Du 13 au 15 août, onze guerriers du Shaolin, parmi lesquels le Grand Maître Zheng-Lei — désigné comme l’un des dix plus grands maîtres d’arts martiaux chinois — seront à Maurice, à l’initiative de l’ambassade de Chine pour présenter leur art lors d’un spectacle qui se tiendra à l’auditorium Octave Wiéhé. Le but de leur visite: faire connaître la culture shaolin et leurs arts martiaux. En attendant leur arrivée, nous vous proposons une immersion dans le temple mythique de Shaolin à Henan, grâce à deux Mauriciens qui y ont reçu une formation pendant trois mois. Ils ont accepté de nous partager leur expérience, le quotidien au monastère, les règles et la spiritualité…
La culture du temple Shaolin est composée d’arts martiaux, de méditation et de médecine. Ainsi, dans ce monastère construit il y 1500 ans dans la ville de Deng Feng, dans la province de Henan, on y trouve des moines guerriers, des moines contemplatifs (ceux qui pratiquent la méditation) et des moines pratiquant la médecine traditionnelle (herbes, acupuncture et massage).
À travers les siècles, ces moines Shaolin ont exercé une fascination partout dans le monde. Les férus d’arts martiaux souhaitent tous recevoir un jour un apprentissage et être initiés au kung-fu dans l’unique temple Shaolin et partager le quotidien de vrais moines guerriers.
Adeptes d’arts martiaux, Kenny Lai, 37 ans, et Alexandra Ho, 35 ans, ont été parmi les quatre Mauriciens ayant participé pendant trois mois à un programme de formation au kung-fu Shaolin. Cette formation, organisée en septembre 2013 par le ministère de la Culture à Pékin dans le cadre d’un échange culturel, a accueilli une vingtaine de pratiquants d’arts martiaux de cinq pays africains: l’île Maurice, la Tanzanie, l’Ouganda, l’Éthiopie et le Nigeria. «L’objectif de cette formation était de promouvoir les arts martiaux — tels que pratiqués au temple Shaolin — sur le continent africain», nous dit Alexandra Ho. Cette habitante de Moka et directrice d’hôtel, pratique le taï-chi depuis trois ans au Centre Culturel Chinois (CCC). Quant à Kenny Lai, propriétaire de snack, il a commencé son apprentissage au Kung-Fu depuis une vingtaine d’années. Comme les autres participants venus pour  pour atteindre un niveau plus élevé, ils sont appelés à vivre au cours des trois mois au rythme de vrais disciples shaolin: portant une longue robe grise, ils sont soumis à un entraînement rigoureux, pratiquent un régime végétarien et participent aux rituels.
Le quotidien et les règles
Dès leur arrivée, les deux Mauriciens sont vite soumis à des entraînements les plus redoutables. «Les entraînements sont pénibles et se tiennent trois fois par jour. À Maurice, on s’entraînait 1 à 2 fois la semaine», nous dit Kenny. «Les cours de Kung-Fu consistaient à pratiquer les six routines très populaires de Shaolin avec armes et baton. Chaque semaine, le maître proposait des numéros différents qu’il fallait vite assimiler», dit-il. Encore plus dur pour Alexandra qui n’a jamais pratiqué le kung-fu et qui ne connaissait jusque-là que les mouvements lents du taï-chi. «Lorsque je ne parvenais pas à suivre le rythme, on me faisait comprendre qu’il me fallait redoubler d’effort et m’exercer en dehors des cours pour assimiler les mouvements vite et bien. Mon premier mois au monastère a été le plus pénible physiquement : un entraînement soutenu du lever au coucher du soleil, avec seulement deux heures de pause. Nous étions courbaturés et pas loin de l’effondrement physique et mental», raconte-t-elle.
Ainsi, pendant trois mois, le déroulement de la journée est le même: réveil à 5 h, enfiler les tenues pour l’échauffement qui dure deux heures avant de pouvoir déguster le petit déjeuner composé de plats végétariens, de soupes, de brèdes et de tranches de pain. L’apprentissage et la pratique du kung-fu au Temple nécessitent de suivre certaines règles. Parmi, garder le silence tout au long de la journée. Surtout pendant le repas avec les moines.
Vêtus de leur habit de moine, les deux Mauriciens faisaient de leur mieux pour s’adapter à ce nouveau mode de vie rigide et discipliné. Selon eux, «nos journées étaient réglées comme une horloge, qui nous faisaient oublier le monde extérieur».
Des cours de mandarin sont aussi inclus dans la formation de trois mois. Hormis Alexandra qui maîtrise la langue et sert même de traductrice dans le groupe, les autres ne peuvent communiquer avec le maître. Cela se tient dans la matinée entre 8h30 et 10h15.
Pour qu’ils ne baissent pas les bras, leur maître YanBo Shifu les encourageait en leur disant que : «La vie est un effort, allez au bout de vous même, n’ayez pas peur de la douleur physique». Avec du recul, Kenny et Alexandra réalisent que le vrai conditionnement n’est pas seulement physique, mais mental. Aujourd’hui, pour Alexandra, le mot « kung-fu » n’est pas synonyme d’art martial, mais art du perfectionnement. «Pour moi, cuisiner est un kung-fu, jouer du violon ou du piano, c’est du kung-fu. C’est davantage une attitude : la volonté de se surpasser et ne pas abandonner», dit Alexandra.
C’est après les premières et dures semaines que les bienfaits se font sentir. «Les séances de méditation aidant, on se recentre dans la tranquillité et la zenitude», dit Alexandra. À travers les entraînements, ils découvrent aussi de multiples paysages «à couper le souffle». À Deng Feng, la forêt, les flancs de montagne, les escaliers, les arbres et même les garde-fous, servaient de terrain d’entraînement. En cas d’entorses ou de blessures musculaires, direction l’infirmerie traditionnelle du Shaolin, pour massages et acuponcture par des moines pratiquant la médecine traditionnelle chinoise. Ces derniers récoltent leurs propres herbes sur les flancs des montagnes pour en faire des pommades et des patches anti-inflammatoires.
Maîtres pacifiques
Outre les entraînements, tout impressionne chez les maîtres. «Les maîtres shaolin sont des personnes très pacifiques, très gentils. Ils dégagent une aura extraordinaire», dit Alexandra. Selon eux, si ces derniers pratiquent et enseignent le kung-fu, c’est uniquement dans le but de préserver cet art ancestral. «Bien que les arts martiaux se soient développés à l’époque des empereurs comme nécessité des moines de se défendre, le Shifu nous répétait sans cesse qu’un pratiquant de kung-fu ne doit jamais être un attaquant. Pourtout, ils connaissent mille et une façons de tuer, des attaques expéditives entraînant la mort — selon eux, il existe huit points mortels se situant sur les points du méridien du corps humain —, mais ils sont pacifiques et ont un code d’honneur. Apprendre les arts martiaux n’a pas pour but de montrer sa supériorité pour le plaisir de son ego, et chercher bagarre pour se mesurer aux adversaires. Pour eux, la vraie force reside dans l’humilité et la paix», nous dit Alexandra.
À l’issue de ce programme, Alexandra et Kenny qui se sont adaptés à la vie à Shaolin qui s’est avérée enrichissante, se disent davantage fortifiés tant physiquement que moralement. «Je fais attention à mon alimentation, fais des exercices tous les jours et surveille ma posture», nous dit Kenny.
Pour partager ce qu’ils ont acquis au cours des trois mois dans le monastère, Kenny dispense déjà des cours de kung-fu à trois personnes. Quant à Alexandra, elle envisage dans un futur proche de mettre en place une structure pour l’apprentissage au kung-fu.