Alors que l’attention de la population était axée cette semaine sur la propagation du Covid-19 — qui connaît un plafonnement —, sur la levée partielle de l’état d’urgence sanitaire, qui devrait intervenir dans une dizaine de jours, et sur les difficultés économiques qui s’annoncent dans le sillage de la pandémie de coronavirus, c’est du ciel qu’est finalement venu le coup de tonnerre que constitue l’annonce de la mise sous administration volontaire de la compagnie aérienne nationale, Air Mauritius.

Drôle de coïncidence, à un moment où tout le monde se tourne vers le Ciel pour trouver la lumière sur ce que leur réserve l’avenir après le déconfinement. Si on en croit le récent communiqué diffusé par le board d’Air Mauritius, c’est le Covid-19 qui aurait donné le coup de grâce à la compagnie aérienne nationale, considérée comme le porte-drapeau de l’image de Maurice sur le plan international. « Les restrictions de voyages et la fermeture des frontières de tous nos marchés ainsi que la suspension de tous les vols internationaux et domestiques dans le cadre d’une crise sans précédent ont entraîné l’érosion complète des revenus de base d’Air Mauritius. » Par conséquent, la compagnie ne sera pas en mesure de respecter ses obligations financières dans un avenir prévisible. D’où la décision de mettre la compagnie sous administration volontaire, « afin de sauvegarder les intérêts de la compagnie et de toutes les parties prenantes ».

Pour le moment, personne ne sait exactement comment les réserves et revenus de la compagnie se sont évanouis, car chacun sait qu’avant de passer au rouge, tout clignotant passe d’abord par l’orange. Comment donc tous ceux qui pilotent notre compagnie aérienne, à commencer par son actionnaire majoritaire, en l’occurrence le gouvernement, n’ont pas vu depuis longtemps les signaux d’alerte, et ainsi tenté d’éviter le pire ? Ce qui explique les vives réactions provoquées par l’annonce de la mise sous administration volontaire. « C’est un drame pour le pays et pour les employés de la compagnie », lance ainsi le leader du MMM. « Ils mettent tout sur le dos du coronavirus. Nous savons que depuis quatre ou cinq ans, Air Mauritius pe al krash en raison de sa mauvaise administration par une équipe de Lakwizinn. »

Cette position semble être partagée par la majorité de ceux qui ont commenté le naufrage annoncé d’Air Mauritius. Il faut reconnaître également que la maladie chronique dont a toujours souffert la compagnie aérienne, quel que soit le gouvernement en place, aura été l’ingérence politique. Ce qui fait que presque toujours, son CEO aura été choisi non pas sur la base de la méritocratie, mais pour des raisons politiques. C’est pourquoi Air Mauritius a toujours, pour une raison ou une autre, dominé l’actualité locale. Tantôt pour le choix des aéronefs achetés par la compagnie, tantôt pour le hedging concernant l’approvisionnement en produits pétroliers, tantôt encore pour les réformes et les restructurations proposées, voire pour les salaires de ses hauts cadres, ou encore sa stratégie concernant l’exportation des différentes lignes, comme la création d’un corridor Asie-Afrique. Bref, c’est l’ingérence politique qui a fait qu’Air Mauritius n’a jamais eu de stratégie cohérente et profitable. Il est intéressant de signaler que notre compagnie nationale aura été la seule au monde où un ancien directeur a été forcé de vivre en confinement bien longtemps avant l’arrivée du coronavirus.

En attendant, les deux administrateurs choisis pour aider Air Mauritius à reprendre son envol ont promis de travailler « avec tous les partenaires de cette industrie à Maurice pour mettre en œuvre les mesures nécessaires afin de sauver la compagnie nationale ». Arriveront-ils à trouver le juste équilibre entre l’intérêt d’Air Mauritius et celui du pays ? Quoi qu’il en soit, l’avenir économique de Maurice dépend de son ouverture sur le monde. Une compagnie aérienne nationale forte et indépendante est appelée à jouer un rôle crucial. À ce titre, tous les efforts doivent être déployés pour sauver Air Mauritius.