Il a failli y laisser la vie pour des raisons purement bureaucratiques. Les donneurs venus lui donner du sang en urgence ont été refoulés devant les portes de la Banque de sang car c’était déjà l’heure de fermeture. Il leur a été demandé de revenir le lendemain tandis que le sexagénaire attendait désespérément une transfusion, d’autant que son groupe sanguin est relativement rare. Une situation que nombre de Mauriciens connaissent et déplorent, mais qui ne change toujours pas malgré les nombreuses doléances.
Ce n’est que 24h plus tard que ce sexagénaire a finalement pu recevoir sa transfusion et cela après une quête personnelle de ses proches qui ont remué ciel et terre pour trouver les donneurs compatibles. Une expérience des plus pénibles que sa famille, révoltée, n’oublieront pas de sitôt. D’autant que la Banque de sang, qui fait ce qu’elle peut avec les moyens dont elle dispose, fait face actuellement à une pénurie ne disposant d’une réserve de sang que pour les cinq prochains, jours. Mais ce qui complique davantage la situation ce sont les procédures qui relèvent souvent d’un véritable parcours du combattant, comme la recherche de donneurs compatibles et la flexibilité de cet organisme à en recueillir en cas d’urgence. Une situation que nombre de Mauriciens connaissent et déplorent, mais qui ne change toujours pas malgré les nombreuses doléances
Admis à la clinique pour subir une opération, un sexagénaire a développé une infection qui nécessitait d’urgence qu’il subisse une transfusion sanguine. Mais celle-ci a été des plus pénibles pour ses proches, d’autant que son groupe sanguin est considéré comme rare. Ses proches ont multiplié les démarches pour trouver des donneurs.
À travers les réseaux sociaux et surtout les appels à la radio, ils ont fini par trouver un groupe de donneurs qui se sont immédiatement rendus à la Banque de sang, à Candos. Il était alors 19h et l’unité de collecte de sang était fermée. Il leur a été demandé de revenir le lendemain matin, à 9h30. Mis au courant, les proches du patient sont révoltés de cette situation, alors que leur proche est entre la vie et la mort. Heureusement, les médecins de la clinique font tout pour empêcher la propagation de l’infection.
« Pourquoi faut-il attendre 12h après alors qu’une vie est en danger ? D’autant que les donneurs qui ont été trouvés et contactés par la famille, et non par la Banque de sang, ont fait le déplacement de très loin pour venir volontairement donner leur sang. Pourquoi cette unité n’opère-t-elle pas 24h/24 ? » se demandent-ils.
Pénurie
Au ministère de la Santé, on fait ressortir que les dons de sang, en cas d’urgence, peuvent être effectués par les proches dans tous les hôpitaux 24h/24. Or, les proches insistent que leurs amis ont été refoulés et on leur a recommandé de revenir le lendemain matin. Comment fait-on en cas d’urgence ? se demande cette famille.
Heureusement que ce délai prolongé n’a pas été fatal au patient, qui a finalement reçu ses transfusions le lendemain, mais les proches s’indignent également qu’ils ont dû remuer ciel et terre pour trouver des donneurs compatibles.
En effet, au niveau de la Banque de sang, selon ses proches, les groupes de sang rares sont en pénurie. S’il existe une liste de donneurs volontaires à qui la Banque de sang peut faire appel en cas de besoin, « plusieurs donneurs ont dépassé 65 ans, l’âge limite pour faire don de son sang ». Et trouver des donneurs volontaires en fonction du groupe sanguin, s’il est rare, est encore plus difficile.
Procédure simple mais manque de flexibilité
Donner son sang est pourtant une procédure simple et gratuite. En effet, selon les autorités, 80% du sang collecté se font dans les caravanes du ministère de la Santé qui sillonnent le pays quotidiennement. Les horaires de collecte dépendent du nombre attendu de donneurs mais également des organisateurs. Il existe de même des fixed blood collection sites au sein des cinq hôpitaux régionaux, qui opèrent entre 9h et 15h45, les jours de semaine et entre 9h et midi le samedi.
Lorsqu’un patient nécessite une transfusion sanguine, un échantillon est envoyé, accompagné d’un formulaire de demande certifié par son médecin traitant, à la cross matching section de l’hôpital. Un test de compatibilité est ensuite effectué par les techniciens du laboratoire avant que les pintes de sang compatibles ne soient envoyées au centre hospitalier ou à la clinique, qui doit elle payer pour obtenir ce service – un coût retransmis. En cas de manque de sang ou d’urgence, la famille et les proches du malade sont sollicités ou des donneurs volontaires figurant sur la liste de la Banque de sang.
Mais il est donc confirmé, malgré les dires du ministère, que les centres de collecte ne fonctionnement pas après 15h45 les jours de semaine, 12h00 le samedi et sont fermés le dimanche. Ce manque de flexibilité est étonnant et gravissime puisque des vies humaines sont en danger. Cette situation est d’autant plus incompréhensible que la cross-matching section opère, elle, 24h/24.
« Comment fait-on en cas d’urgence ? Comment trouver de nouveaux donneurs volontaires » se demandent donc ceux qui se sont retrouvés portes closes et sans carnet d’adresse alors que leurs proches nécessitaient d’urgence une transfusion. Selon nos informations, les officiers responsables de la prise de sang ne travaillent pas au-delà des horaires de bureau. Cela en dépit des maintes recommandations de la Blood Donors Association (BDA), qui insiste que la collecte devrait être possible jusqu’au moins 20h.
« Plusieurs donneurs ne peuvent le faire durant la journée, et c’est après les heures de travail qu’ils peuvent aller donner leur sang », fait ressortir Sobhanand Seegoolam, le président de la BDA. Comme plusieurs autres observateurs avertis, il estime qu’il est grand temps que le ministère et la Banque de sang revoit leur politique de collecte, surtout en cas d’urgence et de pénurie.