L’enquête initiée par le Central CID dans l’arnaque financière de Rs 700 millions avec pas moins de 800 victimes aborde en cette fin de semaine un tournant crucial. À ce matin, quatre suspects, en l’occurrence Arun Mossuddee, âgé de 23 ans, habitant Vacoas et présenté comme le cerveau présumé de ce scandale, Beemal Bissessur, celui qui a pris la relève du programme en début d’année et son complice Sanjeev Luchoomun aussi bien que Khalil Carrimbassus, le gérant de la flotte de 126 voitures, ont été placés en état d’arrestation et sont toujours en détention. Pas moins de six compagnies, soit White Dot International Consultancy Ltd, DotArch International Co. Ltd., Bexco Co. Ltd., Antus International Consultancy Ltd, Heckler Holding Ltd et Neuf International Limited, incorporées par Arun Mossuddee et transférées en janvier dernier au nom de Beemal Bissessur, sont concernées à ce stade de l’enquête, dont la priorité est d’établir les lieux de placements ou des investissements des Rs 700 millions en vue d’obtenir des Attachment Orders de la Cour suprême pour le gel de ces avoirs.
L’interrogatoire d’Arun Mossuddee, mené sous la double supervision des assistants commissaires de police, les ACP Pregassen Vuddamalay et Heman Jangi, avec comme Main Enquiring Officer, le surintendant Yashdev Callee, s’avère crucial pour les prochaines étapes de l’enquête avec d’autres arrestations à prévoir. À hier après-midi, ce suspect, qui nie être le cerveau de cette affaire de détournement en ce début de siècle, a donné des indications aux enquêteurs au sujet du fonctionnement de ce plan d’épargne avec des intérêts mirobolants aux épargnants. L’une des pièces maîtresses reste le coffre-fort, avec toute la Documentary Evidence, saisie par la police.
« Depi le 26 zanvye, mo pa konn nanyen dan zafer White Dot International Consultancy Ltd. Mo ti vann sa konpagni-la a Beemal Bissessur. Li ki kapav dir ki inn arive avek larzan bann dimounes-la », n’a cessé de répéter Arun Mossuddee aux questions des enquêteurs du Central CID, qui veulent à tout prix obtenir confirmation de l’usage qui a été fait des placements de ces 800 victimes, qui font queue soit à la Banque de Maurice, soit au Central CID depuis mercredi dernier.
Coffre-fort
Sur les informations fournies par le suspect Mossuddee, une escouade des limiers de la police ont effectué une descente des lieux dans un des bureaux des compagnies concernées à l’avenue Ylang Ylang à Quatre-Bornes en vue de récupérer un coffre-fort. Au dire du cerveau présumé, ce coffre-fort contient tous les documents liés aux affaires et finances de White Dot International Consultancy Limited en date du 26 janvier dernier, date à laquelle il avait cédé les rênes de cette société à Beemal Bissessur. « En annexes à l’accord qui a été signé en janvier se trouve un relevé des Assets and Liabilities. À partir de là, vous verrez que je ne suis pas responsable de ce qui s’est passé après. Du temps où je m’occupais des placements des clients, le paiement des intérêts promis et les remboursements de capitaux étaient effectués normalement et il n’y avaient eu aucune plainte de la part des clients », a-t-il fait comprendre hier après-midi alors que les interrogatoires formels n’avaient pas encore démarré.
À la mi-journée, avec l’arrivée au QG du Central CID du coffre-fort appartenant à Arun Mossuddee, tous les documents pertinents à l’arnaque financière de Rs 700 millions devaient être répertoriés, classés pour faire partie des exhibits dans le dossier de la police. Un détail qui pourrait valoir son pesant d’or est que le dénommé Arun Mossuddee, qui était parti en Grande-Bretagne après la vente de la compagnie, est rentré à Maurice mardi dernier.
Très peu d’indications étaient disponibles quant à l’existence des fonds collectés auprès des clients alors que les responsables de l’enquête ont établi une ligne de communication directe avec l’Office du Director of Public Prosecutions pour toute intervention sous l’Assets Forfeiture Act. Des démarches ont été entreprises pour enclencher des procédures pour le gel de tous les comptes bancaires des six compagnies incriminées en attendant un exercice de « Full Audit Trail » pour retracer les mouvements de fonds de ces derniers mois que ce soit à Maurice ou à l’étranger.
Dans cette même perspective, la collaboration de la National Transport Authority (NTA) a été engagée en vue de retracer toutes les voitures enregistrées au nom des sociétés dénoncées. L’interpellation hier après-midi de Khalill Carrimbaccus, employé en tant que responsable de la flotte de voitures de location, devra faire avancer plus rapidement l’inventaire des investissements engagées dans ce domaine par les promoteurs de White Dot International Consultancy Limited.
Officieusement, le nombre de voitures de locations achetées selon la formule de Leasing s’élève à 126. Dans un premier temps, les 26 voitures, identifiées lors d’une descente des lieux initiale à Quatre-Bornes, devaient être placées sous scellés en cours de matinée. D’ici ce soir, le nombre pourrait passer à une soixantaine. Tous les avoirs de ces compagnies vont être gelés sur ordre de la cour en vue des procès à venir, laissant clairement indiquer que « ce n’est pas demain que les victimes vont pouvoir recouvrer leurs économies ».
La prochaine confrontation entre Arun Mossuddee, l’initiateur du projet de placements dans des magasins, des chaînes de restauration de pizza ou encore de location de voitures, et Beemal Bissessur, celui qui a assuré la relève à partir du 26 janvier avec les caisses vides, selon ses dires, est attendue avec impatience par les enquêteurs du Central CID.L’arbitrage du troisième suspect, Sanjeev Luchoomun, s’annonce décisif en vue de démêler l’écheveau de ce scandale.
La BMW appartenant à Beemal Bissessur, a déjà été saisie par la police depuis hier. Ce suspect a failli se faire lyncher par des victimes, faisant la queue au Central CID pour consigner leurs dépositions contre White Dot International Consultancy Limited. N’était-ce la prompte intervention des membres du Central CID accompagnant ce suspect, il aurait pu être agressé par ceux présents aux Casernes centrales et en colère devant l’incertitude autour de leurs économies ?
Le Central CID a déjà enregistré 116 plaintes contre cette compagnie et devait entendre une cinquantaine d’autres victimes aujourd’hui. Pour éviter des débordements du public, la police a mis en place une formule de rendez-vous pour les nouveaux venus qui ne perdront ainsi pas leur temps à attendre à longueur de journée. Du côté de la Banque de Maurice, le nombre de cas enregistrés se monte à 400.
Le suspense est toujours de mise quant à l’existence des Rs 700 millions alors que les interrogatoires des suspects, compte tenu de la complexité de l’affaire, pourraient durer au moins trois semaines.