mellifères permettant l’obtention de miel de qualité intéressante pour des marchés niches, alors que quelques apiculteurs ont développé du miel monofloral spécifique qu’ils vendent à des hôtels de luxe du pays. Le rapport loue des initiatives dans des « small high value niche market » à Rodrigues où un exercice de Genuine Progress Indicator est en cours. Selon les Dr Gary et Saulnier, le miel de Rodrigues a du potentiel pour devenir entièrement bio à l’avenir. Cette possibilité est attribuée à une volonté constatée dans l’agriculture de l’île de ne plus recourir à des pesticides et insecticides.
Toutefois diverses faiblesses nuisent à la bonne réputation du miel mauricien et compromettent son potentiel d’exportation vers les marchés de l’Union européenne. Outre les pratiques frauduleuses de commercialisation sur le plan local citées plus haut, les auteurs du rapport soulignent le faible nombre d’apiculteurs professionnels, donc peu d’exportateurs potentiels, la majorité produisant de manière artisanale et possédant peu de ruches. De plus, peu d’entre eux sont enregistrés, ce qui pose un problème de traçabilité du miel local.
En dépit de leur riche teneur en miel, les plantes mellifères sont menacées par la petite taille de l’île, l’urbanisation galopante, la sécheresse et les maladies horticoles. D’autre part, nombre d’apiculteurs ont déclaré ne voir aucune nécessité de recourir à des « veterinary drugs », l’île ne souffrant pas des principales maladies affectant les ruches. Aucune information n’est par ailleurs disponible sur les effets résiduels de pesticides, aucune analyse n’ayant été faite en ce sens. « On the main island, several pesticides are regularly used », notent les experts en sécurité alimentaire d’EDES. Les autres faiblesses concernent des lacunes au niveau de la surveillance épidémiologique, d’hygiène dans l’extraction et la mise en pot du miel.
Le rapport souligne qu’il y a un potentiel d’accès du miel local au marché européen, à savoir de « high value products » tels que le miel bio ou monofloral. Mais il recommande auparavant un « first residue screening on pesticides » ; le renforcement de la surveillance épidémiologique ; des formations en pratiques hygiéniques et normes HACCP pour apiculteurs.